26 avril 2009
Et le vainqueur de la Transat BPE est Gildas Morvan. Le marin des Abers a devancé Erwan Tabarly de quatre minutes et 40secondes qui suffisent à son bonheur. Le jeune François Gabart complète le podium.
Seulement quatre minutes et 40secondes, soit moins d'un mille ont séparé Gildas Morvan, le vainqueur, de son dauphin, Erwan Tabarly, au milieu de la douce nuit marie-galantaise.
Tabarly: «Il n'y a pas de match nul»
C'est dire l'intensité de la régate qui a conclu cette traversée de l'Atlantique. Les deux adversaires naviguaient à vue depuis le matin et jusqu'à la ligne, ils se sont livrés un duel sans concession qui a vu le géant des Abers l'emporter à l'arraché. «Deux vainqueurs dont un», pourrait-on dire une nouvelle fois à l'issue de ce dernier acte haletant d'une transat qui a tenu ses promesses. «Mais en voile, il n'y a pas de match nul», confie à son arrivée un Erwan Tabarly élégant dans la défaite. «Je suis passé par tous les sentiments dans ce final, on se voit gagner, on se voit second, on espère et puis à la fin... » Réconforté par sa tante Jacqueline et son épouse Cécile, le skipper d'«Athema» s'applique à positiver sur sa performance. «Je me suis bien battu, j'ai fait une belle transat avec de belles trajectoires. Je n'ai pas grand-chose à me reprocher. Au final, cette deuxième place est belle. Il m'a manqué le petit coup de pouce du destin qui m'aurait permis de croiser devant ce soir et de l'emporter. Ce sera pour la prochaine fois», analyse-t-il, avant de rejoindre sur le podium Gildas Morvan pour recevoir l'ovation du public marie-galantais.
Morvan: «Elle est belle»
Le géant des Abers a tremblé. Il a douté lorsque le vent l'a abandonné sous un grain vendredi matin mais le champion de France de course au Large en solitaire en 2008, qui a gros mental, ne s'est pas découragé. Il a mis toute expérience et son énergie pour renverser une tendance défavorable. Et il a enfin décroché cette grande victoire en solitaire qui le fuyait depuis des années. «Elle est belle car la bagarre a été jolie du début à la fin. Avec Erwan, on s'est retrouvé bord à bord au petit matin et je n'ai rien lâché. J'avais confiance, je savais que j'avais un bon angle pour finir. La victoire s'est jouée à un nuage près», confie-t-il. Les derniers bords le long de l'île ont été stressants au milieu des bouées de casiers qui auraient pu provoquer un dernier coup de théâtre. Cette Transat BPE s'est jouée à peu de chose. Les deux intéressés le savent bien. Et à peine débarqués, ils refont déjà la régate sous le regard amusé de Jacqueline Tabarly.
Gabart, l'invité surprise
Puis, débarque le troisième invité du podium, François Gabart, tout sourire et frais comme s'il rentrait d'une régate en baie de la Forêt. Ce nouveau venu a l'insolence de la jeunesse et, en prime, du culot et du talent. Pour sa première transat, le skipper «Espoir Région Bretagne» a frappé un grand coup et confirmé les promesses entrevues l'année passée. «Pour ma première transat, je ne pouvais rêver mieux mais cette place, je suis allé la chercher. Je me suis concentré pendant trois semaines à faire glisser le bateau. Je suis ravi, d'une part, parce qu'il y a un résultat et, d'autre part, j'ai pris énormément de plaisir durant cette traversée. Je me suis régalé», raconte-t-il, rayonnant de bonheur. La nuit s'avance. Le public saoulé de percussions et douché par quelques grains commence à refluer. Nicolas Troussel, quatrième, arrive à son tour barbu et un peu déçu. Le tenant du titre, handicapé par des problèmes de girouette, n'a pu jouer sa chance à fond. Après une photo souvenir avec un Laurent Voulzy totalement sous le charme, ces quatre marins confrontent leurs analyses. Ils ont posé le pied à Marie-Galante mais sont encore dans leur course.
«On pressentait depuis le départ que cette course allait se jouer à pas grand-chose. La course a été palpitante du début à la fin avec un rythme infernal et beaucoup de jeu. Erwan avait investi dans le sud pour aller chercher plus de pression. Je savais qu'il allait accélérer très fort. Ces derniers jours, j'ai un peu paniqué quand je voyais que dans le sud ils allaient un noeud vite que nous pendant deux-trois jours. Je n'ai pas craqué, j'ai décidé d'assumer ma route. Je me disais que j'aurai la dernière bascule pour moi et c'est ce qui s'est passé.» «C'était très tendu à bord. Quand je suis resté "empétolé" et que je marchais à 2,5 noeuds, j'ai gambergé et j'ai eu peur. Vendredi matin, j'ai vu Erwan à un mille par mon travers, il était quasiment devant. J'ai essayé de me rassurer en me disant que j'avais un meilleur angle. Je me suis dit qu'il fallait tout donner pour l'emporter. Et ne pas mourir à la porte.... Ce finish, ce n'était pas de tout repos. Les dernières 48heures, c'était du non stop. Toutes les quatre minutes, il y avait des réglages ou un empannage à faire. On ne pouvait pas dormir ou manger car il y avait des grains où c'est monté à 35noeuds. On marchait à 15noeuds sous spi, les deux mains sur la barre. C'était l'enfer...» «J'ai éprouvé un vrai sentiment de soulagement. Ces derniers milles n'ont pas été faciles. Dans la nuit, je voyais le feu du bateau d'Erwan, tout près de moi. Là, c'est devenu du match-race pur et dur, sauf que c'était la victoire finale d'une transat qui se jouait, pas une simple manche de l'après-midi! J'ai d'abord réussi à prendre un grain un peu mieux qu'Erwan. Je me suis placé entre lui et la ligne d'arrivée, et j'ai joué le contrôle jusqu'au bout. Il ne fallait se rater sur aucune prise de bascule du vent. Exactement comme en match-race. C'était chaud!» «J'ai encore un peu de mal à réaliser. Le summum pour un coureur au large, c'est une victoire en solitaire sur l'Atlantique. Je crois qu'il n'y a pas mieux. Après, il y a une victoire autour du monde.... C'est une belle récompense de gagner cette transat. Je suis dans une bonne spirale. Depuis mon titre de champion de France l'an passé, je me sens en confiance. La sérénité a joué dans cette traversée. Mais, encore une fois, cela s'est joué à peu de chose.»
Neuf concurrents avaient franchi la ligne, hier après-midi à Marie-Galante. La neuvième à en terminer a été Isabelle Joschke qui a été très ralentie dans les petits airs à l'approche de la ligne qu'elle a franchie à 19 h 05' (heure française). Perturbée par des problèmes d'alimentation en énergie, la Franco-Allemande, qui était la seule femme engagée, a fait preuve d'une grande pugnacité dans cette traversée. Le classement: 1. Gildas Morvan (Cercle Vert) en 19j 14h24'12'' (7,29 noeuds de moyenne); 2. E.Tabarly (Athéma) à 4'40''; 3. F.Gabart (Espoir Région Bretagne) à 1h2'15''; 4. N.Troussel (Financo) à 1h39'12''; 5. G.Véniard (Macif) 3h29'59''; 6. T.Chabagny (Suzuki Automobiles) 5h58'18''; 7. A.Tripon (Gédimat) 10h4'53''; 8. F.Le Gal (Lenze) 10h7'23''; 9. I.Joschke (Synergie) 12h41'41''. Distance au but, hier à 17 h 30 : 10. A.Hardy (Agir Recouvrement) à 111,7 millles; 11. V.Jean Noël (Pays Marie Galante) à 156,8m; 12. Y. Livory (CNIT 56) à 174,1m; 13.L.-M. Tannyères (Nanni Diesel) à 192,5m.
«La victoire s'est jouée à un nuage près.»
