Enchères. Le diamant devient russe
Un diamant de 16,89 carats. Pour Jack-Philippe Ruellan, commissaire- priseur depuis plus de 20 ans à Vannes, c'était une première. «Une vente de portée internationale» qui s'est travaillée pendant plusieurs semaines.
«Depuis vendredi et le début de l'exposition pour cette vente, j'ai montré le diamant à plus d'une cinquantaine de curieux», explique Jack-Philippe Ruellan. Évidemment, un bijou de cette importance n'a pas trôné au beau milieu de la salle des ventes parmi les meubles anciens et les tableaux. Il était bien au chaud... Sécurité oblige. Le commissaire-priseur vannetais savait bien qu'aucun acheteur local n'emporterait cette pierre rare, mais comprenait leur fascination. Le bijou date de 1860-1880. «À cette époque, cette famille française du milieu industriel vivait entre l'avenue Foch à Paris et Azay-le-Rideau et donnait de fastueuses réceptions. Aujourd'hui, les ayants droit prennent le métro comme tout le monde et sont complètement détachés de cette pierre». Le reste est une histoire de réseau, de confiance, pour se voir confier le précieux bijou et pour lui offrir une belle vente.
14h30.
Début des enchères. La salle est comble avec plus d'une centaine de personnes. «Un diamant? Non, nous venons pour un bonnet! Un bonnet de 1920 d'un costume de Quimper...», souffle un couple d'Alréens. Le vigile confirme que l'affluence, si elle n'est pas celle des ventes de vins, est bien plus forte que d'habitude. Sous la photo du roi du jour, les numéros commencent à s'égrainer et les coups de marteau à retentir.
14h4
5.
Le numéro20 ne fait pas le tour de la salle comme les autres bijoux du catalogue, mais l'expert, Geneviève Mely, en fait une présentation détaillée. Le rythme de la vente se ralentit en même temps qu'une tension devient palpable. Les collaborateurs du commissaire-priseur ont tous ou presque un acheteur potentiel en ligne. Londres, Anvers, Hong-Kong, Israël, la Russie et la Belgique s'invitent à Vannes. Mise à prix 75.000 EUR. La barre des 100.000 EUR est passée en... 15 secondes. Quarante secondes plus tard, une voix s'élève dans la salle pour 145.000 EUR, l'homme a un téléphone à l'oreille. Un 147.000 est annoncé. «Une erreur suite à une mauvaise conversion en dollar», intervient l'intermédiaire.
14h48.
Me Ruellan pèse ses mots et son marteau: «146.000EUR pour ce diamant taille ancienne, jamais présenté au marché. J'adjuge». Le déroulé des numéros reprend son cours. «Ces quelques minutes de vente, c'est un mois de travail à partir de mon bureau parisien, avec des rencontres et une communication européenne. J'aurais pu le vendre n'importe où. J'ai choisi ma ville, explique Jack-Philippe Ruellan.Nous sommes des généralistes. Je suis plus porté sur la peinture et les vins. Mais ce diamant est une porte qui s'ouvre...». Satisfaite, Geneviève Mely reprend déjà la route. «Les choses remarquables sont bien parties... même si j'espérais encore un peu plus pour le diamant». Qui, lui, partira à Moscou.
«Les pierres sont comme les gens: vivantes»
«Ce qui fait la particularité de ce diamant, c'est son poids», explique Geneviève Mely. Montée sur une bague en platine d'une grande sobriété, sans griffe, la pierre est d'une taille ancienne. De face, elle semble blanche. Lorsqu'elle bascule, sa teinte légèrement jaune apparaît. «C'est ce qui la rend encore un peu plus rare», poursuit l'expert lyonnaise. On sait que le début de la vie d'un diamant est souvent empreint d'aventure. «Mais il est impossible de connaître sa provenance, même s'il est probable qu'il vienne d'Afrique».
L'exceptionnel ne connaît pas la crise
Pour Geneviève Mely, la valeur d'un diamant ne se limite pas à son poids et à sa couleur. «Les pierres sont comme les gens. Certaines sont sympathiques, d'autres pas. Celle-ci est extrêmement vivante. On est dans l'exceptionnel», savoure-t-elle. Et l'exceptionnel trouve toujours des acheteurs. «C'est plus facile de vendre un bijou entre 100.000 et 300.000 EUR qu'un bijou entre 300 et 500 EUR».La crise n'a donc de prise sur les bijoux? «Si, sur l'or. On est en train de perdre un patrimoine énorme car, devant la valeur de l'or, les gens donnent des bijoux à la fonte...». Un crève-coeur pour cette passionnée de bijoux anciens. «Les gens ne connaissent pas assez l'existence des ventes aux enchères!». Pour les vendeurs, comme pour les acheteurs.
Le marché de l'occasion
«Si vous achetez un bijou neuf chez Cartier, dès que vous refermez la porte de la joaillerie, il a perdu deux tiers de sa valeur. Comme une voiture ou un vêtement. Nous sommes sur le marché de l'occasion», rappelle Geneviève Mely. «Pour le même prix, vouspouvez avoir trois fois mieux que dans le neuf...». Un aspect des choses qui n'échappe pas aux professionnels. Le diamant jaune clair aurait pu être acheté pour être retaillé pour un bijou moderne. Ce ne sera pas le cas. «L'acheteur est un particulier d'une famille connue à Moscou», précise Me Ruellan. Le charme de cette pierre de poids devrait donc rester très XIXe.
Atelier sur l'habitat coopératif ce soir au Palais des arts
VPC, avec Europe Ecologie-les Verts et la Fase 56, organise son troisième atelier ce lundi, à 20h30 au Palais des arts, sur le thème de l'habitat coopératif. «Les formes d'habitat coopératif, entre accession individuelle à la propriété et opérations de promotion peuvent-elles être l'occasion de réinventer la ville, la conception du logement et les relations de voisinage?», lancent, en guise d'accroche, les organisateurs. La réunion se déroulera sous la forme d'un cercle de discussion. Entrée libre.
Les «Petites voisines» de Dinet record de la journée
Tout au fond de la salle, un père et sa fille s'installent discrètement. Ni vendeurs, ni acheteurs, ils sont des curieux avec un objectif très précis. «Je viens me faire une idée de la valeur d'un patrimoine familial, chuchote le père, Mourad Bouameur. Mon grand-père avait créé un musée à Laghouat, en Algérie, le musée oriental». Le chemin de ce féru d'art avait croisé celui de peintres orientalistes, dont Étienne Dinet. Après l'agitation du diamant, l'effervescence monte encore d'un cran pour le nº30: les «Petites voisines causant sur les terrasses». Mourad Bouamer s'est glissé pas loin de la toile. Lui aussi a son téléphone en main, mais pas pour relayer les enchères d'un acheteur, il filme la vente pour en témoigner auprès de sa famille. «Mon grand-père a eu treizeenfants. Je vous laisse imaginer le nombre d'ayants droit!». Mais pour l'instant, si le musée a fermé, la collection n'a pas été dispersée... Les enchères montent, montent jusqu'à 470.000 EUR. Les chaudes couleurs Dinet éclipsent le diamant pour le record de la journée. «Je suis quand même étonné du montant», confie Mourad Bouameur. Pas Me Ruellan, qui necache pas sa satisfaction: «C'est un tableau d'une qualité exceptionnelle que des connaisseurs, avec un budget, se sont disputé et qui reste en France...». D'autres Dinet l'attendent peut-être de l'autre côté de la Méditerranée...
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