25 juillet 2009
Le Ventoux est l'un des rares adversaires à avoir résisté à Lance Armstrong, se refusant deux fois à lui sur le Tour de France, en 2000 pour avoir abandonné la victoire à Pantani, en 2002 pour avoir sous-estimé Virenque.
Les coureurs, géants de chair et de souffrance, reconnaissent aux Titans de pierre des caractères marqués: le Galibier est austère, l'Alpe d'Huez enthousiaste, le Tourmalet sauvage. Le Ventoux, lui, est lunaire.
«Le Ventoux n'aime pas Armstrong»
Au point que l'air, comme sur notre satellite nocturne, semble y manquer. «Le Ventoux est différent de tous les autres cols», avouait Armstrong, au pied du «Mont Chauve» il y a quelques années. «L'altimétrie indique seulement 1.900mètres, mais sans comprendre pourquoi, il me paraît plus haut. Dans le Dauphiné, je n'arrivais pas à respirer...». «Le Ventoux n'aime pas Armstrong, alors Armstrong n'aime pas le Ventoux», ajoutait ce jour-là l'Américain... Est-ce donc la peur superstitieuse de mater le Géant de Provence qui saisit le Texan ce 13juillet 2000? Au-dessus du Chalet Reynard, là où la forêt laisse place au désert, Pantani attaque. Son démarrage foudroyant laisse sur place le petit groupe des favoris. Armstrong, au train, réduit seul l'écart, et rattrape le fantasque italien. Dans les derniers lacets, Pantani semble lâcher prise. Armstrong a course gagnée. Mais le maillot jaune se retourne. Observe. Semble attendre le «Pirate». Et finalement, à la surprise générale, lui offre le gain de l'étape, dans un accès de générosité auquel le Texan n'a jamais habitué ses adversaires. Plus tard, on expliquera qu'Armstrong a voulu offrir la lune à Pantani pour se concilier ses bonnes grâces pour la suite du Tour. L'orgueilleux grimpeur, lui, sera vexé, au point d'attaquer Armstrong quelques jours plus tard. Deux ans plus tard, la 14e étape s'achève de nouveau au sommet de la redoutable pyramide minérale. Nous sommes le 21juillet, 33 ans et un jour après le petit pas d'un autre Armstrong sur la Lune. Lance Armstrong regrette d'avoir laissé gagner Pantani deux ans auparavant. Il l'a dit. «Je suis animé d'un sentiment de revanche (...) Ce sera donc un objectif particulier d'essayer de gagner cette étape». L'Américain s'est préparé comme jamais pour cette ascension, mais sa peur ne l'a pas quitté.
Péché d'orgueil en 2002
Cette fois, c'est un péché d'orgueil qui va lui coûter la victoire. Il laisse filer une échappée dans laquelle s'est faufilé Richard Virenque, de retour de suspension et invisible jusque-là dans ce Tour 2002. Au pied du Ventoux, les fuyards ont huit minutes d'avance. Devant, Virenque s'envole. Derrière Armstrong part en chasse. Le combat à distance est homérique. Virenque, porté par la foule en délire, souffre mais résiste. Armstrong, le cannibale, avale un à un les autres membres de l'échappée félonne. Au sommet, le Français gagne avec 2'20'' d'avance sur l'Américain, troisième, qui vient de battre le record officieux de l'ascension.
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