30 septembre 2009
La station Total du boulevard Svob ferme définitivement aujourd'hui. Suzanne Lecannelié, un an après son mari, Daniel va, elle aussi définitivement mettre les pistolets à essence au clou, après 22 ans de service sur le boulevard. «Je suis restée quelque mois de plus, à la demande du pétrolier, qui avait déjà prévu de fermer la station». Alors que son époux avait déjà fait valoir ses droits à la retraite, elle a joué les prolongations et pas seulement pour rendre service, mais parce qu'elle était attachée à son métier, au quartier, à ses clients. «Je pense que, pendant un moment, lorsque je viendrai à Lorient, j'éviterai de passer par ici, pour ne pas voir la station fermée». Car celle-ci, barricadée aujourd'hui, pour en interdire tout accès, risque de rester une friche pendant de longs mois, voire plusieurs années: «le temps que le pétrolier retire les cuves et qu'on ait l'assurance qu'il n'y a aucune pollution du sol».
Depuis 1965
C'est une page qui se tourne, c'était la dernière station vraiment de centre-ville, les autres étant situées à la périphérie (Carnel, port de pêche, Bois-du-Château, Cosmao-Dumanoir). Ouverte vers 1965, sous l'enseigne Fina, elle était devenue Total en 2000, lorsque le pétrolier avait racheté la marque. En 22 ans, c'est la deuxième station-service que Suzanne et Daniel ont le triste «privilège» de fermer sur le boulevard.
Travaux trop coûteux
Car si la cause de la fermeture est financière, elle n'est pas du tout liée à son volume de ventes. «Certes, depuis l'année dernière, comme partout, nous avons ressenti le contrecoup de la flambée des prix du carburant. Mais nous avons une clientèle fidèle, avec notamment des entreprises, des artisans en compte. En fait, c'est le bâtiment qui pose problème. Il y a de grosses fissures dans le béton et Total a jugé le montant des travaux trop important pour que la station reste rentable». Si, pour les gérants, Suzanne et Daniel, l'heure de la retraite arrivait, les deux autres salariés de la société se retrouvent au chômage économique.
Les petites blagues qui entretiennent l'amitié
Suzanne et Daniel garderont une foule de bons souvenirs. Bien sûr, il y a aussi des mauvais: des clients grincheux, des braquages «mais ce sont les risques du métier». Dernier en date, l'article de loi rédigé par Roselyne Bachelot, interdisant la vente d'alcool dans les stations-service. «Alors que les grandes surfaces vendent de l'essence et de l'alcool. Le ministre n'a rien compris. C'est du dépannage avant tout. Les clients achètent une bouteille et pas plusieurs. Et, en général, ils viennent ici à pied. Mais pour une petite station de ville comme celle-ci, cela représente 70 à 75% des ventes de la boutique. Cela permettait de dégager une marge pour assurer les salaires». Non, Suzanne et Daniel préfèrent partir en ne gardant que des bonnes images et il y en a: «les petites blagues avec les clients, la sympathie des gens du quartier». Et les nombreux témoignages de sympathie et d'amitié adressés par la clientèle, ces derniers jours, à l'annonce de la fermeture.
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