9 septembre 2009
Guerre, misère, censure, peur du passé et quotidien. «Terre d'exil», nouvelle pièce du Théâtre de l'Écume, met en scène deux personnages errants, à la recherche de la vie. Rencontre avec Alain Guhur, comédien.
Peut-on parler de «spectacle dans le spectacle» pour «Terre d'exil»?
C'est tout à fait ça. Dans la pièce, les deux comédiens jouent deux comédiens. Ils ont fui leur pays à cause de la guerre, et débarquent en France pour jouer un spectacle de marionnettes. Dans «Terre d'exil», le spectateur verra deux acteurs qui jouent des saltimbanques mettant en scène un spectacle. C'est même un spectacle dans le spectacle dans le spectacle!
C'est un peu compliqué...
Pas vraiment. Pour faire simple, on peut dire que les deux comédiens qui ont quitté leur terre natale, décident de jouer un spectacle de marionnettes pour raconter la situation chez eux. Ils arrivent donc en France avec leurs 26poupées de taille humaine, qui vont parler, raconter, pour eux. Le fait de faire une pièce dans la pièce permet de dénoncer indirectement toutes les crises qui balancent les gens sur les routes, et qui choisissent de se monter une nouvelle vie, ailleurs.
Vos personnages fuient la censure. C'est la première fois que vous abordez ce sujet?
Oui. Ici, la censure devient évidente dans une situation de conflit. Les deux compères fuient leur pays, entré en guerre puis envahi par le voisin qui se met à dicter la conduite des occupés. La censure est sociologiquement intéressante, dans le sens où elle crée des relations humaines difficiles. On a peur du prochain, et la vie devient invivable. Le thème de la censure est un prétexte pour parler de ces comportements.
Est-ce tiré par les cheveux de parler d'un spectacle «intemporel, mais temporel»?
C'est une bonne définition. On ne sait pas trop quand se situe l'action. On ne sait pas trop non plus d'où viennent les personnages. Tout cela est fait exprès. Avec certaines connotations, on peut penser que le pays quitté se trouve en Europe de l'Est, mais un autre spectateur pourra penser à l'Asie ou l'Afrique... C'est voulu. L'exil est malheureusement universel, et notre pays imaginaire permet à chacun de se remémorer des choses qu'il a vues, lues, entendues. Pour que la situation soit crédible, il y a un ancrage dans la réalité, un univers précis qui permet d'imaginer le reste.
Les idées phares de la pièce sont l'errance, le passé. Le Théâtre de l'Écume devient un lieu de philosophie?
La pièce reste simple, parler de philosophie est trop flatteur. Les deux héros ont vécu un passé dur. Ils veulent se réinventer, sans pouvoir se débarrasser de leurs souvenirs. Leur histoire nourrit leurs histoires. La philosophie s'impose à eux, c'est leur philosophie. Ce qui les guide, ce n'est pas de grandes idées, de grandes pensées. C'est la légèreté, l'optimisme, l'espoir. Une sorte de «carpe diem», commun à tous les gens qui veulent profiter du temps. C'est vrai, non? Malgré les infortunes, ne faut-il pas toujours essayer de croquer la vie? Pratique Vu l'importance des décors, la pièce ne sera pas jouée au Spoum mais partira en tournée nationale. Renseignements: tél.02.97.24.36.37; courriel: spoum@theatre-ecume.org; site Internet: theatre-ecume. org
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