21 août 2009
Vingt-quatre heures avant un déplacement dans la principauté (demain, 19h), l'entraîneur du FC Lorient, Christian Gourcuff, se penche sur le milieu du football et ses dérives.
Christian Gourcuff, que vous inspire aujourd'hui le milieu du football?
«On trouve, dans le foot actuel, toutes les dérives de la société, avec notamment un système économique qui ne repose plus sur aucune moralité. Mais le foot n'est pas pire que la société. Je crois même qu'au contraire, on y trouve des gens plus sains. Ce qui est désormais dramatique, c'est cette population de jeunes qui s'intéresse au footballeur parce qu'il est une «star» et qu'il a de l'argent, et non plus parce qu'il a des qualités footballistiques. Ronaldo intéresse plus les jeunes par ses conquêtes féminines que par ses dribbles sur le terrain».
Et l'argent des footballeurs. Ne trouvez-vous pas cet aspect parfois immoral?
«Les traders, qui gagnent des centaines de millions en spéculant, c'est, selon moi, quelque chose de pire. Dans la société actuelle, les gens qui gagnent de l'argent ne sont pas ceux qui travaillent. L'artisan qui travaille huit heures par jour, ce n'est pas lui qui fait fortune, mais plutôt les gens qui spéculent. Le footballeur a le mérite de gagner son argent, il ne va pas le voler. Mais je conçois que des gens qui ne sont pas sportifs, qui travaillent huit heures par jour et sont au smic dénigrent le foot par ses excès. Mais je voudrais qu'ils dénigrent aussi les excès de la bourse».
Selon vous, l'exil au Qatar est-il un enjeu sportif ou purement financier? Vous-même avez fait un séjour là-bas...
«Oui, et je m'y suis rendu encore au mois de juin. Franchement, on dénigre le Qatar, mais je ne suis pas du tout d'accord avec cet aspect-là. C'est vrai qu'il y a de l'argent, mais il y a surtout des installations extraordinaires. Et puis ce sont des passionnés de sport, qui utilisent leur argent pour le football».
Comment Lorient survit-il dans cette jungle économique?
«On est pris dans le système aussi, il n'y a qu'à voir ce qui s'est passé à l'intersaison. Mais on a pu exister jusqu'ici car nous avons des valeurs plus proches du terrain et du sport. Si nous tombions dans le même raisonnement économique que les autres clubs, nous exploserions tout de suite».
Vous vous rendez donc demain à Monaco. Quelles différences y a-t-il entre cette équipe et la vôtre?
«Il y a déjà une inégalité qui est réelle, et je crois que Guy Roux l'avait dénoncée il y a quelques années: à Monaco, les joueurs étrangers sont exonérés d'impôts. Il ne faut pas nier que dans la lutte sportive, il y a aussi l'aspect économique. Et si l'on ne part pas à armes égales au départ d'une compétition, on est forcément défavorisé».
On parlait tout à l'heure des salaires dans le foot. Combien peut gagner un entraîneur à Lorient?
(Sourires) «Ces salaires, tout le monde en bénéficie, et les entraîneurs aussi. Car c'est vrai qu'il y a une inflation du salaire des entraîneurs depuis 4 à 5 ans».
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