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Francis Joyon. Gare à l'empannage !
Tombera, tombera pas ? Le mât du trimaran « Idec » est comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Francis Joyon. Selon Benoît Cabaret, l'un des deux architectes, l'empannage que le skipper doit effectuer aujourd'hui sera décisif. « Ce sera le moment critique ». Que se passe-t-il exactement en tête de mât sur « Idec » ? « L'axe fileté, qui retient le galhauban tribord, est partiellement sorti de son emplacement. Il s'est dévissé. Le capot de sécurité, qui cache tout le système de fixation, est définitivement parti ». - Tant que le galhauban est sous tension, cela semble tenir mais que va-t-il se passer lorsque le bateau va changer d'amure ? « Actuellement, la capacité à transmettre la charge subsiste mais l'axe n'est plus sécurisé. On ne sait pas si l'axe est sorti complètement de son filetage ou s'il y est encore un peu. A priori, il n'y a pas lieu de s'inquiéter tant que le bateau navigue ainsi, c'est-à-dire tribord amure, car la pression est tellement importante (9 tonnes) que l'axe ne bougera pas. Mais, au moment de l'empannage, tout le gréement va bouger et c'est surtout à ce moment-là que ça va être critique : pendant l'empannage, il va falloir que le galhauban tribord tienne pour la tenue du mât (32 mètres de haut, poids de 1,3 tonne) ». - En imaginant que l'empannage se passe bien : cela signifie-t-il que Joyon sera tiré d'affaire ? « Une fois qu'il aura viré de bord, le galhauban sous le vent va devenir mou. Mais, à ce moment-là, le risque que l'axe s'en aille complètement et que le galhauban tombe est bien réel. Pour autant, Joyon pourrait quand même naviguer tribord amure mais à condition de réduire considérablement la voilure pour qu'elle porte sur le bas-hauban. Il faut savoir que le galhauban supporte la partie haute du mât (ndlr : 24 mètres du pont) et le bas-hauban supporte la partie basse (à 12 mètres du pont). Bien sûr que Joyon peut finir en prenant trois ris dans la grand-voile : dans ce cas, il n'y aurait quasiment plus aucun risque de voir le mât tomber mais cela veut dire qu'il mettrait 15 jours pour arriver à Brest... » - L'avez-vous régulièrement au téléphone en ce moment ? « Pas du tout. Francis, je l'ai eu une seule fois en ligne depuis son départ : c'était samedi dernier, soit le lendemain de la découverte de ce problème en tête de mât. L'information qu'on lui a apportée l'a rassuré car il n'avait pas idée de la capacité qu'avait encore sa cadène à prendre de la charge. On l'a rassuré en lui expliquant bien que dans cette configuration-là, la cadène pouvait encore en suppporter pas mal ». - Joyon, que peut-il faire de plus ? « Il a déjà sécurisé la tête de l'axe. Il a mis un bout de spectra : l'axe est donc maintenu en position. La nuit prochaine (ndlr : la nuit dernière), il va essayer de faire un ceinturage complet autour du mât pour s'assurer que l'axe n'a plus aucune chance de sortir. Il peut le faire avec des bouts, du gros scotch, des rabans... tout ce qu'il aura sous la main. Francis doit surtout bien gérer ses deux empannages ».


Sources
Le Télégramme
16/01/2008
Rubrique: La Une
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