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Danse. Les Lorientais invités sur scène

30 décembre 2011

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Cette année, deux grands projets vont permettre à Madame et Monsieur Tout le monde de danser et monter sur scène. Boris Charmatz et Dominique Jegou invitent les Lorientais à participer, surtout ceux qui n'ont jamais dansé...

Ce sont deux beaux projets participatifs que met en place le Théâtre de Lorient cette année, dans la droite ligne de la longue résidence de Patrick Le Doaré, en 2006. Deux invitations, destinées à une vingtaine de personnes n'ayant jamais dansé, pour Boris Charmatz, et à une douzaine de personnes, danseurs amateurs ou ayant une activité sportive, pour Dominique Jegou. Les deux chorégraphes proposent deux rendez-vous, pour faire connaissance, découvrir leur travail et éventuellement se choisir, ensemble, les samedis 21 et 28janvier. Les personnes retenues devront pouvoir s'engager à participer à toutes les séances prévues dans le calendrier (une vingtaine de rendez-vous de mars à mai) ainsi qu'à la présentation finale au Grand théâtre, le mardi 29mai.

Merce Cunningham avec Boris

Un danseur exceptionnel et une belle personne. Simple, ouvert, enthousiaste, bourré d'énergie, Boris Charmatz a le vent plus qu'en poupe. Artiste associé au Festival d'Avignon, il a bouleversé les spectateurs qui ont vu son travail avec des enfants. Nouveau directeur du Centre chorégraphique de Rennes, il en a fait un «Musée de la danse» et depuis quelques années, il fait aussi participer ceux qui n'ont jamais dansé. À Lorient, c'est Maud Le Pladec, danseuse associée, qui mènera le projet «Roman photo» issu de «Flip book», pièce pour danseurs professionnels.

Les pros dans «Flip book»

Les deux versions du spectacle sont tirées de «Merce Cunningham, un demi-siècle de danse» un livre retraçant la carrière de cet immense chorégraphe, dont Charmatz a utilisé les photos pour en faire un spectacle. «50ans de son travail sont compactés en cinq jours de travail et 50minutes de spectacle. Les danseurs apprennent les 300photos dans l'ordre, et inventent ce qu'il y a avant et après: courir, sauter, se réceptionner... Ce n'est finalement pas plus absurde que les méthodes de Cunningham, qui utilisait le hasard et l'aléatoire, avec le Yi King».

Les amateurs dans «Roman photo»

Même principe pour la deuxième version, qui sera travaillée à Lorient avec une vingtaine de personnes n'ayant jamais dansé. «L'idée : "donner" Cunningham, une danse virtuose et technique, à "n'importe qui", c'est-à-dire à tout le monde. On entend souvent les gens dire: "Ah moi je ne sais pas danser", mais tout le monde danse dans sa tête! Et en Bretagne, tout le monde danse, en famille ou en boîte de nuit! À Rennes, les gens ont adoré faire ce projet. Nous, on ne va pas préparer les corps, on table juste sur leur énergie. Les gens vont se répartir les photos et les danser. Ils vont incarner une oeuvre et rentrer chez eux avec...»

Action avec Dominique

Chorégraphe et interprète, à la fois discret et pétillant, Dominique Jegou a collaboré avec deux grands noms de la danse contemporaine, le regretté Dominique Bagouet, disparu à l'âge de 40ans, et la grande Trisha Brown, figure de la danse postmoderne. Très impliqué dans la formation et la transmission, Jegou travaille depuis quelques années autour de l'accumulation, une technique chère à Trisha Brown. Une action (mouvement, geste, dansé ou non) débute un cycle, qui se construit avec l'addition d'une autre action, puis d'une autre, etc. Une chose nouvelle chaque jour qui construit peu à peu une danse. «Le dernier projet a eu lieu à Tours et a duré huit mois! 23personnes, de 20 à 70ans, qui n'avaient jamais dansé. Un défi: chacun faisait ses actions chez lui, les notait, puis on se voyait une fois par mois pour se transmettre les gestes à chacun». Par la suite, Dominique Jegou a continué ce même projet seul, une année d'actions, de janvier2011 à janvier2012.

Bonne condition physique

«J'ai décidé de travailler avec moins de personnes, pour bosser intimement avec chacun, être plus proche. Une douzaine de personnes, des amateurs, des danseurs bien sûr, mais pas forcément... Des gens ayant un peu d'habileté, ayant une pratique de sports pas trop calibrés, peut être des arts martiaux ou des sports collectifs. En tout cas, en bonne condition physique, et surtout, étant joueurs et aimant jouer! Le but est de créer un groupe équilibré constitué de personnes issues de ces différents horizons. À Lorient, je pense que le projet sera finalement un peu différent de l'accumulation, et jouera sans doute plus sur des règles d'action, des protocoles de jeu, qui entraîneront dans le mouvement».Pratique Il faut s'inscrire pour participer aux «auditions» puis ensuite, selon les choix de chacun, participer aux ateliers. Tout est gratuit. Pour Dominique Jegou, tél.02.97.02.23.15 ou accumulation@letheatredelorient.fr. Pour Boris Charmatz, tél.02.97.83.45.35 ou romanphoto@letheatredelorient.fr

  • Isabelle Nivet

Les danseurs entrent dans des lieux clos

Depuis quatre ans, l'hôpital de Port-Louis pratique la «culture à l'hôpital» avec de nombreux projets visant à faire entrer arts plastiques ou danse dans ces lieux souvent très clos. En 2009, le collectif Le Pôle, alors en réflexion sur le corps de danseur vieillissant, dans sa création «Seniors», avait proposé de travailler au sein de l'établissement, via des ateliers et des impromptus nommés «Danses en chambre».

Retrouver le mouvement

Ayant constaté les bienfaits de ce dispositif, l'hôpital, via sa chargée de projet, Claudie Manceau, a proposé à d'autres lieux de se joindre à lui, et c'est aujourd'hui un groupe de sept structures qui accueille des artistes. Les Ehpad (1) de Lanester, Locmiquélic et Kervénanec, les hôpitaux Bodélio, Charcot et de Port-Louis, et la prison de Ploemeur (cour promenade) ont commencé à recevoir les danseurs en cycles de sept séances. «Nous avons constaté à quel point cela a touché les gens. Des personnes âgées qui ne dansaient plus se sont mises à bouger avec les danseurs qui improvisaient, des contacts se sont faits, des mains se sont tendues. Des choses minimales, mais qui permettent de retrouver le corps autrement que par le soin. Il n'y a pas d'intrusion. Les gens sont prévenus de la présence des danseurs. S'ils veulent les voir, il leur suffit de laisser leur porte ouverte», explique Claudie Manceau.

Un mémoire

Le dispositif, s'il est tout bénéfice pour le patient, l'est aussi pour le soignant, qui va ainsi regarder autrement son environnement et «réinterroger ses pratiques professionnelles. En conséquence, nous avons associé à ce dispositif un projet Action et recherche, mené par un universitaire, Mamadou Sané Karfa, enseignant chercheur à Nantes, sociologue de formation, qui va réaliser un mémoire, de septembre2011 à décembre2012. Le but: démontrer que dans ces milieux clos, où l'on ne peut aller soi-même vers l'art, l'accès à l'offre culturelle relève de la politique publique. À la suite du mémoire, c'est l'écrivain Ricardo Montserrat qui prendra le relais et réalisera un livret, un objet artistique avec les participants, un texte que nous souhaiterions le voir mettre en scène plus tard», précise Claudie Manceau.

(1) Ehpad: établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.
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