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Carnet de Pôle. L'expédition en deuil

20 avril 2011 à 13h56

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"Ce qui vient de se produire est un drame. Mon équipier et moi sommes vivants, physiquement indemnes, mais cet accident n’a pas fini de nous tourmenter.

Pour les Inuits, ici, dans ce village d’Ittooqqortoormiit, où le métier de chasseur d’ours est la principale activité professionnelle, c’est une banale affaire de légitime défense. 35 ours sont chassés chaque année, ils mangent sa viande et utilisent sa peau comme depuis toujours.

Mais dans notre mission de collecte de données scientifiques, l’approche est loin d’être la même. Ne représente-t-il pas avant tout un symbole ? N’est-il pas d’ailleurs l’image du logo de notre expédition ? Deux hommes évoluant sur le dos d’un ours, comme sur le toit de la terre, et font corps avec lui, ensembles.
 
L’objet même de notre mission est d’étudier son territoire : la banquise mouvante. Nous sommes et nous travaillons chez lui, chez le seigneur de l’Arctique, comme il est souvent appelé, vivant sur cet océan gelé qui se réduit de manière menaçante. Mais ces deux ours ne nous ont pas laissé le choix. Leur comportement demeure inexplicable. Aucune crainte malgré toute la procédure habituelle, et une attaque doublée. Cela n’aurait jamais du arriver.

Ici au Groenland, comme au Spitzberg, personne n’a jamais entendu parler d’une double attaque de ce genre. Ce triste accident reste un mystère que nous n’éluciderons sans doute jamais.

Ce que nous savons, c’est que la mission de Pôle Nord 2012 doit désormais continuer. Au Groënland où la préparation et la collecte des données doivent se poursuivre, et dans moins d’un an, quand nous serons au pôle nord pour combler le manque de données scientifiques et tenter de mieux comprendre cet océan de glace.

Que ce malheureux événement nous rappelle notre place et nos responsabilités d’humains. A l’ours polaire, cet animal extraordinaire, plus grand carnivore de la planète, que nous respectons au plus haut point. A ce sanctuaire extraordinaire qu’est cet océan glacial arctique. A cette nature extrême et gelée où dans la continuité de ce cycle éternel, prédateurs et proies luttent infiniment pour la vie".

  • Par Julien Cabon
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