7 janvier 2009
Réfugié à bord de son voilier chaviré à 200 milles du Cap Horn, Jean Le Cam a été récupéré, hier soir, par Vincent Riou venu le secourir. Un dénouement heureux et un petit miracle grâce à la solidarité des marins.
Ils avaient été de farouches adversaires dans le dernier Vendée Globe il y a quatre ans. Vincent le Terrible, ainsi surnommé par Le Cam, s'était imposé au terme d'une belle bataille. Les destins de ces deux marins se sont à nouveau croisés hier pour le meilleur.
Vincent Riou, qui s'était dérouté avec Armel Le Cléac'h pour se porter au secours de Jean Le Cam, a récupéré ce dernier à son bord. Celui-ci a plongé pour s'extraire de sa coque où il était réfugié depuis son chavirage. « C'est une histoire incroyable qui se termine bien », selon les mots d'Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1993, et consultant sécurité pour cette édition.
Silence radio
Elle avait commencé dans l'angoisse dans la nuit, vers 1 h mardi, lorsque Jean Le Cam avait appelé son équipe technique. Et au moment où il précisait à Michel Olivier, son chef de projet, qu'il craignait de chavirer, la communication s'était brutalement interrompue. Silence radio et stress maxi ! Une lourde chape d'angoisse était alors tombée sur la communauté du Vendée Globe.
Signes de vie
Le déclenchement manuel de la balise de détresse à 2 h 40 accréditait l'idée que le skipper finistérien était à l'intérieur de son monocoque, qu'un avion de la marine chilienne localisait à 9 h 30. A 200 milles dans l'Ouest du cap Horn, « VM Matériaux » était effectivement chaviré.
Quelques instants plus tard, le pétrolier « Snalgol Kassanjé » était à proximité du voilier retourné et se signalait en actionnant sa corne de brume. Comme une réponse à ce signal sonore, une seconde balise de détresse était activée sur le « VM matériaux ». « C'est un signe que Jean est à l'intérieur et vivant », commentait Denis Horeau, le directeur de course. C'était comme un signe d'espoir en attendant un signe de vie tangible.
Il était enfin arrivé à 15 h 21 lorsque Vincent Riou avait rejoint la position de « VM Matériaux » ballotté dans la houle du Pacifique. Le skipper bigouden avait cravaché pour se porter au plus vite au secours de son ami en détresse. Apercevant un petit pavillon accroché à une antenne qui sortait par l'un des passes coques à l'avant du bateau, il avait hurlé comme un diable. Jean Le Cam avait répondu par un cri avant d'envoyer une fusée parachute par ce même passe coque. Le soulagement était intense et partagé par Armel Le Cléac'h qui arrivait à son tour sur zone à 16 h 30.
Pour ces deux « saint Bernard » résolus à sortir leur copain de cette fâcheuse posture, la mission s'avérait compliquée. Riou indiquait en effet que l'arrière de « VM Matériaux » était immergé. Ce qui rendait problématique la sortie de Jean Le Cam par la trappe de survie prévue à l'arrière en cas de chavirage.
Le Cam se jette à l'eau
Les deux concurrents, qui avaient mis sans hésiter la course entre parenthèses, cerclaient impuissants autour du 60 pieds fuchsia. Leur présence était un réconfort moral précieux pour Jean Le Cam dans l'attente des secours chiliens. Un remorqueur de la marine était en effet en route avec à son bord un semi-rigide et des plongeurs. Il était attendu sur zone vers 7 h 30. L'option d'un hélitreuillage n'était pas écartée car, au PC course, on s'inquiétait des risques d'hypothermie pour le marin.
C'est finalement Jean Le Cam qui a apporté la solution. De sa propre initiative, il s'est extrait de sa coque. Revêtu de sa combinaison de survie, il a plongé et nagé. Vincent Riou a fait quatre passages pour le récupérer à son bord.
« PRB » endommagé
Dans la manoeuvre un élément du gréement (outrigger) s'est pris dans la quille de « VM Matériaux » et s'est cassé. Les deux hommes ont dû bricoler à la hâte pour éviter que le mât de « PRB » ne tombe avant de reprendre la route avec Armel Le Cléac'h dans leur sillage. Un dénouement un brin miraculeux après des heures d'angoisse et une belle leçon de solidarité près du Horn.