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Handball

Une longévité qui détonne

13 septembre 2009

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13 ans. Voilà 13 ans que David Christmann, qui entame sa onzième saison en tant qu'entraîneur, et l'OC Cesson ont lié leur destin. Une longévité qui détonne, tant la valse des coachs alimente bien souvent les chroniques à chaque intersaison. «Je suis très attaché à la Bretagne, même si je suis un faux frère breton car je suis né à Saint-Nazaire», rigole celui qui a des origines alsaciennes et allemandes. «Je suis arrivé à Rennes car ma future femme y était étudiante. J'ai été adopté par la Bretagne et, depuis, j'essaye de défendre son identité.»

«Tout juste si je ne passais pas la serpillière»

Ça, c'est pour le côté sentimental. Mais il y a aussi, et surtout, l'aspect sportif. Un domaine dans lequel le technicien a «carte blanche», selon Stéphane Clémenceau. «Il y a une confiance réciproque entre les dirigeants et le staff.» «Le club a toujours eu des projets pour avancer. Donc, j'ai toujours eu l'impression de recommencer. Et puis, on m'a laissé faire beaucoup de choses», raconte David Christmann pour expliquer sa longévité à Cesson. Où il est aujourd'hui manager général. Ce qui n'a pas toujours été le cas dans un club aux moyens limités, qui s'est construit petit à petit. «Pendant cinq ans, j'ai tout fait. Tout juste si je ne passais pas la serpillière. J'exagère, mais faire avec des bouts de ficelle, c'est parfois un peu frustrant, oui. Aujourd'hui encore, on n'a pas un budget qui nous permet de travailler correctement en D1. Avec 1.500EUR de moyenne, nos joueurs ont les salaires les plus bas de la première division.»

«Ça va être dur, mais on va réussir»

Plusieurs fois sollicité par des clubs de l'élite, le joueur qu'il était n'a jamais franchi le pas. L'entraîneur non plus. «Il y a eu des contacts, mais jamais rien de véritablement concret», renseigne un coach qui, une seule fois, a songé à quitter la banlieue rennaise. C'était il y a un peu plus d'un an. Certainement refroidi par une saison chaotique conclue à la quatrième place alors que le club visait clairement la montée. Mais aussi parce qu'il y a eu un changement de municipalité à Cesson. «Je ne savais pas si les nouveaux élus allaient nous suivre. Mes doutes ont vite été dissipés. Aujourd'hui, il y a un vrai intérêt pour le club. On est considéré comme le porte-drapeau de la ville.» Un porte-drapeau qui va tenter de conserver sa place parmi l'élite. «On va se maintenir», se persuade David Christmann. «Ça va être dur, mais on va réussir.»

  • R. T.

Entraîneur historique

«Quand on nous a refusé la montée pour des raisons financières, j'ai pris un gros coup de bambou. Il n'aurait pas fallu que je parle à des journalistes. Je crois que j'aurais tout balancé.» Evoquer l'intersaison crispante de l'OC Cesson réveille des souvenirs angoissants chez David Christmann. Agacé qu'il est par ce qu'il considère comme de l'injustice. «Quand on voit la frilosité des institutions, c'est énervant. Tout le monde n'est pas à égalité. Pourquoi favoriser un sport plus qu'un autre?», questionne l'entraîneur cessonnais en faisant référence au soutien du conseil régional à l'équipe cycliste Bretagne - Schuller. L'homme ne cache pas sa «rancoeur envers les politiques». Ces conseillers régionaux et généraux qui, finalement, ont mis la main au portefeuille. Permettant ainsi au club d'Ille-et-Vilaine de ne pas échouer en coulisses, alors qu'il avait triomphé auparavant sur le terrain. Ce triomphe, cette accession parmi l'élite tant attendue par la Bretagne du handball, David Christmann en a évidemment été l'un des acteurs majeurs. Et il en retire une fierté légitime. D'autant plus que «c'était compliqué. Il y a parfois des forces extérieures qui ne vous aident pas. La réussite ne fait pas plaisir à tout le monde.» Et puis, il y a aussi la satisfaction d'y être parvenu avec une équipe à consonance bretonne, dans laquelle aucun joueur n'avait connu l'élite. «Ça prouve qu'on n'est pas plus con qu'ailleurs et qu'on sait jouer au handball en Bretagne.» Christmann encore: «Qu'il y ait autant de Bretons (5 au total) dans l'équipe, c'est essentiel. La priorité chez nous, c'est de former. On a les capacités pour le faire dans la région. Même si, parfois, on nage à contre-courant. Entendre des gens te donner des leçons alors qu'ils n'y connaissent rien, c'est usant. Faut pas prendre ce joueur, faut pas faire ceci, faut pas faire cela... Non!» L'homme a du tempérament. Beaucoup de tempérament. «C'est quelqu'un de pas facile. Il n'a pas bon caractère», sourit Stéphane Clémenceau, le président de l'OC Cesson. «Mais c'est ce qui fait sa force. Sur le plan sportif, il est très performant. Il a appris à manager un groupe. Et s'il est très exigeant avec ses joueurs, il l'est aussi avec sa propre personne.» Même si vivre handball, manger handball et dormir handball font aujourd'hui partie de son passé. «Pour autant, je ne triche pas», assure David Christmann, qui se dit «parfois un peu borné. Et c'est ch..., parce que je le sens.» Un David Christmann pour qui abnégation, rigueur et travail sont les maîtres mots. «J'en ai bouffé de la vidéo...» Mais plus que tout, c'est la passion qui anime cet éducateur dans l'âme. «J'ai toujours eu ça en moi. J'entraîne depuis que je suis tout jeune, c'est ma richesse.» Davantage que le management d'une équipe pro, c'est un poste de conseiller technique régional qu'il visait. Après avoir envisagé de devenir... footballeur. «J'étais pris au centre de formation du FC Nantes. D'ailleurs, j'étais sans doute meilleur au foot qu'au hand.» Jusqu'à ce que le destin s'en mêle. Jusqu'à la perte de son père. «Un déchirement» pour un jeune homme de 17 ans. «Là, j'ai tout arrêté. Je suis sorti du circuit scolaire», raconte David Christmann, frappé par un autre drame familial en 2000. Alors âgée de six mois, sa première fille décède suite à des problèmes de foie. La cicatrice ne se refermera jamais. «C'est comme si on m'avait amputé. C'est difficile de vivre avec une grosse plaie béante. Parfois, il m'arrive de me mettre à l'écart et de pleurer. C'est pour ça que je peux donner l'impression d'être en marge.» L'entraîneur cessonnais peut effectivement paraître un peu bourru. Pour ne pas dire taciturne. «Ceux qui ne me connaissent pas me reprochent une certaine distance», souligne David Christmann, loin d'être le plus extraverti des hommes. «C'est vrai que si on ne vient pas me causer, je ne ferai pas le premier pas.» «Il n'excelle pas dans la communication, mais il a fait des progrès», résume Stéphane Clémenceau en décrivant celui qui a permis à Cesson d'atteindre son rêve. Ce coach marqué pour toujours par Daniel Costantini, l'ex-entraîneur de l'équipe de France, «notre père spirituel à tous». Un coach qui fait de Patrice Canayer, le boss de Montpellier, «le meilleur en France, largement». Mais un coach qui ne nourrit aucun complexe à l'idée de côtoyer d'anciens champions du monde sur les bancs adverses, comme Philippe Gardent à Chambéry ou Christian Gaudin à Saint-Raphaël. «Je serai pris pour un petit entraîneur. Mais ça ne me pose pas de problèmes», lâche le patron des Irréductibles, le surnom donné à l'équipe cessonnaise. Un surnom qui colle aussi tellement bien à David Christmann que s'il n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer.
  • Ronan Tanguy
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