14 janvier 2009
A 1.600 milles de l'arrivée hier à la mi-journée, Thomas Coville s'est rendu à l'évidence. Le record de Francis Joyon (57 j 13 h 34'6'') lui était devenu inaccessible. « Sodebo », qui accusait alors 800 milles de retard sur son adversaire virtuel, n'est attendu à Brest que vendredi soir.
Depuis la sortie du Pot au Noir, la possibilité d'accrocher ce record s'était amenuisée mais l'enchaînement météo peu propice à la vitesse a torpillé les derniers espoirs de Thomas Coville. L'anticyclone des Açores et ses vents erratiques ont terriblement ralenti le grand trimaran. Sur le coup, la déception est grande pour Thomas Coville mais cela fait partie du jeu : « Je suis allé chercher la performance, je fais un métier où je m'expose, où je me mets en danger en permanence. Pour la partie sportive, il faut un peu de réussite. Je suis comme quelqu'un qui travaille dehors, un vigneron avec des années plus fastes que d'autres. J'ai l'impression d'avoir fait une mauvaise vendange », confiait-il hier.
Repousser
ses limites
Il n'est pas du style à capituler et il va s'appliquer à boucler son tour avec une météo musclée. Un dernier corps à corps avec les éléments à l'image de cette circumnavigation sur le fil du rasoir. Le tour du monde en solitaire sur un grand multicoque est la navigation la plus extrême qui soit.
Éléments contraires
« Les limites que je m'étais fixées ont volé en éclats. J'ai suivi pendant huit semaines le rythme que je m'étais imposé sur le record de l'Atlantique nord qui a duré moins de six jours. Sur un tour du monde, tu ne peux plus être conservateur. Je pense qu'on peut aller encore plus vite, la performance viendra de la vitesse », expliquait-il.
En tenant des vitesses moyennes très élevées avec son plan Nigel Irens - Cabaret (comme « Idec » le bateau de Joyon), Thomas Coville a titillé le record en dépit d'une trajectoire pas idéale. Hier, à environ 1.500 miles du but, il avait parcouru 679 milles de plus que son rival et tenu une moyenne impressionnante de 19,1 noeuds.
Dans l'analyse de son tour et de son « échec », Coville mettra en avant des enchaînements météo moins fluides, des éléments contraires comme les mers chaotiques dans l'océan Indien. Il a aussi dû composer avec les glaces dérivant très nord dans le Pacifique qui l'ont contraint à remonter au-delà de 47 ou 48 degrés du sud alors que, l'an passé, Joyon s'était aventuré sous le 53 e . Le 23 décembre, ce dernier avait d'ailleurs connu de vraies frayeurs en traversant un champ de mines, quatre immenses icebergs jalonnant le chemin d'« Idec ». De la même façon à l'approche du Horn, Coville qui ne voulait pas trop rallonger sa route avait slalomé entre les icebergs, la peur au ventre dans une mer en furie.
Ce défi exige du talent, de la pugnacité, du courage. Dans des styles différents, Joyon, le taiseux d'une absolue sobriété, et Coville, le volubile, qui aime raconter ont en commun ces qualités. Ils partagent aussi cette passion des grands multicoques capables de dévorer les milles.
Cette année, la dramaturgie du Vendée Globe a éclipsé médiatiquement la navigation de Thomas Coville. Le Trinitain a fini de rêver et va rallier Brest sans le record. Mais sauf coup de Trafalgar, il va rejoindre Francis Joyon et Ellen MacArthur, seuls marins à avoir bouclé ce tour sans escale en multi, avec en prime un joli chrono. Du joli métier de marin comme dirait Kersauson, pionnier dans cette voie avec son trimaran « Un Autre Regard ».
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