Les pavements : une histoire à poursuivre
Suscinio, c'est un château. C'est aussi une collection de pavements médiévaux extraordinaires. La réflexion sur l'avenir du lieu inclut évidemment ce joyau, qui n'a pas livré tous ses secrets.Peu de fouilles ont été menées à la résidence de chasse des Ducs de Bretagne. Mais celles de 1975 mettent au jour près de 350 m² de pavements d'une chapelle. La surface est importante, mais la richesse des motifs est encore plus extraordinaire. « C'est un catalogue de décors médiévaux européens, d'Angleterre, d'Italie, d'Espagne... », explique Diego Mens, conservateur du patrimoine au conseil général.
Alors que la majeure partie des pavements était dans les caves du château, certains décors sont présentés au premier étage depuis le début des années 1980. Cependant le traitement fait à l'époque s'est opacifié.
« Reconstituer
ce puzzle géant »
Une première étape sur l'avenir des pavements se termine actuellement : une restauratrice finit de redonner leur éclat aux pavements présentés au public, alors que les pièces en réserve ont été nettoyées et reconditionnées. L'an prochain, elles seront traitées et restaurées. « Parallèlement, nous rassemblons le maximum de documentations sur le sujet », continue Diego Mens. Patrick André, qui avait mené les fouilles, et la société Socra, qui avait fait la première restauration, ont apporté leurs fonds photographiques. « Plus nous aurons d'éléments, mieux nous pourrons reconstituer ce puzzle géant et surtout expliquer son histoire ».
Une nouvelle lecture
Depuis 1975, les techniques de datation ont évolué, Internet rend accessible de nouvelles données. « Une nouvelle lecture des pavements est aujourd'hui possible ». Leur histoire plus complète viendra sûrement d'un travail mettant différents spécialistes autour de la table et notamment Jean Rosen, chercheur au CNRS, spécialiste de la faïence. On saura peut-être alors répondre à la question : pourquoi une telle richesse dans une chapelle si « modeste », plutôt qu'au château ducal de Nantes ?
Une fois ce travail de recherche abouti, comment le partager avec le public ? « La question est d'autant plus complexe que les décors de la chapelle ne se limitent pas au sol. Les murs étaient couverts de décors peints dont il reste des fragments... » Au Moyen Âge, la cour de Bretagne était ouverte sur le monde, entretenant des relations avec de multiples pays. Grâce aux moyens de présentation moderne, c'est aussi cette réalité que les pavements devront montrer dans le Suscinio de demain.