23 décembre 2011
Elle rentre de Calcutta, mais c'est en Birmanie qu'Isabelle Grandval a rencontré son avenir. «Le coup de foudre de ma vie. En 2005, j'étais partie en vacances accompagner une copine médecin. J'ai dû l'attendre là-bas cinq jours, j'ai vu des choses, j'ai rencontré des femmes, j'ai discuté avec elles. J'ai eu l'idée de leur faire fabriquer un modèle de sac en matière recyclée, car en Birmanie on trouve de tout, même des tissus haute couture. C'est la déchèterie de l'Asie du sud-est... Du coup, on n'a voyagé que huit jours, mais je suis revenue avec 100 sacs. En rentrant en France une de mes copines les a adorés, j'ai fait mes premières ventes et je suis repartie dans la foulée après avoir créé une SARL. LeBon Marché a été un de mes premiers clients. Aujourd'hui, je vends dans presqu'une centaine de points de vente et sur Internet...»
Une histoire de femmes
Une vraie success story, mais aussi un sincère coup de coeur pour les femmes de la rue. «Jefais travailler les femmes des ateliers de rue, mais je monte aussi des ateliers en Birmanie, en Malaisie, au Bénin, au Togo, en Inde... Chaque fois, c'est une histoire de rencontre, avec des réfugiées, des femmes vendues. Je m'assois par terre avec mon thé et on discute. Ça peut être tout petit, les femmes payées à la pièce, je les paye quatre fois plus que la normale, mais pas plus, pour ne pas déstabiliser le marché et je leur laisse revendre le modèle sur place pour elles. Mais, quand je fais fabriquer 7.000 pièces pour André, je passe en Inde, sur de plus gros ateliers».
Paille et paillettes
Elle l'avoue, elle a eu de la chance, ses créations ont tout de suite plu. «Zaza Factory, So chic, So éthique». Des matières de récup' auxquelles personne n'avait pensé: sols indiens en plastique pailleté, nattes de prière, pastilles de plastique en guise de paillettes, câbles électriques, colliers en chaînes de carrosserie et pierres birmanes. Des boutons de l'Armée du Salut cousus en Inde, de la moquette de palace parisien cousue en Birmanie. Lemélange de brut et de sophistiqué, de matière recyclée avec les paillettes, le strass et le chanvre, le bambou et la fourrure, la toile de jute et la plume séduisent les acheteurs des grandes marques, qui lui confient des collections capsules. Etam, Naf-Naf, Caroll, André, 1,2,3, Galeries Lafayette, Printemps, Régina Rubens, et même, loupé de peu pour cause de délais, Jean-Paul Gaultier, qui craque sur ses cols birmans en dentelle rouge...
Agnès B à Crac'h
Mais la rencontre déterminante sera celle avec Agnès B, pour qui elle va créer six collections. Très engagée dans l'humanitaire, celle-ci va craquer sur les réalisations de Zaza Factory (rien à voir avec le prénom Isabelle, Zaza est un prénom birman, qui se prononce «zarzar») et lui commande des paniers en plastique recyclé du Bénin, des bijoux réalisés en Inde, une collection en maille (notre photo) puis invente, avec Isabelle, un sac shopping offert à ses clientes en tissu Agnès B, dont des milliers de mètres de chutes sont stockés à chaque nouvelle collection. Ces chutes, Isabelle les récupère et les confie à l'Esat (Établissement et Service d'Aide par le Travail) de Crac'h «Les ateliers Saint-Georges» où des femmes handicapées coupent et cousent 350sacs par mois, avec l'étiquette Agnès B. «Mon souhait à présent serait de développer ce commerce équitable en France, avec d'autres Esat, et implanter le réseau en Bretagne». Contact Tél.06.18.99.12.37.

27 mai 2012