24 janvier 2011
La Scapêche va finir par faire figure de survivante. L'armement lorientais des Mousquetaires d'Intermarché est le dernier armement dit «industriel», ou du moins hauturier - ses dirigeants préfèrent employer le mot «structuré» - 100% français depuis que l'armement boulonnais d'Euronor a été racheté par les Néerlandais de UKFishing. La Scapêche est plus que jamais en première ligne face aux organisations environnementales. Elles aimeraient bien la voir disparaître de la surface de la mer, pour mettre un point final à la pêche des poissons de grands fonds, le fonds de commerce de l'armement lorientais. Une situation qui accentue encore le goût de la discrétion cultivée depuis toujours par le groupement Intermarché et érigé aujourd'hui comme une condition de survie.
«Logique de baisse»
«On se situe dans une perspective a minima de maintien de l'activité», confie Tristan Douard, directeur de l'armement, dont tous les mots sont pesés avant d'être prudemment avancés. «Laressource revient. Les mesures de gestion des pêcheries produisent leurs effets, même si on est en permanence dans une logique de baisse». Sur le grand marché de l'attribution des quotas de pêche alloués par l'Union Européenne, cette année encore, la Scapêche n'en sort pas gagnante. «On espérait une baisse des quotas pour la lingue bleue. Ça a été le maintien. Sur les deux ans qui viennent, on aura une baisse de 15% de revenu due aux variations du TAC
(1) de sabre en2011 et2012. Ce n'est pas neutre sur nos résultats». La Scapêche affiche un chiffre d'affaires en légère hausse, en 2010: 35MEUR, contre 34MEUR en 2009, avec un résultat net en léger positif, sans plus de précisions. Les perspectives pour l'année? «Elles sont complexes», reconnaît Tristan Douard. Se reporter sur d'autres espèces que celles des grands fonds pour répondre à la baisse des quotas sur ces espèces, comme le merlu, par exemple? «Ce report est déterminé par ce que l'on peut vendre», rétorque le directeur.
Un rachat et une embauche
La Scapêche mise plutôt sur la diversification de sa flotte. Le Mierentxu, un sardinier bolincheur de 15,90 mètres de Saint-Jean-de-Luz est actuellement dans les ateliers de Timolor, sur l'aire de réparation navale, en passe d'être racheté par la Scapêche. Au pays basque, il pêchait le maquereau, l'anchois et le thon. Sous le pavillon des Mousquetaires, il pêchera essentiellement la sardine, avec un équipage breton. Sa zone de pêche: entre Douarnenez et Quiberon. Comme le Tximistari acheté en 2010, c'est vraisemblablement un pêcheur artisan qui en prendra la barre. Enfin, l'armement poursuit ses efforts de recherche autour des engins de pêche. Comment diminuer l'impact environnemental des chalutssur le fond, tout en réalisant des économies de gazole? François Théret, ancienresponsable de la station Ifremer de Lorient et expert détaché d'Ifremer auprès de la commission européenne, vient d'être embauchépar l'armement pour faire évoluer les techniques de pêches.
(1) TAC: Total des Captures autorisées par espèce dans tous les pays de l'Union Européenne, ensuite divisé entre chaque pays par le biais de quotas.

27 mai 2012