18 janvier 2009
Pas de record mais beaucoup d'émotion hier à Brest pour l'arrivée de Thomas Coville. Le Trinitain et son maxi-trimaran « Sodeb'O » ont bouclé le tour du monde en 59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes.
Un soleil d'hiver éclairant la mer d'Iroise et « Sodeb'O » qui glisse au portant avec un vent de sud-ouest de 15 - 20 noeuds dans une belle houle vers la ligne d'arrivée entre le phare du Petit Minou et les Fillettes. Debout à l'étrave de son grand trimaran, Thomas Coville n'a pas exulté ni levé le poing au franchissement de la ligne de délivrance à 11 h 42. Quelques instants plus tard, dans l'émotion de l'arrivée au quai Malbert, on perçoit l'immensité de sa déception. A la mesure de l'énergie déployée au long de ce tour bouclé en 59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes.
« Je suis un peu cabossé »
« Ma fierté est de jamais avoir lâché et baissé les bras. Je n'ai que ça à offrir », lâche-t-il très ému.
Cela n'a pas suffi pour enlever à Francis Joyon ce record placé très haut. Un anticyclone de Sainte-Hélène piégeux, un Océan Indien particulièrement sournois avec ses mers croisées, la présence de glaces très hautes qui l'ont obligé à des détours dans le Pacifique ne l'ont pas aidé dans cette folle entreprise.
Ce gaillard plein de santé est revenu lessivé. « Je suis un peu cabossé, comme mon bateau » dit-il. Une larme coule sur son visage barbu qui « porte les traces de la mer » dira Bernard Stamm.
Entre deux étreintes avec les proches, les micros se tendent. Difficile de résumer en quelques mots jetés au vent brestois, l'intensité de cet engagement de tous les instants, avec en prime le stress inhérent à une navigation sur un grand multicoque. « Dans le Sud, la sécurité c'est d'aller vite. C'est compliqué à gérer en solo car la moindre erreur peut être fatale. La sanction est immédiate. »
Pas de plaisir de la glisse
En 60 jours, il n'a pas dormi dix fois à l'intérieur de sa capsule de vie. « Je suis parfois resté deux jours et demi sans dormir. Ce qui te permet de tenir si longtemps dans le non-sommeil, c'est l'adrénaline, l'angoisse. C'est ce qui te permet de repousser des limites qui sont inenvisageables à terre. Mais on n'a pas le choix... »
Les conditions rencontrées dans le grand Sud, où il n'a pu savourer de longues séquences de glisse, lui ont gâché son plaisir. Il a aussi mesuré la pression implacable du chronomètre l'obligeant à cravacher sa machine. « Dans une compétition, quand tu fais des efforts, en général, tu es récompensé. Tu as la gratification de milles gagnés ou d'avoir grimpé au classement. Je n'ai jamais connu ce sentiment-là. J'étais en retard et j'ai toujours couru après le temps. »
Il boucle ce voyage à la fois extraordinaire et infernal avec 2 jours, 7 heures et 13 minutes de plus que Francis Joyon, mais ayant parcouru 1.725 milles de plus que le skipper d'« IDEC ». Il est le troisième marin à réussir ce tour du monde en solitaire sans escale en multicoque. Objectivement, la performance est grande mais cela ne suffit pas à lui mettre du baume au coeur. « Je suis un compétiteur et je n'ai pas atteint mon objectif qui était le record de Francis », répète-t-il sur le podium face au public brestois peu nombreux mais chaleureux.
A la lumière de son parcours et de son chrono, il a démontré que ce record n'était pas inaccessible pour un couple homme - bateau cultivant l'excellence. A condition que la météo soit une parfaite alliée. « Donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer les choses que je peux changer et la sagesse de faire la différence », a conclu Thomas Coville en citant Marc Aurèle. « La sagesse, il va me falloir du temps pour la trouver. »
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