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Voile

Transat BPE. Chabagny vire en tête

5 avril 2009

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C'est parti. Les 14 concurrents de la transat BPE se sont élancés à 15 h de Belle-Ile, destination Marie Galante. Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles) est passé en tête à la bouée de dégagement, au large du Palais.

Vent léger
Sous un vent d'est de 4 à 5 noeuds, Chabagny a précédé dans l'ordre Gérald Véniard (Macif) et Armel Tripon (Gedimat), avant d'entamer le parcours en route libre qui mènera les 14 concurrents de la Bretagne à la Guadeloupe, sur un parcours de 3436 milles (environ 6360 km).

Un tube pour une transat

Il y a plus de vingt ans (en 1986), Voulzy avait tracé la route dans son imaginaire. Il n'imaginait pas en grattant sa guitare et en composant ce tube avec son copain Alain Souchon qu'un jour, il donnerait naissance à une course océanique. Cet air connu que nous avons tous fredonné a percuté dans l'esprit de Pierre Bojic, le directeur général de Pen Duick (groupe Le Télégramme), sollicité par les élus de Marie-Galante à l'occasion de la dernière Route du Rhum (2006). Le nom de Belle-Ile s'était naturellement imposé en face. Ainsi est né le concept de cette première transat reliant deux îles aux charmes indéniables. Les élus bellilois et marie-galantais, eux, ont pleinement adhéré au projet. Il y a deux ans, 27 marins ont mis l'histoire en musique sur l'Atlantique. Les effets de la crise n'épargnant pas l'univers de la voile, cette année, certains skippers n'ont pu boucler leur budget et ils seront seulement 14 à larguer les amarres aujourd'hui. «Cette course est une vraie invitation au voyage. Elle porte en elle un réel potentiel de développement tant son pouvoir évocateur est fort. Au plan sportif, ce concept de la confrontation à armes égales est très fort», confie Pierre Bojic, optimiste convaincu que cette classique perdurera et deviendra un «tube» de la course au large. Laurent Voulzy, le parrain de cette transat originale, est fidèle et toujours enthousiaste. Cette année, il n'a pas donné de concert dans l'enceinte de la Citadelle Vauban mais depuis vendredi, il a posé son sac à Belle-Ile qu'il affectionne. Hier, bien qu'un peu souffrant, il a arpenté les pontons et est venu humer l'ambiance au port du Palais. Cette année, il se promet d'être à l'arrivée à Marie-Galante, «l'île où ma mère a vécu mais que je n'ai découvert qu'à l'âge de 35 ans». Avoir réuni ces deux îles, éloignées mais soeurs dans son coeur, est un bonheur qu'il a exprimé à plusieurs reprises. «Je suis sincèrement ému que la route de cette compétition ait été tracée sur la chanson. C'est un honneur. Je sais qu'il y a aussi beaucoup d'énergie derrière cette épreuve». Le chanteur est plein d'admiration pour ces solitaires en partance: «Je suis amoureux de la mer mais bien piètre marin. Lorsque je sors de la baie de Quiberon en voilier, rarement seul d'ailleurs, j'ai peur dès que la houle monte un peu. Alors, ces solitaires qui traversent l'Atlantique ou font le tour du monde, pour moi, ce sont des extraterrestres. Comme j'effleure la voile, je mesure le courage, la compétence nécessaires pour se confronter aux éléments. Ils me fascinent». Depuis des mois, ces marins ont fait leurs gammes pour maîtriser leur instrument, le monotype Figaro Bénéteau. Ces solistes, peut-être tenaillés par un léger trac, sont maintenant pressés d'entrer en scène et d'interpréter leur partition. Au long de ces 3.436 milles, il y aura du jeu et des options différentes mais aussi de belles émotions.
  • Gilbert Dréan

Victor Jean Noël, l'ambassadeur

Le pavillon de Pays Marie-Galante flotte sur cette Transat BPE et il sera défendu par Victor Jean Noël, une figure de la voile guadeloupéenne. Une nouvelle fois, Victor Jean Noël est l'ambassadeur de la Guadeloupe et de Marie-Galante sur cette transat. Ce personnage sympathique apporte la chaleur de son île et son enthousiasme sur les pontons bellilois. La Bretagne lui est familière et ce n'est pas un inconnu dans le paysage des courses océaniques. Mini-Transat en 1991, Route du Rhum, Solitaire du Figaro (1993, 1994, 1996) Victor Jean Noël a pas mal bourlingué. Déjà au départ de cette transat Belle-Ile-en-Mer - Marie-Galante il y a deux ans, il avait terminé à la 19e place. Il y revient avec autant de plaisir: «J'avais envie de refaire cette transat qui relie ces deux îles magnifiques. Mais cette fois, ce sera la dernière», jure-t-il. La moustache est désormais grisonnante mais à 54 ans, l'enthousiasme est toujours celui d'un bizuth. «Je vais donner le meilleur mais sportivement, ce sera difficile car ma préparation a été tardive et la concurrence est très relevée». Pour cette grande régate sur l'Atlantique, le skipper de Marie-Galante a une arme secrète ou à tout le moins originale. Son avitaillement n'est composé que de produits du terroir marie-galantais et guadeloupéen. Ignames (une racine), patates douces, bananes légumes ou fruits, aubergines, figues plus un peu de miel sans oublier un peu de sucre de canne seront son quotidien dans cette traversée. «La base de l'alimentation, ce sont les sucres lents et les travaux effectués par le Docteur Henri Joseph (un diététicien guadeloupéen) montrent que les produits de chez nous libèrent les sucres lents plus doucement. J'y pensais depuis longtemps mais la difficulté était de trouver les conditionnements adéquats». Grâce à un conditionnement sous vide, il va tenter l'expérience. Convaincu des vertus de ce régime alimentaire 100% antillais, Victor Jean Noël espère qu'il lui apportera un carburant supplémentaire dans cette traversée. Quoi qu'il arrive, il sera accueilli en héros à Marie-Galante.
  • G.D.

Au moment du départ, aujourd'hui à 15h, les conditions météos devraient être faibles, voire très faibles puisqu'on annonce un vent d'est 5-6 noeuds, mollissant 2-3 noeuds au sud-ouest en soirée. Ce n'est que demain et surtout mardi que les concurrents devraient retrouver des vents plus soutenus et probablement de face. Il y a deux ans, Nicolas Troussel avait mis 21 jours, 9h11'45'' pour parcourir les 3.436 milles (6.382km) du parcours, soit à la vitesse moyenne de 6,68 noeuds. A 7,2 noeuds de moyenne, les premiers sont attendus le samedi 25avril à Marie-Galante, archipel de la Guadeloupe. On ne badine pas avec la sécurité des marins. Sur cette transat, chaque skipper a embarqué deux types de balises. Les balises Argos servent à positionner les bateaux toutes les 30 minutes. A la demande du navigateur, elles peuvent déclencher une alarme aussitôt transmise au siège d'Argos qui prévient ensuite la direction de course. Les balises Sarsat sont des balises de détresse internationales. Leur déclenchement alerte immédiatement les Centres Régionaux Opérationnels de Sécurité et de Sauvetage (CROSS) qui coordonnent les opérations de secours. Ils seront 14 skippers, aujourd'hui, sur la ligne de départ de la Transat BPE. A terre, plus de 40.000 marins prendront virtuellement le départ sur Virtual Regatta. Parmi eux, Laurent Voulzy, le parrain de la course. Il est encore possible de s'inscrire depuis le site de la course www.transatbpe.com ou sur www.virtualregatta.com. La procédure de départ de cette transat débutera à 14h52. Huit minutes plus tard, Laurent Voulzy, parrain de l'épreuve, Etienne-Marie Airiau, directeur général de la BPE, Frédéric Le Gars, président de la communauté de communes de Belle-??le-en-Mer et Harry Selbonne, président de la communauté de communes de Marie-Galante, donneront le départ. Quatre coups de canon tirés depuis la citadelle matérialiseront la libération des solitaires.

Isabelle Joschke

Vivre sa passion. Vivre ma vie d'enfant tout simplement. Quand j'ai eu le déclic de la course au large il y a quelques années. Et depuis, cela continue. La détermination. Je suis quelque peu intransigeante. L'intégrité. L'intégrité également. Je ne fais pas la différence. La vanité! Ma famille, mes amis. La faute avouée. L'an passé, j'ai failli tomber du mât de mon Figaro. J'ai vraiment flippé. J'y suis remontée aussitôt car sinon, je crois que je n'aurais jamais voulu y grimper à nouveau. Participer au prochain Vendée Globe. A part naviguer? J'aime beaucoup lire et voyager. Quand j'ai cassé le bout-dehors de mon voilier sur la dernière Transat 6.50 en 2007. Avec cette avarie, mes espoirs de victoire s'envolaient. Non. Sauf pour ce qui porte bonheur comme trouver un trèfle à quatre feuilles par exemple (rires). Un peu des deux. Je suis à la fois française et allemande. Un livre! (cri du coeur). La réalisation de mes rêves, assurément. J'aime le blues, la musique du monde et la chanson française. Je mange comme un ogre! (rires). Saint-Malo sans hésiter! Panaït Istrati, un auteur roumain qui écrit en français des nouvelles et des romans, Garcia Marquez, Isabel Allende. Les expressionnistes. «La Strada» de Federico Fellini. Le rouge (la couleur de la colère et de l'amour). Le tournesol. J'aimerais être un peu plus grande. La Mémoire et la Mer de Léo Ferré. J'aimerais avoir un vrai talent musical (elle est un peu musicienne et joue de la guitare). Le tartare de thon. Un curry de poulet. Mais en fait, je crois que c'était du chat. Francis Joyon, pour la façon dont il mène ses projets et pour son humilité. Les grandes bouches. Je ne me vois pas ministre (sourire). C'est une fonction ingrate. Il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Je n'ai pas de devise. En fait, je n'aime pas l'idée de résumer une personne ou un mode de vie en une phrase. C'est parti, je suis déjà à fond dans ma course depuis un moment. Dans mon lit, en dormant.
  • Recueilli par Gilbert Dréan

Les 14 engagés

Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles), Eric Douglazet (Luisina), François Gabart (Espoir Région Bretagne), Adrien Hardy (Agir Recouvrement), Victor Jean Noël (Pays Marie-Galante), Isabelle Joschke (Synergie), Franck Le Gal (Lenze), Yannig Livory (Cint 56), Gildas Morvan (Cercle Vert), Erwan Tabarly (Athema), Louis-Maurice Tannyères (Nanni Diesel), Armel Tripon (Gédimat), Nicolas Troussel (Financo), Gérald Véniard (Macif).

Transat BPE. 14 solistes au départ

Voulzy l'a chanté, Pen Duick l'a fait (lire ci-dessous). D'entrée, cette transatlantique en solitaire à armes égales -elle est disputée sur des bateaux identiques- a séduit les marins. Ils étaient 27 en 2007 sur ce parcours de rêve. Dimanche, ils ne seront «que» quatorze. La crise est passée par là et elle a laissé plusieurs marins à quai. C'est le cas notamment de Laurent Pellecuer, vainqueur de la dernière Transat ag2r, qui, faute d'avoir trouvé un sponsor, a dû jeter l'éponge. Un plateau de qualité A défaut de quantité, le plateau 2009 est de qualité. «C'est bien simple: sur les 14 skippers engagés, il y en a 11 qui peuvent gagner», analyse le Névezien Eric Drouglazet, vainqueur de la deuxième édition de cette Transat BPE et candidat très sérieux à la victoire aux Caraïbes. Parmi les autres favoris, il y a forcément le tenant du titre, Nicolas Troussel. Le skipper de «Financo» avait marqué les esprits il y a deux ans en osant une option radicale et payante au sud. Le régatier de la baie de Morlaix, lauréat de la dernière Solitaire du Figaro, a déjà annoncé la couleur: «J'ai très envie de rééditer la même performance». Serein et motivé, le solide Brestois Gildas Morvan, encore auréolé de son titre de champion de France 2008, l'est également. «J'ai une grande envie d'y aller». S'il n'y en a qu'une... Si Troussel, Morvan et Drouglazet sont les trois grands favoris, ils savent pertinemment que les Tabarly, Chabagny, Véniard, Tripon et Le Gal peuvent également s'imposer. Le terrain de jeu est immense et il est impossible de contrôler tout le monde. Auteur d'une première saison remarquable l'an passé, le jeune François Gabart sait qu'il est attendu au tournant pour sa première transat en solitaire. «Alors, je vais m'appliquer», dit-il. Impossible également de ne pas miser un kopeck sur Isabelle Joschke, la seule femme engagée. Au large, la Franco-Allemande a démontré son aisance sur le réputé circuit Mini 6.50 où elle a tenu la dragée haute à la gent masculine pendant trois saisons. L'été dernier entre Nice et Istanbul, elle a même réussi l'exploit de gagner une étape: «Sur cette transat, tout le monde peut gagner». Victor, le Guadeloupéen Plus jeune concurrent engagé, Adrien Hardy (24 ans) aime également le large, la navigation en solitaire et la solitude. La concurrence ne l'effraie pas. «Les gros bras devraient être devant mais je ne vais pas me contenter de les suivre...» Suivre le rythme des pros, voilà ce que Louis-Maurice Tannyères et le Morbihannais Yannick Livory tenteront de faire. Secrètement, Livory, familier de l'Atlantique (3e participation), rêve de jouer les trouble-fête, voire plus si affinités. Enfin, cette transat, dont l'arrivée est jugée à Marie-Galante, ne pouvait pas avoir lieu sans Victor Jean Noël, marin expérimenté déjà présent en 2007 (19e). Le sympathique Guadeloupéen est prêt. «Pani pwoblem, ya ka souké», dit-il. Alors, en avant la musique! Du Zouk pour lui. Du «Rock'Collection», signé Voulzy, pour les treize autres.
  • Philippe Elies
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