11 octobre 2009
L'association Eau et Rivières de Bretagne fête aujourd'hui ses 40 ans de lutte pour l'eau, à Gestel. Gilles Huet, délégué général de l'association dresse un état des lieux.
Quel est aujourd'hui le diagnostic de l'État de l'eau en Bretagne?
Gilles Huet: La Bretagne offre un visage contrasté. Les pollutions spectaculaires, massives contre lesquelles on luttait, comme la pollution de la Laïta par les papeteries, de la Rance par les abattoirs, ou les rejets de l'agglomération de Landivisiau sur l'Elorn, ces rejets ont quasiment disparu. Les entreprises et les collectivités se sont équipées. En revanche on a vu monter des pollutions plus diffuses avec les nitrates et les pesticides. Pour les nitrates, la pollution n'a cessé d'augmenter jusqu'en 2000. Aujourd'hui elle est stabilisée, mais à un niveau trop important sur plusieurs cours d'eau. Pour les pesticides, la situation est plus complexe. Au début des années 90, on avait des pollutions ponctuelles quelques jours par an. Aujourd'hui on a des pics de pollution plus faibles, mais plus permanente, avec un cocktail de molécules différentes. En juin2008, on a relevé 41 pesticides différents dans la Rance.
C'est un phénomène nouveau? On a pensé qu'on allait r
égler le problème en retirant les pesticides qui étaient utilisés à 1kg par hectare. Ils ont été remplacés par une gamme de produits à 20 ou 30 grammes par hectares. Mais du coup, il y en a plusieurs sortes et on ne connaît pas bien leur impact sur les rivières.
Que faut-il faire alors?
Surtout ne pas se décourager. On a quand même réussi à progresser. Lutter contre la pollution aujourd'hui, c'est plus difficile, car ça exige de revoir notre façon de vivre et de consommer. Ça nécessite beaucoup de pédagogie et le changement de comportements individuels.
Le monde agricole évolue-t-il face à ces problèmes?
Le monde agricole n'est pas différent de la société. Des hommes et des femmes modifient leur façon de produire en s'engageant sur le développement durable. Certains évoluent, d'autres moins. La grande majorité a compris la nécessité d'évoluer.
Même sur la pollution engendrée par les algues vertes?
Une rupture est nécessaire dans la politique qui consiste à traiter les conséquences, sans les causes. Il faut restaurer les milieux pour qu'ils ne crachent pas les nitrates sur le littoral. Il n'y a pas de solution unique. Il faut réduire les apports d'azote, réorganiser le foncier, préserver les zones humides.
Combien de temps sera nécessaire?
Les efforts porteront leur fruit sur la durée. Si les bonnes décisions sont prises sans doute faudra-t-il une dizaine d'années pour observer les premiers effets.
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