12 novembre 2009
Comme prévu, les équipages ont été malmenés, hier, par un violent coup de vent. «BT» du duo Josse-Cuzon mène toujours une flotte, qui courbe l'échine dans le gros temps. Il n'y a pas eu d'armistice sur l'Atantique.
Après un épisode de portant, apprécié par tous, la dépression très creuse annoncée a cueilli les concurrents de la Transat Jacques Vabre. Pilonnés par les paquets de mer et les rafales appuyées (40 à 50 noeuds), ils ont vécu un 11-Novembre d'enfer en essayant d'esquiver au mieux.
Cuzon: «C'est la guerre»
Comme prévu, les «Nordistes» ont été particulièrement secoués. Il n'était pas facile de joindre les bateaux, hier, et certains ont fait l'impasse sur la vacation. Cette violence des éléments s'entendait lors de la liaison hachée et interrompue avec «Akena Vérandas» à bord duquel, Vincent Riou était, comme à l'accoutumée, assez serein, ou avec «Safran» de Marc Guillemot. «Ce n'est pas évident: les virements de bord, les manoeuvres, le matossage tout est dur. C'est besogneux. A deux, c'est mieux que seul et j'apprécie la présence de Charles (Caudrelier)», expliquait Guillemot d'ailleurs obligé de laisser ses interlocuteurs. «On va s'arrêter là car actuellement, c'est vraiment le combat», lâchait le Trinitain, sommé de revenir au front. «C'est vraiment la guerre en ce moment», lâchait aussi, à son PC, Jean-François Cuzon, équipier de «BT». «On se fait sacrément secouer par ici et ça va durer jusqu'à au moins demain soir. On se bat contre les vagues dans un vent de 35 noeuds et le bateau tape beaucoup», confirmait son skipper, Sébastien Josse.
Desjoyeaux: «Il faut être patient»
L'ambiance était un peu différente du côté de «Foncia» où Michel Desjoyeaux s'est bien gardé de dévoiler ses cartes: «Tout va bien à bord. Cet éclatement de la flotte dans l'Atlantique était prévu et on savait que le jeu commencerait à ce moment. Peut-être qu'avec Jérémie, nous avons été trop prudents. Je pensais en effet que ceux qui sont plus proches de la dépression auraient plus de difficultés. Maintenant, il faut être patient. C'est sur le long terme qu'on pourra faire le bilan», analysait le double vainqueur du Vendée, un peu dans l'expectative. A terre, on décrypte les fichiers, on fait tourner les logiciels de routage et on essaie de percer les raisons de cette option très radicale du duo de «Foncia». «Il serait étonnant que ces marins, très offensifs, aient choisi cette route pour des raisons exclusivement sécuritaires. Michel Desjoyeaux a-t-il entrevu quelque chose à moyen terme qu'on ne voit pas pour l'instant? Ce n'est pas impossible», fait remarquer Jean Maurel, le directeur de course. Du côté des Nordistes, on ne semble pas forcément inquiet de ce décalage extrême de «Foncia»: «Je préfère être là où on est plutôt qu'au sud même si on se fait secouer. On assume notre choix et on verra si l'avenir nous donne raison ou pas», analysait Marc Guillemot. La même confiance habitait Sébastien Josse à bord de «BT», solide leader de la flotte. Le jeu est en tout cas extrêmement ouvert dans cette transat avec une flotte très étalée en latéral. Yves Parlier et Pachi Rivero, qui avaient été les premiers à profiter du mode furtif, sont réapparus hier sur l'échiquier, non pas au sud où on attendait peut-être l'Aquitain mais au contraire très au nord dans le sillage d'«Hugo Boss». Le nord, le sud il faudra attendre quelques jours pour y voir plus clair. Pour l'heure, pour ces marins qui n'en ont pas terminé avec ces conditions musclées, l'objectif est de préserver les machines pour continuer à jouer jusqu'au Costa Rica.
La navigation est encore plus brutale à bord des multis 50 pieds qui ne sont pas fait pour encaisser du près dans une mer casse-bateau. «C'est l'enfer, mais on tient le coup. On a passé une bonne nuit dans la piaule, les conditions sont mauvaises, musclées et nous, on est rincés. Nous sommes usés par le bruit des vagues et du vent et surtout des trois coques qui font badaboum toutes les cinq secondes», racontait Victorien Erussard («Guyader Urgence Climatique»). Paradoxalement dans cette journée agitée au front, il y avait des marins heureux de leur sort à l'image de Lalou Roucayrol: «On essaie de gérer les conditions pas faciles. La mer est croisée et un peu chaotique mais le bateau se comporte bien dans la brise. Ça tape mais on avance prudemment à 8-10 noeuds. On fait notre petit bonhomme de chemin. Tant mieux si on grappille des milles. Autrement, les bonshommes sont en forme, on a pu dormir et on mange bien. On a des plats et des gâteaux exceptionnels », confiait le marin du Sud-Ouest pourtant pas en croisière. Sur une route proche de l'orthodromie, «Région Aquitaine - Port Médoc» occupait la seconde place dans cette classe à une vingtaine de milles de «Crêpes Whaou», qui a résolument plongé au sud pour fuir le centre de la dépression et de ce fait rallongé sa route. Le Malouin Franck-Yves Escoffier a préféré ménager sa nouvelle monture mise à l'eau l'été dernier. Par ailleurs, l'équipage de «Prince de Bretagne», qui doit aussi s'arrêter pour réparer, a annoncé son intention d'aller jusqu'à Vigo car les conditions étaient très délicates à l'approche de la Corogne.
MONOCOQUES 60 PIEDS : 1. BT (Josse - Cuzon) à 3.839 milles de l'arrivée; 2. Safran (Guillemot - Caudrelier Benac) à 12,9 milles du premier; 3. Véolia Environnement (Jourdain - Nélias) à 14,9 m; 4. Mike Golding yacht Racing (Golding - Sanso) à 36,4 m; 5. Aviva (Caffari - Thompson) à 39,1 m; 6. Groupe Bel (De Pavant - Gabart) à 48,3 m; 7. Hugo Boss (Thomson - Daniel) à 68 m; 8.1876 (Rivero - Parlier) à 82,1 m; 9. W Hôtels (Pella - Ribes) à 118,5 m; 10. Akena Vérandas (Boissière - Riou) à 161 m; 11. Artémis (Davies - Gavignet) à 170,5 m; 12. DCNS (Thiercelin - Pratt) à 218,7 m. Non localisé : Foncia (Desjoyeaux - Beyou, à 17 h : 13e à 224 m) Abandon: Brit Air (Le Cleac'h - Troussel). MULTIS 50 PIEDS : 1. Crêpes Whaou (Escoffier - Leroux) à 4.283,9 milles de l'arrivée; 2. Région Aquitaine Port Médoc (Roucayrol - Alfaro) à 38,1 milles du premier; 3. Guyader pour urgence climatique (Erussard - Fecquet) à 144 m; 4. Prince de Bretagne (Cléris - Dietsch) à 259,2 m; 5. Fenetréa Cardinal (Maignan - Harel) à 584 m en escale à Lorient. Abandon : Le Blévec - Le Cam (Actual).
Arrivé hier à Concarneau à 13h30, «Brit Air» ne repartira pas. Après avoir analysé tous les paramètres et consulté leur partenaire, Armel Le Cléac'h et son équipier Nicolas Troussel ont annoncé leur abandon, hier en fin d'après-midi. La réparation du rail de grand-voile était envisageable dans des délais raisonnables mais les conditions météorologiques pour se relancer étaient exécrables. «Si on repartait ce soir (hier) ou jeudi à la première heure, il nous aurait fallu remonter très au nord pour éviter le mauvais temps qui va arriver jeudi soir sur la Bretagne et surtout dans le Golfe de Gascogne, rendu impraticable. Cette option, quasi obligatoire pour des raisons évidentes, aurait considérablement rallongé notre route et du coup, si nous assurions du côté de la sécurité, nos objectifs sportifs auraient été sérieusement revus à la baisse. Il restait la solution de partir jeudi soir, mais là, c'était en plein dans la tempête, avec 1.000 milles de retard sur la flotte. Ce qui n'est pas davantage raisonnable pour notre sécurité», a expliqué Armel Le Cléac'h, naturellement déçu de devoir jeter l'éponge suite à cette avarie. Au moment où celle-ci est survenue, l'équipage de «Brit Air» occupait la troisième place.
