22 septembre 2009
Le vainqueur de la troisième étape de l'Istanbul Europa Race était espéré, hier soir, à Brest. Mais à bout de souffle, scotché à quelques encablures de la ligne d'arrivée, «Foncia» se faisait désirer.
Hier, il faisait un temps estival à Brest, terme de la troisième et dernière étape de l'Istanbul Europa Race. Du soleil, c'est certain mais malheureusement pas beaucoup de vent pour ne pas dire pas un souffle. Michel Desjoyeaux et ses hommes avaient fait le break pendant la nuit en prenant quelque peu leur distance (38 milles sur «Veolia Environnement», plus de 65 sur «Groupe Bel» dans l'après-midi). Et si en début de soirée, l'avance du leader diminuait légèrement, le vent faible sur l'arrivée et les contre-courants importants en rade de Brest auraient du mal à renverser la situation.
Wolf Rock au lever du jour
Wolf Rock dans le sillage de «Foncia» depuis le lever du jour, le double vainqueur du Vendée Globe semblait serein sur l'issue de cette étape: «On sait que le vent va se calmer mais on a un bon matelas derrière nous. Là, on a du bon vent mais l'arrivée à contre-courants ne va pas nous arranger. Nous allons prendre le Chenal du Four et le Goulet de Brest à contre-courants. Je ne vois pas ce que les concurrents derrière peuvent faire pour les contourner. Faire le tour par l'extérieur, par l'ouest d'Ouessant ne garantit pas une zone sans vent», expliquait-il.
«Foncia n'est pas chouette avec nous»
En tête depuis quasiment le départ de Barcelone, l'équipage de Desjoyeaux a réussi à contenir ses adversaires. Décidément, que ce soit en solitaire ou en équipage, le «professeur» trouve toujours la solution. Ce qui désolait, hier matin, Roland Jourdain, dans le sillage du Forestois depuis Gibraltar et qui s'était fait distancer alors que depuis quelques jours il grappillait les milles petit à petit: «Ça va être dur de gagner, ?Foncia? n'est pas chouette avec nous. On va y croire jusqu'au bout. Il va avoir du vent mou sur le retour avec de forts coefficients de marée donc tout peut arriver à condition que Mich' veuille bien nous attendre. Si dans le chenal du Four, tu prends le courant contre toi, tu le prends aussi dans le Goulet donc tu perds du temps. C'est une question de timing». Et il avait raison, Bilou, lui qui a souvent navigué à Brest. Vers 16h en effet, la renverse avait lieu et Desjoyeaux n'était pas encore entrer dans la rade. Loin de là puisqu'une heure plus tard, le monocoque blanc était encore à 38 milles de la ligne, la pétole régnait et le courant dans le nez devait encore durer quatre heures... «On a quasiment fait de la marche arrière. Là, on a réussi à faire repartir la machine mais on a un petit clapot qui nous freine», disait Mich' Desj' à l'entrée du Chenal du Four. Il allait donc falloir être patient à bord de «Foncia» avant de décrocher une première victoire d'étape. Deuxièmes avant le départ de Barcelone, ils étaient en passe de réaliser un coup double à la pointe bretonne: victoire d'étape et victoire du premier tour de l'Europe. Fallait-il qu'Eole veuille bien leur donner un coup de main...
En Série, hier en milieu d'après-midi, 29 bateaux avaient franchi la ligne. Il en restait donc encore 17 en mer. Du côté des protos, 26 concurrents en ont terminé avec cette première étape musclée entre LaRochelle et Madère. A la barre de son célèbre plan Magnen, Sébastien Picault (Kickers) était hier en 35e et dernière position à 193 milles de Funchal et la Brésilienne Izabel Pimentel (Petit Bateau) avait encore plus de 100 milles à parcourir avant de boucler ce premier round. Parmi les skippers malheureux, Olivier Avram, contraint de rentrer à LaRochelle cinq heures après le départ pour réparer un tangon cassé. Le skipper de «Cap Monde» s'est finalement classé 25e mais il s'est consolé avec une belle journée de surf, avalant 268 milles en 24heures. Considéré par les Français comme un favori, l'Italien Andrea Caracci (Speedy Maltese), a, lui aussi, connu une première étape difficile. Au portant, dans un alizé portugais musclé, son tout nouveau plan Manuard s'est vu rattraper par une énorme vague. Résultat, un tableau arrière totalement dévasté, avec deux safrans abîmés et, à l'arrivée une décevante 21e place. D'autres se sont régalés au cours des 1.100 milles. A l'image du Néo-Calédonien, Antoine Rioux (22e): «Cette première étape a été comme une récompense pour moi après un an et demi d'intense construction. J'ai pris beaucoup de plaisir à naviguer, et à profiter du voyage». Un voyage au cours duquel il a vu un nombre important de tortues de mer. «Il y en avait tout autour du bateau. Je n'en avais jamais vu autant lors de mes précédents passages par ici». Quant à Brice Aqué, il avoue avoir «vraiment kiffé à la barre. Je voulais prendre du plaisir et j'en ai pris».
1. Foncia (Michel Desjoyeaux) à 36,3 milles de Brest; 2. Veolia Environnement (Roland Jourdain) à 20,1 milles du premier; 3. Groupe Bel (Kito de Pavant) à 37 m; 4. Paprec-Virbac 2 (Jean-Pierre Dick) à 56,6 m; 5. 1876 (Guillermo Altadill) à 381,4 m; 6. DCNS (Marc Thiercelin) à 526 m.
