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Tara Tari. Capucine Trochet ou le rêve éveillé à bord de son voilier en toile de jute

2 février 2012 - 1 réactions

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Pour le symbole, Capucine Trochet avait quitté Lorient, non sans avoir salué les pensionnaires du centre de Kerpape. La jeune femme y avait passé des mois, clouée dans un fauteuil. Elle navigue désormais seule sur Tara Tari, un voilier en toile de jute, depuis novembre. Témoignage.

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Une navigation 100 % à la voile. «Bientôt trois mois déjà que je suis partie de La Ciotat avec Tara Tari. Cela me semble tellement loin. Est-ce la mer ? Est-ce cette expérience loin du quotidien ?
J'essaie de penser à ce «début» d'aventure et mes émotions se mélangent. La Méditerranée en plein hiver, ce n'est pas ce qu'il y a de plus facile pour commencer. Le Golfe du Lion, le Cap Creus, les tempêtes, le Delta de l'Ebre, les pêcheurs et les cargos, les nuits d'hiver qui durent quatorzeheures, la brise nocturne qui m'oblige à réduire la toile dans des conditions assez sportives, l'humidité et les vagues dans la figure...
Non, vraiment, ça n'a pas été facile. Surtout que pour le moment, la navigation a été 100 % à la voile puisque je n'ai pas de moteur. Enfin, il y en a un petit, mais qui ne marche plus. L'important dans ces conditions, c'est d'avancer à mon rythme, à celui du bateau. Avancer quand les conditions le permettent, m'arrêter quand la fatigue est trop importante, et naviguer près des côtes pour pouvoir me mettre à l'abri en cas de dégradation trop importante de la météo».

«Je suis un vrai radar à bord». «On me demande parfois si je ne m'ennuie pas, toute seule en mer. Je consacre de longues heures à la contemplation, mais pour être honnête, à bord je suis un vrai radar. Tous les sens sont en alerte. Il me faut être attentive à tout. Attentive à ce qui m'entoure : je regarde sans cesse la mer et le ciel qui me donnent toujours des indices sur la météo. Les vagues, le sens de la houle et la couleur de la mer... Autant d'informations qu'il faut sans cesse analyser. Les pêcheurs sont très nombreux à 5 milles des côtes, là où je navigue. Ils entrent et sortent des ports en véritables armadas. Il m'est arrivé de manoeuvrer au sein d'une flotte de 37 chalutiers ! Il fallait être concentrée, il n'y a eu aucun problème. Il y a aussi les cargos et les ferries qui m'impressionnent. Au large de Valence, un ferry est passé à 100 m à peine de mon étrave. La situation était bien maîtrisée, mais cela reste spectaculaire».

«Le chant du bateau». «En revanche, depuis le début de mon périple, je n'ai croisé qu'un seul voilier. On me dit qu'ici, personne ne navigue en hiver et encore moins la nuit. Et puis il y a le bateau. Je connais presque tous les bruits qu'il fait. Le mât, la bôme, les dérives, les écoutes... Chaque élément fait un son, et je guette la fausse note ! C'est pour cela que je n'ai pas de musique à bord, pour toujours entendre le chant du bateau. Chaque soir avant la tombée de la nuit, je fais une petite inspection générale du gréement et des bouts, et le matin également.
Je change des éléments, mets de la graisse ici ou là, ajoute une protection à tel endroit: anticiper est la meilleure manière d'éviter les problèmes. Trois mois de vie à bord et des petits rituels bien en place, qui rythment mes journées : inspection du bateau, points sur la navigation, repas, siestes, etc.».

«Une tempête de 17 heures». «Les nuits sont rudes. Malgré mes précautions, j'ai été prise dans une tempête. Une belle vraie tempête digne de Méditerranée. Les vagues étaient si fortes qu'à l'intérieur du bateau, un gilet de sauvetage s'est percuté (ouvert) tout seul ! Je n'avais jamais vu ça. La tempête a duré 17 heures. 17 heures pendant lesquelles je n'ai pas eu le temps d'avoir peur car en solitaire, la panique n'a pas sa place. La peur fait perdre la lucidité et ça, c'est interdit à bord !
Pendant cette nuit du 3 au 4 décembre, j'ai dû affaler la grand-voile et j'ai mis des bouts dans l'eau à l'arrière du bateau, pour freiner Tara Tari qui battait son record de vitesse. Je me prenais des grosses claques d'eau car les vagues étaient hautes et courtes. Pourtant je suis restée très concentrée sur ma trajectoire et j'ai essayé de gérer au mieux le passage des vagues.

«La mer est la plus forte». J'ai repensé à ce que m'a dit Tanguy Leglatin (mon entraîneur à Lorient) : quand la situation se complique, tu dois te fier à ton sens marin».
«Le sens marin. Il se développe en mer tout seul. Ce que je vis n'est pas un défi. La mer est la plus forte, je ne veux pas me mesurer à elle.
À bord de Tara Tari, je vis la simplicité volontaire, la vie en mer épurée pour ne garder que l'essentiel. Sans électronique, sans technologie, on peut naviguer. J'avance en faisant toutes les heures des points sur ma carte marine. Nous avançons. À notre rythme (pas très rapide).
Je suis heureuse, tout simplement, et tel est mon luxe et mon confort. En mer, je dors très peu, et par siestes de dix minutes, car il y a beaucoup de pêcheurs et de cargos. Aux escales, nous avons le plaisir d'être toujours très bien accueillis. Il y a eu La Ciotat (départ), Marseille, Barcelone, Vilanova i la Geltru (pour quelques heures seulement, le temps de dormir), L'Ampolla (au nord du Delta de l'Ebre), Valence et Alicante, où je suis depuis quelques jours.
Et à chaque fois, dans chaque port d'escale, la gentillesse frappe au hublot. Souvent, les personnes que je rencontre ont du mal à croire que je vienne de La Ciotat à cette période de l'année ! À l'Ampolla, au nord du Delta de l'Ebre, j'ai même reçu les honneurs du président de la confrérie des pêcheurs chalutiers de la région pour ce que j'ai déjà fait. Il m'a dit : "L'hiver, la mer Méditerranée ne laisse passer que les braves, et tu es arrivée là"».

«Si je me fais peur, j'arrête». «La route est encore longue, et je procède par étape. Je me concentre sur la navigation à venir et sur le passage du détroit de Gibraltar, pas encore sur la traversée (de l'Atlantique).
J'avance doucement et sereinement, tout en ayant bien en tête que le jour où le plaisir s'en va ou si je me fais vraiment peur, eh bien je saurai dire "je m'arrête là". Et c'est important pour moi d'avoir cela dans un coin de ma tête. Il n'y aurait alors aucun regret. Mais, entre nous, je n'envisage pas du tout de mettre fin à cette aventure ! Elle est si belle à vivre !».

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1 réaction

  • pcad - jrnpcad
    Bravo Capucine
    C'est une bien belle histoire. Son histoire et son sourire c'est du soleil dans notre grisaille.
    Ajouté le 2 février 2012 à 11h53

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