Rencontre. L'alchimie du son selon Lamour
Le Vannetais Pascal Lamour a croisé la route du Festival à plusieurs reprises. Rencontre avec un alchimiste, qui a le don d'extraire le meilleur de ce qu'il touche, pour mieux nous le restituer.Vous l'avez raté lors de la Grande parade, défilant avec le cercle de Lorient ? Mais vous avez certainement assisté aux séances de rattrapage au fest-noz de la salle Carnot ? De toute façon, vous l'avez croisé. Ici. Là. Ou dans les coulisses du Moustoir lors du championnat des bagadoù où il venait supporter ses copains de Locoal-Mendon, qui jouaient « Safar », un air de sa composition. Au Festival Interceltique, Pascal Lamour est comme chez lui. La musique, les rencontres, les échanges entre les gens : il s'en nourrit, la transforme en énergie. De là, et de son rapport particulier à la terre, naissent sans doute ses audacieuses compositions qui bousculent les airs traditionnels, à grands renforts de boucles électros et d'invocations à la transe. « Shamans of Brittany ». « Magic Chaudron ». Les titres des albums de (ou avec) Pascal Lamour éveillent en nous l'envie de passer de l'autre côté, de retrouver la magie qui guide les pas des rêveurs et des enfants. « Quand j'étais plus jeune, j'ai rêvé de la vie que je mène aujourd'hui. Je ne m'en souviens plus dans les grandes lignes, mais tout y était : la musique, le partage... je jouais quotidiennement et j'échangeais », dit celui qu'on a surnommé l'« électro-shaman ».
Multiples visages
Shaman ? Le bonhomme, jovial et affable, n'a pourtant pas grand-chose de mystique, de prime abord. De prime abord, peut-être. À bien observer et écouter, on découvre les multiples facettes d'un personnage curieux, passionné, qui se fait sonneur très tôt, devient pharmacien, rentre dans un collège druidique, mixe et produit ses disques dans son studio BNC Productions et dévore ouvrages de philosophie ou de botanique. Pas de lien dans tout ça ? Bien sûr que si : il y a l'alchimie. « Je me suis posé beaucoup de questions sur les cycles de la vie, sur les déplacements de peuples, les mutations de la langue, sur le sol qui est sous nos pieds... et j'ai beaucoup cherché », affirme l'homme, qui a dévoré les écrits de Paracelse, à l'origine de ce qu'on appelait alors la « médecine hermétique ».
Chercheur
depuis toujours
Dans son officine, c'était le côté apothicaire et scientifique qui séduisait Pascal Lamour, cherchant à extraire les propriétés miraculeuses des plantes. Plus tard, dans son studio, rien n'a vraiment changé : il découpe, cisèle, associe pour obtenir le meilleur son. « J'aime mettre ce que je trouve à disposition des gens ». La dernière trouvaille de l'alchimiste-sonneur : la première anthologie des sonneurs de Bretagne, en deux volumes (dont le deuxième à paraître). « C'est un disque pour les Bretons, pour ceux qui veulent découvrir la musique authentique des Bretons. C'est aussi un disque sur les sonneurs et leur rapport avec leurs instruments », dit-il, avant de décrocher pour un autre entretien, sur d'autres recherches. Mais vous l'avez sûrement vu passer, en quête de sa pierre philosophale qui sonne comme la Bretagne d'autrefois et d'aujourd'hui... La Bretagne de toujours.