27 janvier 2012
Dédé Ollivier, 57 ans, a passé 35 années de sa vie en mer, avant de mettre définitivement sac à terre il y a deux ans. Après avoir commencé au pétrole, il a surtout travaillé à la pêche, de l'Océan indien, aux côtes d'Écosse, où il a achevé sa carrière comme bosco sur le Jean-Claude Coulon II, un chalutier de la Scapêche, en passant par les côtes de la Mauritanie, le long desquelles il a pêché la langouste, sur un chalutier et le golfe de Gascogne dont il se rappelle des campagnes estivales de thon, à la traîne.
Fasciné par les colères de l'Indien
C'est de l'Indien qu'il a ramené les souvenirs les plus forts. «Même si du côté des Hébrides (à l'ouest de l'Écosse. Ndlr.), ça tape fort aussi, c'est là-bas que j'ai connu les plus fortes tempêtes et j'adorais ça. C'était vraiment impressionnant de se retrouver à la passerelle, à la cape et de voir ces vagues immenses». C'est également là-bas qu'il a fait la plus poignante découverte de sa vie de marin, en débarquant, pour une journée, sur l'île Saint-Paul. Ce caillou volcanique désert des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), à l'est des Kerguélen.
Piqué par une arête de légine
«En 2002 - 2003, j'étais embarqué sur des bateaux basés à la Réunion. J'ai fait ma quatrième campagne de légine, en remplacement sur le palangrier congélateur Albius, de la Sapmer. Je me suis piqué à l'index droit avec une arête de légine. La blessure s'est rapidement infectée, mon bras a enflé, j'étais vraiment mal en point. J'ai eu la chance que le Marion-Dufresne, le bateau ravitailleur des TAAF fasse escale aux îles Kerguélen, quand on y passait. J'y ai été transbordé et soigné». Le Marion-Dufresne accueille alors à son bord, une dizaine de scientifiques et une trentaine de touristes qui, entre la Réunion et l'île Maurice, ont payé pour découvrir ces îles perdues des Quarantièmes rugissants et Cinquantièmes hurlants (Kerguélen, Amsterdam, Saint-Paul, Crozet). «J'y ai vu des ruines, notamment celles de la conserverie, dans lesquelles il restait encore des tas de boîtes de conserve rouillées. On a mis cinq grands casiers à l'eau et on a remonté des quantités impressionnantes de langoustes».
Oubliés une deuxième fois
Mais ce sont surtout les restes d'un cimetière «avec des croix par terre, sans une plaque», qui le touchent. «C'était à la fois émouvant et révoltant qu'on ait laissé ces sépultures à l'abandon». De retour en Bretagne, le grand Dédé veut en savoir plus. Et il découvre toute l'horreur de la tragédie dans le livre de Daniel Floch, «Les oubliés de l'île Saint-Paul». «J'ai découvert qu'il y avait des Concarnois enterrés là-bas. Je souhaitais déposer une plaque à un prochain passage, mais je ne suis pas retourné dans l'Indien». Ces sépultures anonymes, abandonnées, Dédé y pense encore aujourd'hui et se dit toujours qu'il faudrait faire quelque chose pour la mémoire de ces gens.

27 mai 2012