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Afghanistan. Vannes retrouve ses marsouins

11 décembre 2009

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Comme le jour de leur départ, c'est sur le port que les Marsouins du 3eRIMa ont marqué hier leur retour à la maison après six mois passés en Afghanistan. Les Vannetais sont venus en nombre leur exprimer leur fierté.

Hier après-midi sur l'esplanade du port, plus d'un millier de Vannetais étaient présents pour saluer le courage des soldats du 3e RIMa de retour d'Afghanistan. Massés en face des 700 militaires qui composaient la «Task Force Korrigan», officiellement dissoute hier, des hommes et des femmes de tous âges, des enfants assis par terre au premier rang ou debout sur des bancs, mais aussi des proches venus des quatre coins de la France... Comme Hélène et Michèle, venues de Manosque, respectivement grand-mère et mère de Cyrille, un sergent du «3»: «Nous sommes arrivées vers 13h, on voulait être bien placées. C'est un grand soulagement et beaucoup de fierté». Un sentiment partagé par la plupart... Car le 3e RIMa tournait hier une page importante de son histoire. «Cette période laissera des traces indélébiles dans nos vies, dit le colonel Francis Chanson, commandant du Groupe tactique interarmes Kapisa. La Task Force Korrigan restera un souvenir grave et lumineux dans ma mémoire».

Hervé Morin passe les troupes en revue

Il est 14h50 lorsqu'Hervé Morin, le ministre de la Défense, arrive sur l'esplanade, accompagné du chef d'état-major de l'armée de terre Elrick Irastorza, du préfet François Philizot, du député-maire François Goulard et du sénateur Josselin de Rohan. Alors qu'il passe les troupes en revue, la 9e Brigade légère blindée de marine joue «Entre terre et mer», une ballade irlandaise aux accents poignants qui ponctue tous les événements du régiment. Heureux... ou malheureux comme les cérémonies organisées depuis août pour rendre hommage aux cinq Marsouins tombés au champ d'honneur: Anthony Bodin, Johan Naguin, Thomas Rousselle, Johann Hivin-Gérard et Kévin Lemoine. Une nouvelle fois, Hervé Morin est allé réconforter leurs familles. Une nouvelle fois, il a trouvé les mots pour magnifier le courage, le professionnalisme des soldats dans la violence des combats; rappeler le sens même de cette mission de six mois et le rôle des Marsouins pour gagner la confiance des populations. «Vous avez combattu pour l'amour de la France et la défense de nos valeurs... pour notre sécurité, dans une région dont la fragilité menace la stabilité du monde...». La cérémonie s'est achevée par la décoration de douze militaires qui se sont vu remettre des mains même du ministre la Croix de la valeur militaire.

Défilé en chantant

A 15h30, les soldats ont pris le chemin de leur caserne, s'offrant même un petit bain de foule devant la porte Saint-Vincent. Chaque compagnie a défilé en chantant dans les rues de Vannes. «Loin de chez ta bien aimée, Marsouins tu souffriras», chantaient les Aiglons qui fermaient la marchesous les applaudissements des Vannetais. «Être là, c'est la moindre des choses, c'est la nation reconnaissante», dit Henry-Yves, posté devant la porte Saint-Vincent. Enfin à la maison, au quartier Foch-Delestraint, des soldats ont laissé éclater leur joie. «L'accueil des Vannetais a été formidable. On ne s'y attendait pas. Maintenant, on est fatigué et le stress tombe, lance un militaire du rang heureux de partir pour cinq semaines de permission. On va partir en vacances en famille, visiter l'Europe!»

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  • Bertrand Le Bagousse

Charlotte, fiancée: «Écouter et soutenir»

Charlotte Lehoux est conseillère client chez EDF, mais cette Vannetaise de 22 ans est aussi fiancée avec un militaire qui vient de rentrer d'Afghanistan: «Notre rôle, c'est d'être là pour les écouter et les soutenir. J'étais en contact régulier avec lui. C'est lui qui nous appelait quand il était sur la base, environ une fois par semaine, mais il n'avait pas le droit de nous dire ce qui se passait. Les pertes, cela a été des moments difficiles à vivre. Il était très touché puisqu'il les connaissait. Et nous, ça renforçait notre inquiétude. On voyait que ce n'était pas un jeu, mais bien la guerre. Leur retour, forcément, nous a fait énormément plaisir. Depuis, c'est que du bonheur!».

Aurélie, conjointe: «On avait peur»

Assistante maternelle vannetaise de 24 ans, Aurélie Godin était hier après-midi à la cérémonie sur le port. Et pour cause! Son conjoint, militaire au 3e RIMa, était en Afghanistan: «C'était dur à vivre pour nous aussi, mais on a été bien entourées par le régiment. On avait souvent des nouvelles par mail ou par téléphone. Mais quand il y a eu des décès, on l'apprenait souvent par la télé dans un premier temps, sans savoir l'identité des soldats morts, donc on avait peur. C'était une mission difficile... Personnellement, je ne trouve pas que ce soit une intervention juste. Mais c'était bien de faire une cérémonie pour fêter leur retour, et la population a répondu présent».

Alain: «Vers un nouveau Vietnam»

Retraité vannetais de 67 ans, Alain Bonnet a lui-même servi pendant quinze ans dans la marine nationale: «Je suis venu à cette cérémonie sur le port pour rendre hommage à ceux qui se sont battus pour nous, au nom de la République française. Ce n'est pas simple, la situation en Afghanistan. Mon avis personnel, en tant qu'ancien militaire, c'est que l'on se dirige vers un nouveau Vietnam. C'est une impasse. Le pouvoir semble corrompu. Mais quelle que soit la cause, ça n'enlève rien à ce qu'ils ont fait, et je trouve important de leur rendre cet hommage public. De toute façon, ce sont des engagés, on ne leur demande pas leur avis avant d'être envoyés là-bas».

Jean-Michel: «Venu par solidarité»

Retraité sinagot de 60 ans, Jean-Michel Catherine a aussi assisté à la cérémonie sur le port: «Je suis venu par solidarité avec le 3e RIMa, compte tenu des événements tragiques qui se sont déroulés en Afghanistan, des pertes encaissées. On a été très touchés par ces décès. Je considère quand même que faire la guerre, c'est préparer la paix. Je fais partie d'une génération qui n'a pas connu de conflit mondial majeur et j'en suis heureux. Mais pour moi, c'est la seule solution pour contrôler les terroristes et éviter qu'ils frappent à nouveau. Concernant l'envoi de nouveaux soldats, je suis plus favorable à la stratégie française de former les Afghans plutôt que d'envoyer des renforts».

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