6 novembre 2009 - 1 réactions
Hier à 16 h 50' 22'', Groupama 3 s'est élancé devant le phare du Créac'h à Ouessant avec une belle brise de Nord-Ouest et une mer formée. Franck Cammas et ses neuf équipiers doivent avoir bouclé leur Tour du monde de plus de 24.000 milles, avant le 26 décembre à 9h09' 26'' (heures françaises)
Le Tour du monde en multicoque reste une aventure extrême et on ne s'y embarque pas la fleur au tangon. Mais, à voir les visages détendus, souriants et la décontraction affichée par les dix marins de Groupama 3 sur les pontons brestois, hier matin, on aurait pu en douter.
Ronan Le Goff, tout juste arrivé du Brésil dans la soirée de mercredi et un peu frigorifié par le contraste thermique, savourait une petite cigarette et le plaisir des retrouvailles avec les copains. Au moment de la traditionnelle photo d'équipage, au pied du mât géant, et encore à l'instant de larguer les amarres à 13 heures, la bande à Franck Cammas donnait une impression de grande sérénité.
«On est gonflés à bloc»
Et pourtant ce qui les attendait à la sortie du goulet et pour rejoindre la ligne symbolique à Ouessant n'était pas vraiment engageant. «Il y encore sept huit mètres de creux aux Pierres Noires.
L'entrée en matière va être virile et il faudra être très prudent dans ce début de course car il y a tellement à jouer après», expliquait Jacques Caraes, heureux de ce départ tôt en saison. «Quand un bateau est prêt et qu'il y a une opportunité météo, il ne faut pas attendre. En plus, on a fait le plein de globules rouges à la montagne. On est gonflés à bloc.»
Coville: l'esprit d'équipe
L'envie palpable du marin de l'Aberwrach était partagée par ses camarades du bord. «On se sent comme à la veille d'un examen pour lequel on a bien révisé. On ne connaît pas encore le sujet mais on est décidé à s'appliquer. On sait que la première nuit va être violente», confiait Fred Le Peutrec.
Thomas Coville, qui avait disputé un Tour du monde initiatique avec Olivier de Kersauson (en 1997) et l'a aussi bouclé mais en solitaire sur son trimaran Sodebo, rayonnait à l'idée de se relancer dans une nouvelle circumnavigation en si bonne compagnie. «Je repartirai l'an prochain en solitaire mais cela fait du bien de revenir à l'équipage car seul la pression est lourde et permanente.
En équipage, cela permet de naviguer, sinon dans la décontraction du moins d'avoir moins de tension. Et avec cette équipe, c'est génial.» Après un dernier briefing de Cammas dans le cockpit, le grand trimaran vert et orange a quitté son abri de la marina du Château vers 13heures.
Dehors, les dix hommes ont été vite plongés dans le vif du sujet. Sous un ciel chargé de grains, le vent de Nord -Ouest était encore très actif avec 25 noeuds établis et des rafales à plus de 30noeuds. Mais surtout la mer était dure avec des creux de sept mètres au large. Les conditions n'étaient donc pas optimales pour entrer dans l'histoire mais la suite s'annonce plus favorable, dès les côtes portugaises.
Sous voilure réduite
«Nous allons partir sous voilure réduite et naviguer vent de travers pour quitter le plateau continental. Puis, ce vent de Nord-Ouest va basculer pendant trois heures à l'Ouest et nous devrons faire du près. Ce n'est pas la situation idéale pour partir, mais la fenêtre météo est assez favorable ensuite. Dès vendredi midi, Groupama 3 devrait être déjà le long des côtes du Portugal.
Là, nous allons toucher des vents de secteur Nord, puis Nord-Est qui s'installent jusqu'à l'archipel du Cap Vert», indiquait Franck Cammas quelques minutes avant son départ du ponton. Pour s'emparer du record d'Orange (50 jours 16h20'), Groupama 3 devra donc recouper la ligne devant Ouessant avant le 26décembre à 9h9' 26''. La course contre le chronomètre est lancée.
«On se sent comme à la veille d'un examen pour lequel on a bien révisé.»