20 octobre 2009
Les agences matrimoniales ont dû faire face, ces dernières années, à l'avènement des sites de rencontres sur Internet (Meetic, pour n'en citer qu'un). À Vannes, trois de leurs responsables se prononcent sur leurs concurrents.
Dans son bureau situé dans le centre d'affaires du Ténénio, Catherine Bassereau décroche son combiné. Au bout du fil, l'un de ses quelque 115 adhérents, apparemment porté sur la poitrine d'une femme qu'il vient de solliciter. La responsable de la franchise vannetaise de FranceM' calme poliment ses ardeurs: «Je ne prends pas ses mensurations. Il n'y a pas que cela. S'il y a eu un bon contact par téléphone, c'est dommage de passer à côté d'une rencontre...». Catherine Bassereau décrypte: «Des fois, il faut recadrer les hommes, très portés sur le physique. Face à eux, les femmes viennent d'une autre planète. Ils ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde». Un constat accentué par et sur la Toile, où les sites de rencontres pullulent depuis plusieurs années déjà, moyennant des inscriptions de quelques dizaines d'euros par mois. Voire moins pour les représentantes de la gent féminine.
«Des amours illusoires»
Suzanne Robert, «marieuse» depuis plus de deux décennies, tranche: «Internet reste artificiel. Nous avons souffert, il y a cinqans peut-être. Maintenant, nous récupérons les déçus. Car on y passe par des questionnaires où ne seront mises en valeur que les qualités des gens». Là où les agences matrimoniales optent pour un suivi détaillé, préparant elles-mêmes les rencontres, en terrain neutre, en fonction des personnalités et des requêtes de chacun des adhérents. En moyenne, le rythme des rendez-vous s'avère mensuel. D'où l'absence de ces «claques» reçues moralement par beaucoup de femmes présentes sur le Web, souvent déjà séparées et allant au «casse-pipe» en «vivant des amours illusoires qui peuvent se terminer dans la douleur»: les hommes mariés connaissant des difficultés dans leur couple tentent parfois de pimenter leur vie en empruntant des chemins virtuels, au propre et au figuré. Sans compter les amateurs d'aventures d'une seule nuit.
Le coût du sérieux? Moins de 1.000 EUR l'année
«Depuis un an, c'est relativement difficile», juge Didier Dubuquoi, autre conseiller en relations humaines. «Tout le monde s'est mis dans la tête qu'Internet est la mine d'or. Sur Meetic, une femme d'une quarantaine d'années peut rapidement avoir 150à 200contacts. Elle ne rencontrera, peut-être, que deux ou trois hommes». Pour quel taux de réussite? Impossible à dire. Mais des personnes lésées, sûrement beaucoup. Voilà pourquoi les agences matrimoniales ne gardent les portraits de leurs adhérents que pour leurs «dossiers personnels de souhaits», sans jamais les divulguer. Un gage de sérieux pour celles et ceux qui sont à la recherche du grand amour. Qui a un coût néanmoins, estimé à un peu moins de 1.000EUR l'année d'inscription, avec ou sans la réussite à la clé. Quand on aime, on ne compte pas...
Didier Dubuquoi, 49 ans, sait de quoi il parle. Avant de lancer sa propre agence matrimoniale, dont son appartement en centre-ville renferme le bureau, ce Ch'ti de naissance a été lui-même adhérent auprès d'une chaîne qui a aujourd'hui déserté Vannes (Fidelio, en l'occurrence). Par ce biais, il rencontrera Marie-Françoise, avec qui il vivra pendant quatre années et demie. «J'avais 42 ans à l'époque, je sortais et je couchais avec plein de femmes», alors qu'il «vadrouillait», passant son temps à arpenter les routes en tant qu'agent commercial. Alors, comme «on va chez un boulanger pour trouver du bon pain», Didier Dubuquoi pousse la porte de cette agence pour tenter de dénicher son double. Malgré son histoire sentimentale, il avait alors cerné trois lacunes. D'abord, des promesses par trop ambitieuses, fausses au pire. «Ils m'ont assuré qu'ils avaient la femme de ma vie», une dénommée Martine. Le contact ne débouchera sur rien. Ensuite, les femmes avec qui il sera mis en relation ne lui conviennent pas, ce qui peut s'avérer «très dévalorisant» pour les deux intéressés. Enfin, «ils m'ont fait payer un fric fou»: 1.200 EUR, en deux périodes de sixmois. Didier Dubuquoi, qui a aussi donné des cours de danse par le passé, demande 800 EUR à ses adhérents pour un an. Pour fixer ses tarifs, il a employé une méthode qui le fait encore sourire, d'autres moins: «Je suis allé voir, en tant que client, mes trois concurrents d'alors. Là encore, dans une agence, pour me faire signer, on m'a dit: ?J'ai la femme de votre vie ?». Sa réponse, forcément ironique: «Je veux la copie conforme de Claudia Schiffer». Il attend toujours... Pour Didier Dubuquoi, qui aurait formé 18 couples depuis ses débuts il y a moins de trois ans, «on est de plus en plus porté sur l'apparence. Alors qu'un homme ne va pas vivre seulement avec une paire de seins ou une paire de fesses». Même si elle appartient à un célèbre mannequin allemand? En tout cas, sur dix rendez-vous galants assurés par ses soins, «huit au moins se terminent par une amitié».
Pas forcément évident de prime abord: les agences matrimoniales disposent de plusieurs syndicats professionnels. L'un d'eux, portant le nom d'Ordre national des conseillers en relations humaines (ONCRH) et fondé au mois d'octobre1994, est basé à... Lorient. Tout simplement parce que son actuel président, également cofondateur, Gilbert Liard, y réside et «que les démarches auprès de l'organisme chargé d'enregistrer les syndicats s'en trouvent facilitées». En France, environ 10% des quelque 550 agences recensées cotisent à l'ONCRH contre un chèque de 260 EUR pour douze mois. Gilbert Liard considère qu'il n'y a pas plus de «malversations» dans son domaine d'activité qu'ailleurs. Mais «ce qui est constaté, ce sont quelques largesses prises avec la législation et quelques pratiques commerciales poussées dans leurs extrémités». Exemple de règle: une personne à la recherche du grand amour dispose d'un délai légal de sept jours après la signature d'un contrat pour se rétracter. Concernant les prix d'une inscription, ils s'avèrent «très variables», d'après le responsable de l'ONCRH, sans commune mesure» selon que l'on soit implanté en région parisienne ou en Lozère. Le Morbihan renferme huit agences matrimoniales: quatre à Vannes, trois à Lorient et une dernière à Pontivy.
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