20 juillet 2009
Le hasard du calendrier et la recherche d'une fenêtre météo les a conduits à New York en même temps que les maxi-multicoques «Groupama 3», «Banque Populaire V» et «Sodeb'O». Mais au pied des gratte- ciels de Manhattan, leur cata de 20 pieds (6,10m) Octo Finances fait figure de lilliputien aux côtés de ces géants. C'est pourtant à bord de cet engin, que l'on imagine plus adapté à des raids côtiers entre les îles bretonnes, qu'ils vont défier l'Atlantique Nord.
Récidivistes
3.000 milles devant les étraves, le courant froid du Labrador, les brumes de Terre Neuve, une eau à quelques degrés au-dessus de zéro, ces deux Lorientais n'ont pas froid aux yeux. Leur défi paraît un peu insensé. Mais Moreau (37 ans) et Lequin (35 ans), qui se connaissent depuis l'âge de 17 ans quand ils naviguaient aux Glénans, ne sont pas des têtes brûlées. Ce sont des récidivistes puisqu'en 2007, ils avaient déjà traversé l'Atlantique sur le parcours Dakar - Pointe-à-Pitre avec ce cata qu'ils ont construit de leurs mains. Une traversée record en 11 jours, 11h 42'25? mais émaillée de péripéties dont quelques chavirages sur la fin.
«On nous prend pour des allumés»
Cette fois, la barre est placée nettement plus haut. Qu'est-ce qui les a poussés à se relancer dans une telle aventure? «L'Atlantique Nord, c'est mythique, il y a un côté première mondiale. Nous sommes conscients que ce défi est extrême mais notre approche est pragmatique et sécuritaire. Pour partir gravir un haut sommet en montagne, on prépare son sac méticuleusement, pour traverser l'Atantique en catamaran de sport à votre avis?», lance Pierre-Yves Moreau. «On nous prend pour des allumés, ce qu'on peut comprendre. Mais tout ce que l'on fait est mûrement réfléchi pour y arriver», ajoute Benoît Lequin. Les deux marins ne partent pas la fleur au tangon. Ils ont préparé leur catamaran pour cette traversée avec une obsession sécuritaire (lire ci-dessous).
Gérer la fatigue
Leurs atouts sont une grande expérience, une connaissance parfaite de leur bateau, et une détermination sans faille. Mais dans cette traversée inédite de l'Atlantique, en plus de la météo, il y a un paramètre qui sera difficile à maîtriser: la fatigue, qui peut être leur pire ennemi. «Lors de notre précédente traversée, on dormait mal. Nous étions stressés et quand on a chaviré deux fois de nuit sur la fin, c'était à cause de l'état de fatigue. Le système anti-chavirage que nous avons mis au point devrait nous aider à mieux gérer ce problème», souligne Benoit Lequin. Ce sera un risque majeur dans cette tentative. Pour éviter de se mettre dans le rouge et combattre le froid, ils ont aussi travaillé sur le confort qui est plus que spartiate à bord d'Octo Finances. En se référant aux polaires de vitesse de bateau, ils espèrent tenir une moyenne de 10 noeuds et traverser en un peu plus de 15 jours (celle-ci était de 9,8 noeuds entre Dakar et la Guadeloupe) Ce duo lorientais attend maintenant la bonne fenêtre et la disponibilité de Pierre-Yves Moreau. Ce dernier fait, en effet, partie de l'équipage du maxi «Banque Populaire V». Cet été, il aura donc droit à une double ration d'Atlantique sur des multicoques radicalement opposés. Quand on aime...
20 mai 2012 à 17h35