2 octobre 2009
Dixième et premier Français du Tour de France, Christophe LeMével faisait étape au siège du Télégramme, hier à Morlaix. Tout sourire, le Lannionnais a satisfait la curiosité des journalistes et de bon nombre d'organisateurs bretons.
Qu'est-ce que cette dixième place dans le Tour a changé pour vous ?
«Ça a été quelque chose d'exceptionnel. D'une année sur l'autre, j'ai changé de statut. Ça me pousse à encore faire mieux. Gagner le Tour un jour? Pour le moment, il y a toujours Contador et avec lui, ça ne va pas être facile (rires). L'objectif consistera à se rapprocher encore du haut du classement. Concernant la popularité, ce Tour a tout bouleversé. Avant, il arrivait qu'on me demande un autographe puis, ensuite, comment je m'appelais. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas... »
Avec le recul, échangeriez-vous votre 10eplace sur le Tour contre une victoire d'étape ?
«Avant le Tour oui, après non. Je me suis rendu compte de l'impact que pouvait avoir une place dans le top 10 du Tour de France. Quand vous gagnez une étape, on parle de vous le lendemain et peut-être le surlendemain. Quand vous êtes classé dans les dix premiers, on parle de vous tous les jours. Il n'y a qu'à regarder le classement du Tour à la télé: il s'arrête toujours aux dix premiers. J'ai pourtant eu peur de passer à la casserole lors de la grande étape de montagne. Ce jour-là, j'avais 38de fièvre».
Avez-vous reçu des propositions d'autres équipes après votre Tour?
«Oui, mais j'ai encore un an de contrat à la Française des Jeux qui n'a pas voulu me lâcher. J'avoue que certaines équipes me font rêver. Avant, c'était la Telekom (rires) et, aujourd'hui, c'est la Columbia. Elle a toujours le meilleur matériel. De nos jours, le cyclisme, c'est comme la Formule 1 et, au niveau du matériel, c'est le jour et la nuit selon qu'on soit dans une équipe ou une autre. Sur un plan plus général, il y a des équipes qui savent tirer 100% de leurs coureurs. Mais attention, si je dois changer de couleurs, je n'irai pas n'importe où. Je ne dirai pas lesquelles mais je sais que certaines équipes ne respectent pas l'éthique. C'est beaucoup mieux qu'avant, ça va dans le bon sens mais il y encore beaucoup de choses à faire dans le cyclisme international.»
Justement, quel regard portez-vous sur les neuf coureurs qui vont ont devancé dans le Tour ?
«Je ne peux rien dire (rires) mais, je le répète, il y des équipes qui jouent vraiment le jeu et d'autres beaucoup moins.»
N'êtes-vous pas lassé par tous ces doutes qui entourent le cyclisme ?
«Je comprends que les gens qui ne connaissent pas le vélo s'étonnent qu'on puisse accomplir tous ces efforts dans un Tour de France. Il faut leur expliquer que, pour un coureur, le vélo, ce n'est pas seulement trois semaines dans l'année, c'est tous les jours. Quand on fait 1.000 kilomètres toutes les semaines, le corps s'adapte.»
Que vous inspire le retour de coureurs convaincus de dopage comme Vinokourov ou Basso ?
«Il faudrait que la suspension pour dopage dure au moins quatre ans et je serais même plutôt favorable à la radiation à vie. Déjà, je regrette que les règles ne soient pas appliquées: en principe, les équipes du ProTour ne devaient pas embaucher des coureurs convaincus de dopage et les dopés devaient payer une amende correspondant à un an de salaire.»
Le championnat du monde de Mendrisio était le grand objectif de votre fin de saison. La déception a dû être immense...
«Je l'avais en tête depuis la fin du Tour de France. Je ne pensais qu'à ça depuis huit semaines. Je l'avais bien préparé et je pense même que j'étais plus fort avant le Mondial qu'avant le Tour. Malheureusement, cela ne s'est pas vu en Suisse. J'étais très très déçu à l'arrivée».
Selon vous, qu'est-ce qui n'a pas fonctionné dimanche dernier en équipe de France?
«Tout le monde pensait que l'arrivée de Laurent Jalabert comme sélectionneur allait tout changer. Il ne fallait quand même pas rêver. Au final, je pense que cela a été trop vite pour Jaja. Il a pris des décisions sans trop réfléchir, comme celle de me faire rouler dans le final avec Dimitri Champion. C'était une erreur et il l'a admis. Il fallait attendre le gros coup de fusil. Je me sentais capable d'être devant dans le final, j'étais le meilleur de l'équipe. Laurent Jalabert ne nous avait pas dit qu'il y avait de leader avant le départ mais je me suis rendu compte pendant la course qu'il misait tout sur Pierrick Fédrigo en comptant sur son explosivité. L'an prochain, c'est sûr, je ne vais pas me focaliser sur le championnat du monde. Je vais courir le Tour d'Espagne et on verra».
Qu'est-ce qui manque aux coureurs français pour rivaliser avec les meilleurs mondiaux ?
«C'est difficile à dire... Pour? faire la guerre? avec les meilleurs, je pense qu'il faut déjà aller les affronter sur des courses comme la Flèche Wallonne ou Liège-Bastogne-Liège. Liège, c'est la classique qui me fait rêver, et j'ai l'intention de la préparer sérieusement l'an prochain».
Etes-vous pour ou contre les oreillettes ?
«Avant le championnat du monde, j'étais pour (rires...). Compte-tenu de ce qui s'est passé dimanche, je suis contre. Un Grand Prix de Plouay sans oreillettes, par exemple, serait exceptionnel. Je suis persuadé qu'il y aurait des coureurs partout sur le circuit».
Que pensez-vous de Johan Le Bon, présenté comme le successeur de Bernard Hinault ?
«Je suis fier d'avoir comme voisin à Lannion le champion du monde juniors 2008. Je le connais bien. Avant le Mondial de Mendrisio, j'étais même en stage avec lui. Je sais qu'en ce moment, il ne vit pas une très bonne période mais il n'a que 19 ans et il ne faut surtout pas qu'il s'affole. Dans une carrière, il y a des moments où rien ne va mais il suffit d'une bonne course pour tout effacer. Il a des qualités exceptionnelles et je pense qu'il peut devenir un très grand coureur à étapes car il passe les cols et est vraiment super contre la montre. J'aimerais l'avoir un jour dans mon équipe. Peut-il gagner le Tour de France? Pourquoi pas? Faut rêver.»
Quel est votre favori pour le Tour 2010 ?
«Allez, disons Contador à 60% et Armstrong à 40%. Oui, oui, je pense que Lance Armstrong peut gagner le Tour à 39 ans. Il sera plus fort que cette année. Cela dit, je pense que Contador n'a évolué qu'à 80% de ses moyens dans le dernier Tour de France. Ce sera un beau duel, arbitré par Andy Schleck.»
Vous allez être attendu au tournant en 2010. Avez-vous peur de décevoir?
«Après ma dixième place sur Paris-Nice cette saison, je le reconnais, j'avais un peu peur de décevoir. Mais j'ai confirmé sur le Dauphiné (10e) et ensuite sur le Tour de France (10e) que ce n'était pas un coup de chance. Je n'ai plus peur de décevoir».
«Avant, il arrivait qu'on me demande un autographe puis, ensuite, comment je m'appelais. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas...» »
Christophe Le Mével
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