11 janvier 2012
Et puis son beau sourire s'évapora soudainement dans la douce brume de cet hiver bienveillant. S'en suivait un «reeeally ?!» qui semblait tout droit sortir de l'Actors Studio, avant que ses paumes n'entourent sa tête dans un insondable dépit.
La scène, à fendiller le coeur, s'est déroulée la semaine passée, sur un terrain d'entraînement à l'aplomb du centre-ville briochin. Jessica Remmes, la dernière recrue d'EAG Saint-Brieuc, venait d'apprendre que la rencontre du week-end dernier, à Rodez, était annulée pour cause d'intempéries. Et qu'elle devait donc encore patienter une semaine ava
nt de retrouver la compétition...
L'indicible envie
«Cela fait six mois que je n'ai pas pu jouer... (la faute à un problème de licence à Montpellier et de visa à Saint-Brieuc, NDLR). Je suis trop déçue, j'ai tellement faim de compétition !», se plaignait alors le joli minois né à quelques dribbles seulement des chutes du Niagara. Les USA. Patrie du gigantisme et des maous-costauds. Des superlatifs et de l'excessif.
D'ailleurs, chez Jessica, tout semble doubler de volume. Il y a, d'abord, son appétit de jouer. Gargantuesque. Ses cuisses, «larges comme ça», s'étonne encore Adolphe Oguyon, son coach. Son «big» chien, et, aussi, son imposant 4X4 gris, «qui pompe 20 litres au 100», plaisante un entraîneur qui ne s'arrête pas au simple «statut d'Américaine» de sa nouvelle attaquante.
«Lors de notre premier entretien, la première chose qu'elle m'a demandé était : " Avez-vous une salle de musculation ?" Les Américaines sont des bosseuses. Mais chez elle, c'est sa polyvalence sur le terrain qui m'a surtout plu.»
Les Américains préfèrent les Américains
Aussi saillante dans l'axe que sur les côtés, émérite quand il s'agit d'offrir le cuir à ses partenaires, l'ancienne basketteuse «manque cependant de concentration dans le dernier geste», regrette son coach. L'envie d'aller vite, probablement. «Aux USA, c'est "go, go, go !" En France, c'est "passe, passe, passe !"», s'amuse la joueuse, qui n'hésite pas à décocher quelques propos généreux sur l'équipe de France féminine. «Le jeu est vraiment attrayant. C'est beau !»
Du foot, des passes, et de la classe. Désormais, le foot «made in France» peut s'enticher de quelques superwomen venues d'outre-Atlantique. «Les Américaines sont attirées par notre championnat. Elles sont trois, désormais, à jouer en D1. D'ailleurs, j'ai eu pas mal de demandes en début de saison», assure Adolphe Oguyon.
Chez l'Oncle Sam, le football version queue-de-cheval marche pourtant du feu de Dieu. «Mais les Américains préfèrent regarder les sportifs masculins», rappelle, sourire en coin, Jessica, qui de son regard pacifique nous conduira jusqu'au sentier GR34, où elle aime s'abandonner avec son «boy-friend».
Amoureuse de la nature, matheuse diplômée et fondue de puzzle, son seul défaut serait presque d'écouter Christophe Maé. Heureusement, à 23 ans, la belle a encore le temps d'enrichir sa discothèque. Non sans avoir, bien évidemment, enfilé, dès samedi, son nouveau maillot.
26 mai 2012 à 22h59