18 février 2012
De loin, on jurerait des pros s'entraînant sur le petit terrain synthétique du Moustoir. Tenues officielles, entraînements pointus, entraîneurs le long de la touche... 20 jeunes qui, chaque matin, bénéficient des infrastructures mises à disposition par le club. Une fierté pour eux tant ils n'ont pas toujours bénéficié de telles largesses dans leur parcours souvent chaotique.
D'ailleurs, la semaine dernière, lorsque le thermomètre affichait des températures négatives, pas un n'a «lâché». Tous ces jeunes, âgés de 16 à 23 ans et envoyés au centre par les missions locales ou la Protection judiciaire de la jeunesse, se sont pliés à la séance quotidienne de sport avant d'enchaîner sur les cours. «Ils ont besoin de se défouler, et quand ça se termine, ils aimeraient bien continuer», sourit Robert Salaün.
«Je sais pourquoi je me lève»
Originaire de Crozon, ancien joueur de D2 à Poitiers et actuel entraîneur à Royan (DH), cet ex-prof de gym travaille avec Paul Orsatti depuis 2005. Il est l'un des cinq éducateurs chargés d'accompagner les élèves dans leur réinsertion professionnelle.
«J'ai longtemps géré un institut-médico éducatif. L'insertion par le sport, j'ai pratiqué ça pendant 40 ans sans le savoir». La dernière plateforme sur laquelle Robert a travaillé était à la Courneuve (93).
«Cela a bien marché. Au début, le plus dur est de les faire se lever le matin. Ils ont leur rythme de vie à eux, se couchent à trois heures du matin». Steve, 18 ans, de Riantec, le reconnaît. «Aujourd'hui, je sais pourquoi je me lève. Je ne trouvais rien dans mon domaine, la conchyliculture. J'ai aussi voulu travailler dans la ferronnerie d'art, mais je n'ai pas trouvé d'entreprise. Alors depuis neuf mois, je ne faisais rien. La Mission locale m'a proposé ce centre, au moins j'avais quelque chose. Et payé. Cela tombe bien car je veux être entraîneur. Même s'il y a quelques tensions, l'ambiance est bonne».
Rien à faire depuis un an
Sur la touche, une jeune femme reste à l'écart. Frapper lui fait mal. «Mais on ne te demande pas de taper, juste de courir sans ballon, tonne Robert. Ne reste pas là comme ça».
«Pas de souci, je cours déjà tous les matins pour venir» rétorque, sourire aux lèvres, Kim, 22 ans. L'une des trois filles de la promotion. Mère célibataire, elle a emménagé sur Lorient il y a cinq mois en provenance de Nantes. Lorsque la Mission locale lui a proposé d'intégrer «Passion sport», elle n'a pas hésité.
«Boxe thaï, foot américain... J'ai toujours fait du sport. Et comme tous ceux qui sont ici, j'ai eu un parcours difficile. Je ne trouvais pas de boulot. Mon désir est de passer un Bac pro en section hôtelière et de partir aux USA. Les éducateurs sont toujours à notre écoute, il y a plein de petites attentions. Moi je n'ai jamais eu de soutien familial. Entre élèves, cela se passe bien, on se soutient, j'aime cet esprit d'équipe».
À quelques mètres, Jessica, Lanestérienne de 21 ans, s'étonne qu'on lui fasse remarquer son calme. «Vous ne m'avez jamais vu m'énerver», lâche-t-elle. Impulsive, c'est elle-même qui le dit, elle ne faisait rien depuis un an. Elle aimerait bien travailler auprès des enfants ou dans la sécurité mais n'a jamais passé les examens. «Quand je suis arrivé au centre, je ne parlais à personne. Je suis plutôt solitaire. Mais on a été voir ensemble Lorient-Lyon et ça nous a rapprochés».
«Ce sont des jeunes qui ont juste besoin qu'on s'occupe d'eux, assure Paul Orsatti. Il y a d'abord eu des discussions pour savoir pourquoi ils dérapaient. Maintenant, ils ont le souci d'aller vers autre chose. Nous allons entrer dans la phase d'orientation».

27 mai 2012