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Rodolphe Gilbert. La quarantaine pétillante
Sortir de sa retraite. Le sport à la mode en ce moment. Tout comme Lance Armstrong est remonté sur son vélo, Rodolphe Gilbert a ressorti ses raquettes de tennis. A 40 ans, il savoure son retour sur le circuit professionnel. Et en plus, il gagne ! C'était il y a quinze jours, à Rue, petit village de Picardie. Open de la Baie de Somme, quart de finale. A gauche de la chaise, Paul-Henri Mathieu, 25 e mondial. A droite, un revenant : Rodolphe Gilbert, 1.200 e mondial, 40 ans à la fin de l'année ! « Paulo » doit pourtant cravacher pour s'imposer (7-6,6-4) face à ce sémillant quadragénaire, très loin d'être à la rue. D'ailleurs, depuis son retour sur les courts il y a six mois, Gilbert est tout sauf ridicule. Vainqueur d'Alexandre Sidorenko (207 e mondial) cet été, il a poussé Adrian Mannarino (144 e mondial) à disputer une troisième manche cette semaine à Rennes. « Je suis surpris par mon niveau », avoue celui que ses amis appellent « Rod ».
« J'aime avoir des balles de break »
Pourtant, il ne s'attendait pas forcément à taquiner des joueurs de ce calibre-là lorsqu'en mai dernier, il décida de reprendre du service. Huit ans après avoir pris sa retraite. « Je fais ça pour le fun, car j'adore les sensations que procure le tennis. J'aime avoir des balles de break, j'aime en sauver. J'aime quand la trouille monte. C'est une sorte de masochisme, sûrement », raconte Rodolphe Gilbert, l'air espiègle et l'oeil malicieux. Le joueur est à l'aise dans son tennis. L'homme est bien dans ses tennis. « Je m'éclate ! Enfin, je m'éclate à 98 % . Car il y a aussi des fois où ça me gonfle de faire des mauvais matchs », rigole ce gaucher qui, à sa grande époque (en 1992), fut 61 e mondial. Avec à son tableau de chasse des monuments comme Sampras, Becker ou encore Kuerten. Mais une unique rencontre disputée en Coupe Davis (lire ci-dessous). « Ça fait toujours plaisir que je dise que c'est mon pire souvenir, même s'il n'y a pas eu que des choses négatives dans ce match », lâche le Parisien aux racines bretonnes de par sa mère, originaire de la région de Pontivy-Ploërmel.
« Ça me fai ch... d'aller à Wimbledon »
« En tout cas, je prends bien plus de plaisir à jouer aujourd'hui qu'il y a 15 ans », assure-t-il. « Si j'avais eu l'état d'esprit que j'ai maintenant, ça m'aurait bien servi. Quand je pense que je me suis dit parfois : "Ça me fait ch... d'aller à Wimbledon" . Comment j'ai pu songer à ça ? Aujourd'hui, j'irais à quatre pattes. Faire du tennis et vivre de sa passion, c'est vachement bien. » La passion. Le moteur du récent champion de France des 40 ans. « C'est un compétiteur dans l'âme. Il adore matcher », dit de lui son ancien élève, Marc Gicquel, entraîné par « Rod » durant huit mois fin 2007-début 2008. « Gamin quand je rentrais chez moi, je faisais du mur. Parfois même avec une balle en mousse ou une balle de ping-pong », se souvient ce fidèle de l'AS Patton Rennes, où il est licencié depuis 20 ans. Un club et un président, Jean-Marc Raynard, à qui il doit beaucoup. « Il m'a offert une assise financière au moment où je débutais dans le monde pro. »
« On m'a répété tellement souvent que j'étais vieux... »
Ce monde pro, il l'a fréquenté durant 12 ans. Avant de mettre un terme à sa (première) carrière à 32 ans pour se consacrer à l'entraînement au sein de la fédération. « Aujourd'hui, je regrette d'avoir arrêté. Mais à 30 ans, on m'a répété tellement souvent que j'étais vieux que j'ai fini par le croire. Et à force qu'on me dise : "Qu'est-ce que tu vas faire plus tard... ?" » Plus tard, justement, ce sera peut-être des fonctions au sein de la fédération (« dans le secteur compétition, pourquoi pas ? » ), ou l'organisation d'un tournoi (« ça me brancherait bien » ). Le poste de capitaine de Coupe Davis ? « Ce n'est pas d'actualité, mais forcément, ça me plairait. Ce serait pas mal qu'il y ait un peu de renouvellement. Tout comme je trouve bien qu'il y ait du changement à la tête de la fédération après un règne aussi long (Christian Bîmes va s'en aller après 16 ans de présidence). » Mais en attendant, c'est compétition à fond pour un Rodolphe Gilbert aussi affûté que souriant. Et amusé aussi : « Amusé de montrer qu'à 40 ans, on peut encore bien jouer au tennis. »



Rodolphe Gilbert, mercredi à l'Open de Rennes. Ravi d'avoir retrouvé le circuit pro. A 40 ans et après un break de huit ans. . Photo Ronan Tanguy
Sources
Le Télégramme
12/10/2008
Rubrique: La Une
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