7 octobre 2009
L'air du large a soufflé la semaine dernière à Rennes dans les salons feutrés de l'hôtel le Coq Gadby. La journée sur le sponsoring voile, organisée par Eurolarge Innovation, a permis de cerner des réalités économiques et les retombées tangibles pour certains acteurs présents depuis plusieurs années.
Dans un contexte de crise, la voile n'a naturellement pas échappé à certains vents contraires. A entendre les intervenants de tous horizons (armateurs, organisateurs, coureurs ou communicants), elle reste cependant un vecteur très intéressant pour les entreprises de toutes tailles. Moyen d'accroître la notoriété d'une société, de valoriser ou moderniser une image, facteur de cohésion interne, elle peut être aussi un accélérateur de business. Le fameux retour sur investissement. Les témoignages de Frédérique Granadoo (Groupama) et de Bertrand Chambert-Loir (Crêpes Whaou!) ont éclairé l'assemblée.
Multis maxis et minis
Entre un groupe de 38.000 personnes, déjà présent dans douze pays et qui investit 10millions d'euros par an dans la voile, et une PME bretonne (société Le Ster) qui a exploité avec intelligence la niche des multis 50pieds, il y a un océan de différences. Il existe aussi des convergences comme la rencontre coup de coeur avec un skipper (Franck Cammas pour Groupama, Franck-Yves Escoffier pour Whaou) sur laquelle s'est fondée une vraie stratégie de sponsoring s'inscrivant dans la durée. Groupama est présent dans la voile depuis douze ans. Cela s'est traduit par 57 courses, 50 podiums, 29 victoires et trois records océaniques mais aussi des fortunes de mer, trois chavirages et ces derniers mois une reconstruction de «Groupama3» pour le Jules-Verne. Crêpes Whaou, qui, depuis cinq ans, a cannibalisé les retombées sur les transats (Route du Rhum, Jacques Vabre), vient de mettre à l'eau un nouveau trimaran griffé VPLP. Ce pionnier, un peu isolé dans la classe des 50 pieds, se réjouit de voir la concurrence se muscler avec trois nouveaux trimarans mis à l'eau cet été et griffés d'architectes différents. En même temps, Bertand Chambert-Loir réaffirme un souci de limiter l'escalade technologique et financière à travers une jauge restrictive. Le nouveau «Crêpes Whaou! 3» a coûté 1,3million d'euros et le budget annuel de fonctionnement est de 300.000euros hors investissement.
Mark Turner: «La France en avance»
Il y a aussi des success stories et des expériences originales hors de nos frontières. Mark Turner (OC Events) a rappelé fort à propos à l'assemblée et avec humour que l'histoire avait commencé outre-manche avec la Transat anglaise et la victoire d'Eric Tabarly, qui a tout déclenché: «Dans le domaine de la voile professionnelle, la France est en avance et c'est le seul pays où il y a autant d'options possibles pour les sponsors avec des tickets d'entrée qui s'échelonnent de 150.000 à 10millions d'euros. C'est une chance formidable!» Cet ancien coureur, devenu un infatigable globe-trotteur et organisateur, a l'art de s'aventurer hors des sentiers battus. Sous son impulsion, deux catamarans battant pavillon d'Oman, dont l'un skippé par Loïck Peyron, ont rejoint l'Ishares Cup, circuit de régates international sur des catamarans de 40 pieds. Un circuit qui a installé la régate spectacle au coeur de villes prestigieuses comme Venise (une première) ou Amsterdam. «Les bateaux sont puissants et difficiles. Le format de régate est spécial mais cela ne me gêne pas de dire qu'on privilégie le spectacle». Dans un autre registre, l'Arabian 100, premier trimaran monotype construit dans les moules du «Sodeb'O» de Thomas Coville, vient d'être mis à l'eau. Il n'est pas destiné à venir sur le terrain de jeu des maxi-multis français: «C'est un projet pour le Moyen-Orient. Un tour de l'Arabie, un tour de l'océan Indien par les cinq caps entre autres sont en préparation. Il y a de nouveaux océans à explorer et les Français doivent se dire que dans les dixannées à venir, il y aura de nouvelles opportunités», a conclu Turner avant de filer à l'anglaise vers d'autres terrains de conquête.
«Dans le domaine de la voile professionnelle, la France est en avance.»
