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Football. Noël Le Graët : "J'essaie d'aller vite"

27 décembre 2011

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Noël Le Graët, 70 ans depuis dimanche, est un homme heureux. Appelé le 18 juin à la tête de la Fédération française de football, le Guingampais a goûté chaque instant de ces six derniers mois, remettant la 3F en ordre de marche.

Comment qualifieriez-vous ces six premiers mois passés à la tête de la fédération française de football ?
Intéressants, passionnants même. J’ai souhaité cette responsabilité. Je connaissais les rouages de la fédération, j’avais un pied dedans, mais j’éprouve beaucoup de plaisir à la diriger.

Et puis, vous êtes à un âge où l’on sait profiter des choses...
(Il sourit) C’est vrai que je n’ai pas de plan de carrière ! J’essaie d’aller vite. Je pense que les décisions déjà prises n’ont pas nui à la fédération. Il fallait trancher rapidement certains dossiers qui traînaient (les Bleus ont abandonné leurs primes liées au Mondial en Afrique du Sud, un accord financier a été trouvé avec Raymond Domenech, les services de la FFF ont été réorganisés, ndlr). Le mandat est court, dix-huit mois. Si vous ne prenez pas toutes ces décisions immédiatement, vous ne les prenez jamais.

On vous a vu vous entourer de gens de confiance dont Alain Christnacht, ancien préfet des Côtes-d’Armor, au poste de directeur général...
Partout, dans mes entreprises comme dans mes autres activités, j’ai toujours agi ainsi. Même quand vous êtes le patron, vous ne pouvez pas être partout et tout connaître, loin de là. À la fédé, j’ai changé le directeur général, le directeur général adjoint et le responsable du personnel. Alain Christnacht est quelqu’un de brillant, d’exceptionnel pour tout ce qui concerne le droit.

Pendant la campagne pour ces élections, vous vous étiez présenté comme quelqu’un de pas forcément sympathique. Était-ce une boutade ?
Être sympathique, dans cette situation, ça aurait été de dire oui à tout le monde. Je pense être quelqu’un d’aussi convivial que beaucoup de gens. Mais il fallait remettre sur les rails une institution qui ne fonctionnait plus très bien. D’ailleurs, si tout avait bien fonctionné, si les électeurs concernés n’avaient eu aucun doute, il n’y aurait pas eu cette crise de gouvernance, il n’y aurait pas eu d’élection par scrutin de listes et je n’aurais pas été élu. Je crois qu’il y a aujourd’hui un peu plus de respect envers la fédération.

Quel est l’emploi du temps de Noël Le Graët, président de la FFF et toujours chef d’entreprise?
Ca me plaît mais c’est très prenant, je l’avoue. À l’origine, j’avais prévu de partir le mardi soir à Paris et de revenir le vendredi midi. Au final, j’y suis souvent du lundi au samedi. Je n’ai plus le temps de prendre un café avec les copains à Guingamp ! Mais j’ai une chance dingue. Les rendez-vous sont intéressants, les négociations avec les uns et les autres aussi. Je ne me plains pas, même s’il y a plus d’obligations que je ne le pensais. Avec l’UEFA, par exemple. Récemment, j’ai passé trois jours à Chypre avec les autres présidents de fédérations. J’irai trois jours en février en Turquie parce que l’UEFA provoque une nouvelle réunion. Il y a eu le tirage au sort du Mondial au Brésil, celui de l’Euro à Kiev...

À Kiev, où l’anecdote dit que vous avez écouté Laval-Guingamp sur Radio Bonheur....
L’anecdote est vraie ! Le tirage de l’Euro était terminé. Comme je n’aime pas les repas assis, on avait fait une table debout avec les amis. Il y avait notamment Alain Giresse (sélectionneur du Mali) qui était invité, Jacques Lambert (président de l’organisation en France de l’Euro 2016), Michel Platini passait de temps en temps. Mon téléphone était posé sur la table, branché sur Radio Bonheur. La deuxième mi-temps de Laval-Guingamp avait commencé. D’habitude, Alain Giresse n’écoute pas, il a trop peur pour son fils. À un moment, je l’ai appelé : "But de.... ?". Et tout à la fin, "but de... ?". Guingamp a gagné 2-1, deux buts de Thibault Giresse dont le dernier à la 91e minute !

Votre attachement à Guingamp est donc le même ?
Je ne dirais jamais combien je suis attaché à Guingamp. C’est normal, je suis né ici, j’habite ici. Mais je trouve que la transition avec Bertrand (Desplat), mon gendre, est parfaite. Il a très bien pris les choses en main. C’est bien d’avoir un quadragénaire à la tête d’En Avant, quelqu’un qui vit dans le département. Il prend les choses à cœur, s’entend bien avec Jocelyn Gourvennec, c’est indispensable. J’en suis plutôt très fier.

Vous ne regrettez pas d’avoir quitté la présidence d’En Avant aussi vite ?
Au départ, je pensais me donner trois mois pour préparer ma succession, comme le prévoyaient les textes. Mais je me suis rendu compte dès le premier soir (le samedi 18 juin) que ce n’était pas possible. Le lendemain de mon élection, j’avais déjà quarante rendez-vous qui m’attendaient, tous indispensables. Quand vous acceptez un tel poste, si vous n’y allez pas à fond, vous décevez ceux qui vous ont élu. Je ne me voyais pas faire les deux. Un club, c’est fragile, le recrutement n’était pas terminé. C’était impensable, pour moi, d’appeler le président de tel ou tel club sachant ma nouvelle fonction. J’ai souhaité que tout soit réglé dès le lundi suivant. La transition a été idéale.

L’équipe de France occupe une bonne part de votre temps. Quelle doit être l’ambition des Bleus à l’Euro
?
Elle est dans un groupe équilibré (Ukraine, Suède, Angleterre, ndlr). Si vous n’avez pas la volonté de sortir des poules, ce n’est pas convenable. On a les qualités sportives suffisantes pour finir parmi les deux premiers de ce groupe. Ce doit être notre objectif. On va commencer la préparation le 29 février contre l’Allemagne à Brême. Ensuite, il y aura trois matchs à Valenciennes, Reims et au Mans contre des adversaires qui se situent entre la 20e et la 40e place à l’indice Fifa.

L’équipe de France a-t-elle terni l’image du football français lors du Mondial en Afrique du Sud ?
La coupe du monde a bon dos. À chaque fois qu’un truc ne va pas, c’est de la faute de l’Afrique du Sud et de Knysna. C’est un manque de courage. Regardez le nombre de licenciés. Certains ont communiqué sur une baisse supposée au mois d’août, de façon très maladroite. Or, on a terminé, fin décembre, quasiment au chiffre de l’année dernière: 1,850 million de licenciés contre 1,860. Il n’en manque que 10.000 ! Le nombre de féminines est en augmentation de 7 ou 8%, le futsal se développe bien... Il n’y a pas du tout de crise des licenciés ! Les droits télé ont fonctionné du tonnerre de dieu (j’ai resigné avec TF1 jusqu’en 2018), nos sponsors sont là. Au niveau des districts, il n’y a aucune remontée de terrain négative, aucune affaire qui traîne. Non, franchement, l’organisation décentralisée du football est remarquable. Je ne sais pas de quoi on se plaint.

Sauf que dès qu’il s’agit de football, la moindre affaire prend des proportions énormes...
Le football, c’est près de 2 millions de licenciés. C’est énorme. La médiatisation est forte, même la presse nationale dite classique y consacre plusieurs pages chaque semaine. Des titres qui, avant, ne parlaient pas de foot, s’y mettent aussi, dans leurs éditions papier ou sur internet. Le foot est partout, quelquefois de façon péjorative. Il n’empêche, le gamin qui veut jouer au foot près de chez lui trouvera toujours un club et des gens pour l’accueillir.

D’un point de vue personnel, comment vivez-vous cette surmédiatisation?
Je fais attention, je choisis mes mots, je ne m’exprime pas tous les jours. Le foot est tellement évolutif que la réflexion du lundi peut être contrariée par un résultat le lendemain et changer le mercredi. Au niveau de la communication, j’ai deux assemblées par an et une réunion mensuelle du conseil d’administration. Je fais une conférence de presse après chacun de ces rendez-vous. Pour le reste, je fais attention.

Récemment, on a essayé de vous opposer à Laurent Blanc. Quels sont vos rapports avec lui?
Humainement, ils sont très bons. Depuis longtemps, il faut bien le dire, l’équipe de France, c’est l’État dans l’État, comme la DTN ou la direction de l’arbitrage. Chaque département a son fonctionnement propre, comme si tout le monde avait oublié qu’il y avait un troisième étage à la fédération. Leurs budgets sont votés, ce n’était pas dans leurs habitudes de rendre des comptes. Les débuts ont été un peu compliqués. Aujourd’hui, au moins, on discute. Le staff de l’équipe de France, par exemple, vient nous dire bonjour de temps en temps. Avec Laurent Blanc, on n’est pas toujours d’accord mais il y a des rapports normaux entre nous.

Lui voulait prolonger son contrat avant l’Euro. Pourquoi avoir remis cette discussion à plus tard?
Je l’ai dit depuis le début, ce n’est pas à l’ordre du jour. Lui-même l’a déclaré avant de varier un peu sur le sujet. Dès mon élection, j’ai déjeuné avec lui. Je lui ai demandé si, en dehors du contrat en cours avec la FFF, il avait eu d’autres propositions verbales, s’il avait des envies. Il m’a juré que non et a même ajouté: «Je ne suis pas comme d’autres. Avec moi, c’est l’Euro d’abord, ensuite, on discute». Nous étions fin juin. En septembre, il a répété qu’il voulait être jugé sur cette seule compétition. Bon, il a dit ensuite certaines choses mais, je le répète, on s’entend bien.

On vous imagine très attentif sur le comportement des joueurs de l’équipe de France à l’Euro. Qu’attendez-vous d’eux?
Je vais insister sur la fierté d’être en équipe de France. Je veux reprendre avec eux un dialogue qui avait complètement disparu. J’ai déjà discuté avec trois d’entre eux, on a évoqué la communication à adopter, les actions que l’on va pouvoir mener avant l’Euro. Ils adorent tous l’équipe de France, ils viendraient à pied pour y jouer s’il le fallait.

Cet été, les filles joueront également les Jeux Olympiques de Londres. Quelles seront leur ambition?
Je les ai suivies lors de la coupe du monde en Allemagne, où elles ont fini troisièmes. L’organisation avait été parfaite, les stades pleins. Elles apportent une image souriante au football français mais elles apportent surtout leur qualité de jeu, assez formidable. C’est l’une des meilleures équipes du monde. Pas la meilleure mais elle rivalise avec les sept ou huit qui peuvent prétendre à la victoire à Londres. Elles progressent, le groupe est stable. Bruno Bini travaille intelligemment. Il convoque quasiment les mêmes filles depuis dix-huit mois. Elles s’entendent bien, elles sont complémentaires. Et puis, ce sont de sacrées gagneuses. J’irai les voir, bien sûr. On va les mettre dans les meilleures conditions possibles, un budget va leur être débloqué mais on ne va pas se prendre la tête. Il ne faut pas qu’elles entrent dans un mode de fonctionnement trop rigide. C’est déjà une fierté qu’elles soient qualifiées. Et comme ce n’est pas une équipe qui aime la figuration... 

Où en est le problème de sponsor maillot et les amendes infligées par Adidas, le sponsor officiel du Comité national olympique du sport français (CNOSF), si elles portent un maillot Nike?
Quand il y a des problèmes économiques à régler, je m’en charge. Elles auront un maillot à Londres! Je suis toujours en discussion avec les deux équipementiers.

Il semble que vous vouliez renégocier également la convention signée par le consortium du stade de France?
J’ai reçu ses responsables, c’est vrai. Je trouve en effet que nos rapports économiques ne sont plus tout à fait équilibrés. Ils en sont conscients. L’accord a été signé il y a deux ans, sous la forme d’une somme forfaitaire qui ne me plaît pas du tout, à un moment où le stade de France se remplissait facilement. Ça a été plus difficile pendant les matchs de qualification ou les matchs amicaux dont les dates nous sont imposées. Certaines rencontres qui ne sont pas aux dimensions du stade de France, il faut les jouer en Province. On se revoit lors de la deuxième quinzaine de janvier, il va falloir absolument trouver un nouvel accord.

Quel est l’état des finances de la FFF?
Le budget en cours est équilibré malgré les licenciements du sélectionneur et des anciens directeurs. On a mieux négocié les droits de l’équipe de France avec TF1. Il reste à régler le dossier Sportfive (entreprise de gestion des droits sportifs audiovisuels, ndlr) que nous avons quitté il y a dix-huit mois. Nous sont réclamés : 3M€ d’honoraires, que l’on conteste, ainsi qu’une commission sur le contrat Nike, que l’on conteste également. Comme il n’y a pas d’accord amiable en vue, les tribunaux jugeront.

Quels sont vos prochains objectifs?
Je souhaite tout d’abord résoudre la plupart des litiges en cours, ceux que je viens de citer. J’aimerais bien que tout soit réglé pour la fin du mois de juin. Sur le plan sportif, on a la chance que ce soit une année de compétitions. Il y aura bien sûr l’Euro. La France est actuellement à la 15e place du classement Fifa, elle ne peut pas y rester. Les Jeux Olympiques sont également un objectif important. Ensuite, il y aura les qualifications à l’Euro pour les filles et les Espoirs, au Mondial pour les garçons. Tout cela va être très intéressant. Enfin, il y a la rénovation des stades qui sont actuellement un frein au développement de la Ligue 1. Grâce à l’Euro 2016, on va rattraper une partie de notre retard. Je crois qu’il y a aujourd’hui un souffle important sur le football français. La crise économique peut éventuellement nous contrarier mais le football est porteur, il a des vertus collectives. Les contrats de sponsoring s’arrêtent tous en 2014, on va commencer à retravailler ensemble sur la période 2014-2018.

Vous projetez-vous déjà sur les prochaines élections de décembre 2012?
Non, très honnêtement, non. Il y a neuf ans, à cette époque-ci, j’étais malade. Là, j’ai la pêche. Je suis content de faire ce que je fais. Mais, à mon âge, il faut laisser faire les choses.

Sauf que si l’on vous cherchait aujourd’hui un successeur à la tête de la fédération, il y aurait très peu de candidats, non?
Je viens d’arriver. Simplement, je pense avoir pris les décisions qui convenaient. Pour autant, je ne sais pas ce que je ferai dans un an. Le foot est tellement versatile, ses crises tellement imprévisibles.

Vous avez été président de club, président de la ligue nationale, maire de Guingamp, vous êtes toujours chef d’entreprise et vous êtes maintenant président de la fédération française. Qu’est-ce qui fait courir Noël Le Graët?
Ma carrière de dirigeant a été bien remplie (sourire). Quand j’ai démarré en DSR avec En Avant de Guingamp il y a quarante ans, je n’aurais jamais imaginé ce qui allait suivre. Certains vous diront «Les copains l’ont poussé»: ce n’est pas vrai. J’ai souhaité tout ce qui m’est arrivé. Je suis heureux que cette nouvelle fonction me plaise. C’est l’action que j’aime, pas la gloriole.

Que peut-on vous souhaiter pour 2012?
Peut-être un peu de paix pour la fédé car elle est quand même bousculée depuis longtemps. Le football a un intérêt à ce qu’elle soit plutôt appréciée et respectée.

Que Guingamp monte en Ligue 1?
Ah, ça, c’est un autre débat. Guingamp, c’est ma vie!.

  • Propos recueillis par Laurent Rivier

Noël Le Graët en bref

70 ans. Né le 25 décembre 1941 à Bourbriac (Côtes-d’Armor) Président d’En Avant de 1972 à 1991 et de 2002 à 2011; président de la ligue nationale de 1991 à 2000; vice-président de la fédération française de 2002 à 2011; président de la FFF depuis le 18 juin 2011; président de la holding Le Graët (700 salariés, 170 M€ de chiffre d’affaires).

MAKING-OF
Noël Le Graët, dans la foulée de la dernière assemblée générale de la FFF, s’est longuement confié jeudi, au siège du groupe qu’il préside pour encore un an, sur les bords du Trieux, à Guingamp. Affable, jovial, combatif, l’homme respire la joie de vivre. Comme une suite logique à sa victoire écrasante sur Fernand Duchaussoy, le 18 juin dernier, lorsque le numéro 2 avait raflé 54,39% des suffrages dès le premier tour des élections. Le Guingampais s’est entouré de gens de confiance, il a réglé le dossier des primes et trouvé un accord avec Domenech. Bref, il s’est imposé comme le patron de la 3F. Son patron incontestable et incontesté.

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