1 novembre 2009
Yas Island, son sable et ses pierres... la carte postale, vieille de trois ans, est méconnaissable aujourd'hui, le site hébergeant désormais une demi-douzaine d'hôtels, un parc d'attraction et un circuit de F1, où se courra ce dimanche le premier Grand Prix d'Abou Dhabi.
Entre ces deux phases, jusqu'à 41.000 personnes ont été employées pendant deux années intenses, pour un total de 150 millions d'heures travaillées. Le budget de l'opération donne le vertige : Abou Dhabi, pour parvenir à ses fins, a déboursé 25 milliards de dollars (17 milliards d'euros, cours actuel), selon Philippe Gurdjian, qui a supervisé l'opération côté circuit. L'estimation de 40 milliards de dollars (27 milliards d'euros) est même avancée. Mais de tels chiffres n'ont aucune signification si l'on ne considère pas la tâche accomplie, modère le Français. «Quand vous partez de rien, d'une île où il n'y a ni eau, ni électricité, ni route, ni pont, rien du tout... C'est une ville à créer», commente-t-il. Et de poursuivre : «Abou Dhabi, il y a 35 ans, c'était un bout de plage. Ensuite, il y eu 35 ans de construction. Cela n'a pas coûté 25 milliards, mais peut-être 250, 300... C'est colossal. Il y a 35 ans, il n'y avait rien. Maintenant, c'est New York. Donc il faut un peu relativiser !» Capitale des Emirats arabes unis, Abou Dhabi, richissime à cause de son pétrole (9% des réserves mondiales), prépare son futur post-or noir à coups de projets pharaoniques. A l'exemple de l'Emirat voisin de Dubaï, qui s'est tourné vers le tertiaire, l'idée est de diversifier son économie. La F1, appréhendée comme un «média de promotion touristique et économique», selon M. Gurdjian, sert cette logique, forte de ses 600 millions de téléspectateurs dispersés aux quatre coins du monde.
«Le plus beau circuit»
«Nous voulions ramener le meilleur événement existant à Abou Dhabi et c'est ce que nous avons», opine Khaldoon al Mubarak, qui dirige Mubadala, l'agence de développement économique d'Abou Dhabi. «Le week-end de la course, tout le monde nous regardera. Nous relèverons ce challenge», affirmait-il mi-octobre à un quotidien local, ajoutant «vouloir montrer ce que (l'Emirat) peut faire au reste du monde». Le circuit n'a coûté qu'une faible partie du total, environ 800 millions de livres sterling (900 millions d'euros), selon un représentant du circuit. Mais cette somme, largement supérieure au prix d'un complexe automobile traditionnel, permet à Abou Dhabi de disposer d'un bijou technologique. «Il a fallu être à la fois créatif, imaginatif, innovateur et futuriste. C'est aujourd'hui le plus beau circuit au monde. C'était l'objectif. Je crois qu'il est atteint», se félicite Philippe Gurdjian. Son tracé, apprécié des pilotes, qui n'en font toutefois pas un must de la saison, permet aux (télé)spectateurs d'admirer son sublime hôtel central, aux parois de verre colorées, sa marina, que longe la piste, ou encore un gigantesque parc d'attraction, tapi derrière une tribune. «Il faut absolument que, dès les premières images, on reconnaisse Abou Dhabi, pour imposer la marque Abou Dhabi», expliquait en mars M. Gurdjian. Un autre parc d'attraction, puis un centre commercial, des terrains de golfs, d'autres hôtels et des habitations sortiront ensuite de terre... Puis les regards se tourneront vers une île voisine, à vocation culturelle, où seront bâtis sous peu des annexes des musées du Louvre et Guggenheim. Horaires A 14 h, en direct sur TF1.
«Il y a 35 ans, il n'y avait rien. Maintenant, c'est New York...»
