23 février 2012
«Cette délégation est là pour vous écouter, vous entendre». Le député européen Alain Cadec fait bien de le dire haut et fort, car les pêcheurs ne l'avaient pas compris ainsi. Faute d'avoir obtenu une invitation officielle à débattre avec les quatre membres de la commission en visite («en balade», disent nos pêcheurs), ils ont donc décidé de s'inviter. Une vingtaine de bateaux, des langoustiniers et quelques fileyeurs ont donc décidé de rester à quai, hier matin, afin de ne pas rater la délégation. Finalement, un échange avec la petite cinquantaine de marins a été improvisé vers 9h, gonflant un programme officiel parfaitement minuté sur le papier.
«Parler de la pêche sans les pêcheurs?»
Ce sont les images sorties de la visite de cette même délégation, à Saint-Quai-Portrieux, lundi, qui ont fait réagir les pêcheurs. «On ne voulait pas qu'ils viennent dire que tout va bien, dans un port vide. Venir parler de la pêche sans les pêcheurs, ça ne marche pas», expliquait hier matin le patron d'un langoustinier. Comme à Brest la veille, la délégation du Parlement européen venait à Lorient dire son combat pour modifier la réforme de la politique commune des pêches (PCP), telle qu'elle est aujourd'hui dessinée par la Commission européenne et qui devrait entrer en vigueur en 2014. Dans leur viseur, trois propositions en forme de ligne rouge franchie par Maria Damanaki, commissaire européen à la pêche: le zéro rejet, les quotas individuels transférables et le rendement maximal durable atteint en 2015. «Si la réforme passe telle qu'elle est conçue aujourd'hui, vous pourrez changer de métier. Mais nous sommes là pour défendre le modèle de pêche français et breton», martèle Alain Cadec.
Le prix du
gasoil «nous n'y pouvons rien»
Les pêcheurs lorientais, comme leurs voisins, ont une autre problématique en tête: celui du prix du gasoil qui flambe. «Vu ce qui se passe en ce moment, je ne serai déjà peut-être plus là quand la réforme arrivera», lâche un pêcheur. «Tant que les bateaux vendent, que les cours tiennent, ça va. Mais si un de ces volets casse, comme les prix de vente, ça conduit à une déstabilisation de la filière», résume à son tour Olivier Le Nézet, patron du comité départemental des pêches. «Le prix du gasoil est une revendication spécifique franco-française. Nous n'y pouvons rien. Ce sont vos élus locaux et les représentants de l'Etat, qui peuvent intervenir», répond cependant Alain Cadec. «Mais pour la réforme de la PCP, c'est cette année que tout se joue».

27 mai 2012