Lorient. Christine Lagarde baptise aujourd'hui le patrouilleur Adroit
Le baptême de l'Adroit par Christine Lagarde, aujourd'hui, ne sera pas qu'un rendez-vous protocolaire. L'OPV * marque un tournant industriel pour DCNS. Et une nouvelle stratégie qui ouvre des débouchés prometteurs aux entreprises locales.
Pierre Couëdelo, le patron de Camka System à Quéven n'imaginait pas un jour braquer sa caméra pistolet sur de dangereux pirates. Jusqu'alors, son système d'assistance vidéo à distance - VAM (Video Assisted Maintenance) - se positionnait depuis trois ans sur des marchés prometteurs dans l'industrie, le secteur pétrolier, le suivi de construction ou encore la sécurité publique. Ce procédé pionnier, basé sur l'image, rend possible des interventions techniques à distance. Bien utile, par exemple, quand une «tuile» survient en pleine mer sur une plateforme pétrolière. Le système permet de gérer la panne en temps réelen guidant la maintenance sous l'oeil d'un expert. «Un marché porteur», selon le P-dg qui ambitionne de détenir le ledearship sur le plan national.
Une application militaire des savoir-faire civils
Mais c'est le dernier né de l'équipe des sept ingénieurs basée à Quéven, qui vaut à Camka System (près d'1MEUR de chiffre d'affaires) d'embarquer sur l'OPV Gowind. «Le contact a été établi lors d'une matinale des PME innovantes à Lorienten 2010», cadre Yannick Bian. En marge des relations habituelles de donneur d'ordres à sous-traitant, l'architecte du programme OPV Gowind cherchait une application militaire aux savoir-faire civils. «En cas de rétention de pirates à bord, on doit s'assurer de l'état de santédes personnes ainsi embarquées». C'est là qu'intervient Camka System. Spécialiste de l'image, la société de Quéven commercialise la solution Mercura, une valise de télémédecine capable de prendre en charge un patient à distance. L'application, expérimentée par des médecins ruraux ou des sapeurs-pompiers en milieu isolé, complétera donc la panoplie de l'OPV. Les premiers essais auront lieu dès cet été. «L'Adroit sera doté de la dernière version Mercura qui prévoit le couplage d'un ECG-électrocardiographe sans fil», décrit Pierre Couëdelo. A bord, l'équipage sera en mesure de télétransmettre les principaux paramètres biomédicaux du pirate (pression artérielle, température, glycémie...) et d'échanger avec un médecin en temps réel sur ses signes cliniques. «C'est également un point central pour la procédure judiciaire en cas de maintien en détention», précise Yannick Bian.
40.000 EUR d'investissement pour Camka System
Pour Camka System, la relation avec DCNS va s'étendre à un système de visioconférence high-tech, couplé avec un traducteur. «On doit assurer une traduction en direct, et dans n'importe quelle langue». Au bout de la caméra cette fois, pas de médecin, mais un OPJ, censé mener l'interrogatoire. Depuis décembre2010, le dispositif est au point. «Je n'ai eu aucun mal à mobiliser le bureau d'études sur ce projet», confirme le P-dg qui met à disposition une technologie estimée à 40.000 EUR. En ligne de mire pour la société de Quéven, le marché mondial de la surveillance maritime. Et la démonstration sur les mers du globe de leur savoir-faire par la marine nationale durant trois ans. A la clé: de probables marchés juteux. «Nous ne sommes qu'au début des croisements filièresdans le pays de Lorient», avance Yannick Bian, bien décidé à faire prospérer le club des investisseurs dans le sillage de l'Adroit. Le premier d'une longue série?
(*)OPV : Offshore patrol vesse
Drone aérien: une première mondiale
Sur l'écran, la démonstration ressemble à s'y méprendre à ces joutes virtuelles en haute mer, prisées des mordus de joysticks. Un drone aérien numérisé, aux allures d'hélicoptère sans pilote, s'extrait de l'OPV l'Adroit. La forme blanche décolle avant de fondre sur un bateau suspect, détecté à plusieurs milles nautiques par le radar du patrouilleur hauturier.
Un contrôle rapide et sans risque
Arrivé à la hauteur de l'embarcation, le drone se stabilise et intime, grâce un puissant interphone, à l'équipage de s'identifier. «C'est le premier niveau d'une intervention graduée et sans risque pour l'équipage», commente Yannick Bian. Un rêve d'ingénieur futuriste? Non, une réalité bientôt pour l'OPV l'Adroit qui ambitionne de développer cette technologie innovante. Déjà en 2008, DCNS avait marqué les esprits en réalisant une première mondiale: l'appontage terrestre et naval de drone sur le bâtiment «Montcalm». La collaboration avec l'entreprise autrichienne Schiebel dépassera cette fois le stade de l'expérimentation. «Les essais débuteront dès cet automne», précise l'architecte du programme, qui compte développer cette technologie sur l'ensemble des bâtiments de la famille Gowind.
Drone aérien et de surface
Le drone, d'une autonomie de 6h de vol et d'une capacité d'intervention de 50 à 200 nautiques, sera un des atouts majeurs de l'Adroit dans ses missions de surveillance maritime et de détection des comportements suspects. «Un bateau, qui part après la marée, détaché de la flottille de pêche aura peu de chance d'échapper au contrôle», illustre l'ingénieur de DCNS qui avance un autre intérêt. «Le drone sera en mesure de filmer l'opération en continu. Pour le poste de commandement, ces informations seront des éléments de preuve». Pour compléter l'arsenal, l'Adroit pourra projeter des drones de surface. Des embarcations légères guidées à distance et dont le développement est assuré par Sirehna, une filiale nantaise de DCNS. Le patrouilleur OPV, au service des marines, des commandos et des garde-côtes, mesure 87 mètres de long. Il peut accueillir un hélicoptère et des drones. Il peut atteindre une vitesse de 21 noeuds et rester plus de trois semaines en haute mer avec une autonomie de 8.000 milles nautiques. Il est réduit à 30 personnes. L'OPV peut transporter en plus une trentaine de passagers.
Christine Lagarde, VRP de luxe de l'OPV l'Adroit
En pleine tournée internationale, Christine Lagarde, annoncée sur le site de DCNS avant sa candidature au FMI, a maintenu l'escale lorientaise sur un agenda que l'on imagine bien rempli. La ministre de l'Économie et des Finances sera la tête d'affiche du «Gowind day», une journée entièrement dédiée à l'OPV (Offshore patrol vessel) Gowind.
«Une arme décisive à l'export»
Symboliquement, la ministre procédera au baptême du navire. Construit sur fonds propres, le patrouilleur hauturier, considéré par DCNS comme une arme décisive à l'export, se positionne, avec de solides ambitions, sur le marché de la lutte contre la piraterie et de la surveillance maritime. La ministre se présentera donc en VRP de l'Adroit, dont elle entend vanter les atouts à l'export. Innovante dans son montage financier, l'opération le sera également dans sa phase d'expérimentation avec le prêt de l'Adroit à la Marine nationale qui aura la charge durant trois ans d'en faire la promotion sur toutes les mers du globe. En jeu: une qualification «sea prouven», un label sans équivalent pour sa future commercialisation. Cette journée sera aussi le cadre de plusieurs conférences sur la sécurité maritime. Une trentaine d'exposants, tous les investisseurs ou co-réalisateurs de l'OPV, seront également présents sur le site.
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