26 septembre 2009
Depuis deux jours, les camions des laitiers ont repris le chemin des exploitations.Les agriculteurs ont décidé de lever la grève. Ils restent prudents. La date du 5octobre est dans toutes les têtes.
La grève du lait vient d'être suspendue. Le secteur laitier n'est pourtant pas sorti de la crise. Le mouvement des producteurs est mis sur pause, dans l'attente de la réunion des ministres européens de l'Agriculture, le 5octobre prochain. Depuis quinze jours, les agriculteurs avaient gelé leurs livraisons de lait pour protester contre le cours dramatiquement bas du lait et attirer l'attention des pouvoirs publics. Ces quinze jours de grève d'une grande partie de la profession ne sont pas passés inaperçus. Les épandages ont marqué les esprits, tout comme les dons du lait, qui ont sensibilisé la population.
Née en temps de crise
Dans les exploitations du pays d'Auray, le ballet des camions a donc repris. «Les laitiers sont revenus immédiatement, dès qu'on a fait appel à eux». Le sourire reste prudent. Comme chaque matin, même pendant les jours de grève, ce couple d'agriculteurs s'est levé à 6h pour la première traite. Cette fois, la nuit a été très courte. Et pour cause: à 1h du matin, l'une de leurs vaches a mis bas. «EMB», la bien nommée (*), ouvre ses petits yeux dans une période difficile. «À combien reviendra son lait, quand elle sera en âge de produire, dans 28 mois? On espère qu'on aura retrouvé un prix décent... et qu'on pourra maintenir nos exploitations». Le jeune couple n'a pas encore attaqué la trésorerie, mais la période a été difficile à traverser. «Ce n'était pas durable, les prix aujourd'hui ne couvrent pas les prix de revient de notre production. Chaque matin, quand on commence à travailler, on perd de l'argent». À 3,50 EUR de l'heure, la situation est devenue intenable pour les agriculteurs, même si tous ne sont pas logés à la même enseigne avec une fourchette de coût de production qui peut varier suivant les exploitations. «Mais tout le monde a été touché».
Pendant la pause les dons continuent
Les cantons d'Auray et Pluvigner ont majoritairement suivi le mouvement de grève, «avec plus de 60% d'exploitants en grève» dans le quatrième département producteur de lait en France. «Cette grève était nécessaire pour faire bouger les structu
res. Il y a eu un vrai mouvement de solidarité dans les exploitations, même si toutes ne suivaient pas la grève... Les épandages ont choqué, mais c'était également nécessaire pour se faire entendre. On n'a rien gagné, il y a quelques signes encourageants, mais il faut rester prudents. Tout est une question de volonté des pouvoirs publics de maintenir une agriculture sur le territoire... On sait qu'on n'obtiendra pas tout, mais il faut des résultats... Ou la grève reprendra après le 5octobre. En attendant, on reste mobilisés. Nous allons poursuivre les dons de lait, notamment sur les marchés». Rendez-vous sur le marché d'Auray lundi matin... Et le 5octobre.
(*) European Milk Board, la confédération européenne des producteurs laitiers.
«Il est difficile d'avoir un bon avis sur cette crise. Les producteurs s'estiment sous-payés. Si c'est le cas, il faut leur donner le moyen de vivre correctement sur leurs exploitations. La France doit garder son agriculture. Cela la rend indépendante, et faire venir le lait de l'étranger augmenterait les coûts. De plus, l'acheminement des marchandises accroît la pollution. La crise justifie les moyens et les épandages de lait ne me choquent pas. Il faut savoir déranger». «Cette crise, qui a commencé il y a plus d'un an, n'a cessé de monter en puissance. J'adhère pleinement à cette révolte paysanne. Il est surprenant de constater la différence entre le prix payé au producteur et le prix du produit, une fois transformé. L'écart est énorme et souvent injustifié. Toutefois, il faut aussi tenir compte des subventions, mais tout n'est pas toujours bien expliqué. L'agriculteur est devenu un véritable entrepreneur qui doit gérer ses affaires». «Je me tiens au courant de cette crise qui est un reflet de toute l'activité économique. Les producteurs français, et plus spécialement les agriculteurs bretons, font un bon lait qu'il faut encourager en le payant à son prix. Je trouve choquant de jeter le lait, surtout vis-à-vis de ceux qui souffrent de la faim. Mais je pense que les agriculteurs ne peuvent pas faire autrement s'ils veulent produire un réel impact médiatique». «J'ai vaguement entendu parler de ce mouvement social européen. Personnellement, je suis déçu par l'inflation des prix qui ne cesse d'évoluer. Tout est cher. Il est dommage de voir que les produits français, qui sont des marchandises de bonne qualité, transparents au niveau des traçabilités, ne sont pas plus considérés que les autres. Tout a un prix, surtout la qualité. Idéalement, il serait bien d'arrêter le gâchis et de ne pas jeter le lait. Mais je trouve ces actionslégitimes».
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