27 octobre 2009
Dimanche, Sébastien Loeb et son copilote Daniel Elena ont incrusté une 6e pierre précieuse dans leur couronne mondiale, à deux pas du château de Cardiff : six titres de champion du monde chacun, série en cours, au terme d'une saison 2009 à suspense.
Beaucoup plus que pour les cinq titres précédents, les deux compères ont dû batailler jusqu'au bout du dernier rallye, jusqu'à l'avant-dernière spéciale de ce RACgallois qu'ils avaient déjà remporté en 2008, pour le panache, après avoir assuré leur 5e titre au Japon. «On ne peut pas dire que c'était un week-end tranquille», a souri Elena dimanche. Puis il a continué à parler, très calmement, presque sérieusement, de sa «belle aventure» avec Loeb, entamée en 1997 quand les deux gars, fauchés, s'étaient croisés dans un gîte rural à l'occasion d'un rallye régional.
«250 jours par an dans trois mètres carrés»
En 1998, quand l'épopée a commencé, Daniel dormait sur le canapé du salon des Loeb. Sébastien a arrêté de préparer un BEP d'électricien et le patron de Citroën Sport, Guy Fréquelin, a commencé à s'intéresser à ce duo improbable, l'Alsacien d'Oberhoffen-sur-Moder et le Monégasque du quartier ouvrier de Moneghetti. «Quand on est arrivé chez Citroën, Seb était le bon élève alors que moi j'étais au fond de la classe, près du radiateur l'hiver et de la fenêtre l'été. A un moment, il aurait pu me débarquer», raconte Elena. «Guy a eu le culot de nous faire confiance à tous les deux, mais s'il avait choisi un vieux copilote et que le vieux s'était arrêté un jour, Seb se serait retrouvé tout seul.» Douze saisons plus tard, Loeb est toujours aussi bien accompagné, par un copilote ayant tout partagé avec lui, «250 jours par an dans trois mètres carrés», dans des Saxo, des Xsara et des C4. Unis pour le meilleur et pour le pire, au point «qu'on avait pensé à se pacser, mais heureusement on a trouvé des femmes», rigole Elena. Le pire cette saison, ce n'était pas la résistance de Mikko Hirvonen, «parce qu'on se respecte et qu'on adore quand il y a de la bagarre, qu'il faut attaquer à bloc. Seb a horreur de perdre. Quand il perd, il est très énervé. Et quand il a mal conduit, il reconnaît qu'il a été en-dessous et il sait se remotiver».
«J'aurais pu lire le journal»
Le pire, c'était «toutes ces histoires de F1, parce que bon, on fait du rallye. A un moment donné, les médias ont plus foutu la m... qu'autre chose dans l'approche de la saison. Ça a démarré très tôt, en Grèce, et c'est à partir de là qu'on n'a eu que des m.... Est-ce que c'est une coïncidence?» Elena fait rarement dans la langue de bois alors il n'allait pas se priver, un soir de 6e titre mondial: «Là on était au RAC et on ne parlait encore que de la F1. Finalement, on a prouvé que le rallye, c'est aussi beau et aussi important que la F1». Puis il s'est remis à plaisanter: «Les histoires de F1 c'était gonflant, parce qu'il n'y a pas de place pour moi en F1». Alors qu'il a déjà roulé dans une Peugeot 908 «à côté de Seb, au Castellet. Mais je n'avais pas d'impression de vitesse. A 315km/h j'aurais pu lire le journal». Elena veut bien céder sa place dans le baquet de droite de la C4 rouge... à condition d'être remplacé par Séverine Loeb, comme fin novembre au rallye du Var. Il en profitera pour redevenir pilote, l'espace d'un rallye, du côté de Sainte-Maxime, dans une petite C2 R2. A des années-lumière de la F1.
«Finalement, on a prouvé que le rallye, c'est aussi beau et aussi important que la F1»
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