17 septembre 2009 - 1 réactions
Cinq jours avant de passer devant le Conseil mondial de l'automobile, Renault F1, qui risque l'exclusion du Championnat du monde, a annoncé le départ de son directeur, Flavio Briatore, et qu'elle ne contestera pas les allégations de tricherie en 2008 à Singapour.
«L'écurie indique que son directeur général, Flavio Briatore, et son directeur exécutif de l'ingénierie, Pat Symonds, ont quitté l'écurie», a annoncé Renault F1, qui comparaîtra le 21septembre devant la Fédération internationale de l'automobile (FIA). L'écurie n'a pas précisé si M.Briatore a démissionné ou s'il a été évincé. Directeur général de Renault F1 depuis 2002, présent en Formule 1 depuis 1989, d'abord avec Benetton, Flavio Briatore, personnage central du petit monde de la F1, a perdu le bras de fer engagé avec les Piquet père et fils.
Pas de grue dans le virage
Triple champion du monde (1981, 1983, 1987), Nelson Piquet avait révélé la supercherie à l'occasion du Grand Prix de Hongrie, le 26juillet, quelques jours avant le licenciement de son fils, Nelson Jr, par Renault. L'accusation visait Flavio Briatore et Pat Symonds, qui auraient demandé, lors du Grand Prix de Singapour, le 28septembre 2008, à Piquet Jr de percuter volontairement un mur pour favoriser son coéquipier, Fernando Alonso, finalement vainqueur. Les accusations de Nelson PiquetJr devant la FIA ont ensuite été plus précises, visant particulièrement Pat Symonds. «En présence de M.Briatore, il m'a demandé si j'étais prêt à sacrifier ma course pour l'équipe en causant l'entrée d'une voiture de sécurité», a raconté Piquet Jr. «En utilisant une carte, M.Symonds m'a montré le virage précis où je devais m'accidenter. Ce virage a été choisi parce qu'aucune grue ne s'y trouvait, qui aurait permis d'enlever rapidement la voiture de la piste. (...) La voiture de sécurité serait alors nécessairement déployée», a décrit le pilote. Le jour du Grand Prix, Fernando Alonso, parti en 15e position, avait ravitaillé le premier, très tôt dans la course, juste avant que Piquet Jr ne heurte un mur au volant de sa Renault. L'accident avait provoqué l'entrée sur la piste de la voiture de sécurité. La plupart des autres pilotes étaient rentrés aux stands pendant que la course était neutralisée. Alors qu'il naviguait à petite allure derrière la voiture de sécurité, l'Espagnol avait vu ses principaux concurrents s'écarter un par un pour ravitailler. Cela lui avait permis de remonter tout le peloton, pour finalement se retrouver en tête et remporter son premier Grand Prix de la saison sous les couleurs de Renault.
Exlusion évitée?
Le président de la FIA, Max Mosley, avait indiqué le 11septembre que Nelson Piquet Jr avait obtenu l'immunité sportive pour sa collaboration: «On lui a dit que s'il nous disait la vérité, il n'y aurait pas de poursuites contre lui individuellement». Confrontée à une cascade d'accusations, l'écurie Renault a choisi de se séparer de ses deux plus hauts dirigeants. Et de plaider coupable. L'écurie «ne contestera pas les récentes allégations de la FIA concernant le Grand Prix de Singapour 2008», a indiqué Renault F1. Ce mea culpa, qui accompagne les départs de Flavio Briatore et Pat Symonds, permettra-il à Renault d'éviter l'exclusion du Championnat du monde?
Flavio Briatore est un milliardaire flamboyant et séducteur, qui s'est aussi forgé de solides inimitiés dans le paddock par son absence de scrupules et ses formules à l'emporte-pièces. L'Italien à la chevelure grisonnante - il est né en 1950 -, le teint toujours bronzé, est sans doute le seul patron d'équipe à avoir jamais avoué que la Formule 1 ne l'intéressait pas : «Je n'aime pas la Formule 1, dit-il, j'aime le boulot que je fais. J'aime le produit que je fabrique. J'aime les gens avec qui je travaille». Certains, dans le paddock, mettent en doute son «amour» pour les gens mais on lui reconnaît au moins un talent pour dénicher les meilleurs: agent de Nelson Piquet Jr (avant leur récente dispute), d'Alonso, il fut aussi le premier à repérer Michael Schumacher et à le débaucher pour l'emmener chez Benetton, qu'il dirigeait alors. Homme d'affaires richissime, il compte trois titres de champion du monde : en 1995 avec Benetton, en 2005 et 2006 avec Renault. Sa vie professionnelle, Briatore l'a débutée dans l'empire du prêt-à -porter de Luciano Benetton. Et c'est Benetton, après avoir acheté une écurie de F1 en 1989, qui lança Briatore dans le monde de la course automobile, en lui donnant la direction de la nouvelle équipe. Le «beau Flavio» ne connaissait rien à la F1 en débarquant sur les circuits mais, charmeur et efficace, il réussit à bâtir une équipe redoutable et à s'attirer assez vite les faveurs de tous. Directeur de Benetton, Flavio Briatore commença alors à étendre son influence. A tel point que l'on disait de lui qu'il serait à terme le successeur de Bernie Ecclestone à la tête de l'empire F1. L'aventure Benetton terminée, c'est avec Renault que Briatore a poursuivi son chemin en 2002. Ces dernières années, le tout-puissant chef d'équipe, dont la liste des conquêtes féminines ressemble à un défilé de mode, avait fini par irriter. Ses critiques lui avaient valu l'hostilité farouche de Max Mosley, le puissant président de la FIA. Briatore est tombé pour avoir voulu tricher, mais aussi parce qu'il a perdu son bras de fer avec le clan Piquet et parce que certains de ses ennemis avaient probablement intérêt à organiser les «fuites» sur l'affaire de Singapour pour le mettre en difficulté.
«Ce virage a été choisi parce qu'aucune grue ne s'y trouvait, qui aurait permis d'enlever rapidement la voiture de la piste»
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