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Cheminots fusillés. 70 ans après, des symboles actuels

2 mai 2012

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Chaque année, la CGT et le Parti communiste invitent à se souvenir de Jean Marca et d'Henri Conan, cheminots alréens fusillés le 30avril 1942. Lundi, le70eanniversaire avait des accents d'actualité.

Henri Conan et Jean Marca. Soient deux rues du quartier de la gare à Auray. Mais ce furent surtout deux hommes dont les noms sont désormais indissociables. Comme l'ont été leurs destins, brutalement interrompus le 30avril 1942. Henri Conan avait 30 ans, Jean Marca, 21.

Funeste loterie

Au point final de leur histoire personnelle, ces deux-là avaient déjà bien des points communs. A un peu plus de huit ans d'écart, tous deux étaient nés à Auray, où ils avaient fréquenté la même école, celle du Loc'h. «Du Diable» auraient peut-être souri ces deux militants communistes, qui au matin de leur exécution ont refusé de voir un prêtre. Surtout, les deux hommes étaient cheminots. Tous deux ont d'ailleurs été arrêtés à huit jours d'intervalle pendant leur service, l'un à Lorient, l'autre à Quimper. Tous deux étaient également résistants. Et communistes. L'un et l'autre ont d'ailleurs été arrêtés par la police française pour les mêmes raisons: détention de tracts appelant au sabotage et à la résistance. Des «fautes» qui leur avaient valu de lourdes condamnations: trois ans et demi de travaux forcés pour Jean et quatre ans et demi de prison pour Henri. Les deux hommes auraient donc dû terminer la guerre «au chaud». Ironie du sort, leurs propres camarades cheminots ont bien involontairement précipité leur destin en poursuivant l'oeuvre de Résistance: à la suite d'un important déraillement, l'occupant avait ordonné l'exécution de deux prisonniers par département. Les cheminots alréens ne remportèrent pas par hasard la funeste loterie dans le département du Morbihan.

Côte à côte

A la libération, les corps de Jean Marca et d'Henri Conan, d'abord inhumés à Vannes, furent rapatriés à Auray. Ils reposent désormais côte à côte, ainsi qu'ils ont vécu leurs derniers jours jusqu'à la mort. Lundi soir, en présence d'un des deux frères survivants de Jean Marca (lire ci-dessous), la grande famille de la CGT et du Parti communiste s'est rassemblée autour des deux tombes ainsi qu'elle le fait tous les ans. C'était un petit peu plus fort cette année, 70 ans jour pour jour après les faits. Parce que c'est un compte rond, un de ces anniversaires qu'on marque plus profondément que les autres? Sans doute. Mais l'air du temps y était aussi pour beaucoup. Avant l'écoute d'un enregistrement crachotant du chant des partisans, il y eut quatre discours (*). Il y fut question de «lutte contre l'oubli et les révisions de l'histoire»; des «valeurs et idéaux inscrits dans le programme du Conseil national de la Résistance, qui demeurent d'une éclatante actualité»; des «dangers qui surgissent à nouveau en France et en Europe», de «la banalisation des progrès de l'extrême droite»...

(*) Léon Jaffré, exécuté le 17décembre 1942 a été associé à cet hommage. Lui aussi était cheminot.

  • B.S.

Henri Marca: «Jean était un bel athlète»

La casquette bleu marine vissée sur le crâne, l'oeil vif et le pied alerte, Henri Marca est un authentique jeune homme de 86ans. Né à Auray en 1926, six ans après son frère Jean, l'ancien électricien vit depuis belle lurette dans le Calvados, à Isigny-sur-Mer. «Monté» en Normandie après la guerre pour y trouver du travail, il y a fondé une famille. Avec celle qui l'a vissé de l'autre côté du Mont-Saint-Michel, ils reviennent régulièrement à Auray, où leurs neveux et nièces les accueillent bien volontiers. Forcément, ils étaient là lundi pour participer à l'hommage rendu à Jean Marca, ainsi qu'à Henri Conan qu'Henri Marca a également connu. «C'étaient des voisins, des amis». En 1942, Henri, alors apprenti électricien, avait 16 ans. Il fut un des rares membres de la famille à ne pas avoir connu d'arrestation. Il se souvient d'abord de celle de son père, prénommé Henri comme lui. «C'était un mois avant celle de mon frère. Et ils l'avaient libéré en échange, si on peut dire, quand ils avaient piqué Jean sur sa locomotive à Quimper. Les polices française et allemande marchaient main dans la main à l'époque».

«J'ai pu les voir quatre jours avant l'exécution»

Plus tard, sa mère, Julienne, également résistante, connaîtra aussi les affres de l'arrestation et de la détention. «Trois mois au quartier des femmes à Vannes». C'est également à la prison de Vannes qu'Henri a vu Jean, ainsi qu'Henri Conan, pour la dernière fois. «Je travaillais chez un patron à Vannes et on avait un chantier dans la prison. Il y avait très peu d'électricité dans la prison. Grâce à un garde allemand qui s'appelait Jacques, j'ai pu les voir. C'était quatre jours avant leur exécution, mais ils ne le savaient pas encore». Soixante-dix ans ont passé. De cet aîné qui aurait eu 92 ans si on l'avait laissé vivre, Henri se souvient que «c'était un bel athlète. Je le vois jouer au basket-ball. Il jouait aux cheminots. On faisait tous du sport à ce moment-là». Le secret de sa belle jeunesse sans doute.
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