5 février 2012
Elle a le sourire éclatant de ceux qui sont nés au soleil. Milanaise de naissance, mais Cornouaillaise d'adoption, Cecilia Ferrario ressemble aux Italiennes imaginées, tirées à quatre épingles, aux longs cheveux bruns et bouclés. Pourtant, à force de côtoyer les Français, la danseuse de Concarneau a oublié ces fondamentaux qui font des Italiens ce qu'ils sont: elle a abandonné les petits cafés bien serrés pour boire des allongés. «Shocking!», diraient les Britanniques.
«Plus proche de Dieu»
Issue d'une famille bourgeoise de Milan - une cité sans cachet apparent qui cache tout de même dans l'une de ses églises «La Scène» du maître Leonardo da Vinci- c'est sur le tard que Cecilia découvre la danse. «J'ai pris mes premiers cours, à 17 ans, avec une grande dame de la Scala», se souvient-elle. «J'ai ensuite étudié au Centre international de la danse à Paris. Dans les années 80, la capitale regorgeait d'écoles de ce genre. C'était à la mode». Ne connaissant personne à Paris, la jeune Italienne est logée dans une congrégation de soeurs missionnaires à la retraite. «Je leur avais caché que je faisais de la danse pour ne pas les choquer. Et puis, elles m'ont rassurée lorsque l'une d'entre elles m'a dit que la danse me permettait d'être plus proche de Dieu», précise-t-elle, amusée.
Passion chorégraphique
Plus tard, à Londres, Cecilia se spécialise dans la danse contemporaine et plus particulièrement la danse contact développée aux States, dans les années 70. «À l'époque, cette danse était pratiquée dans les dojos, parce qu'elle utilisait la gestuelle des arts martiaux. L'idée était d'être à l'écoute de son corps, de prendre conscience de la matière, des contraintes physiques. Je me suis retrouvée avec une bande de fous géniaux». Après Londres, les Pays-Bas où s'affirme sa passion pour la chorégraphie. «Là-bas, j'ai appris l'autonomie, l'indépendance d'esprit. J'y ai rencontré des élèves originaires de tous les endroits du monde, des Indiens, des Nord-Américains, des Autrichiens».
«Il est dangereux de...»
Finalement, au milieu des années 90, l'amour l'emmènera jusqu'à la fin de la terre - le Finistère - décrite par César et les historiens de Rome. La néo-Bretonne fait ses premiers pas de danse avec la troupe quimpéroise de Patrick Le Doaré. En 2002, elle crée sa propre compagnie basée à Concarneau, «EPericoloso sporgersi». En français, «Il est dangereux de se pencher (dehors)»... Cecilia est intarissable lorsqu'elle parle de son art. Et sans doute, si on la laissait faire, elle en parlerait jusqu'au bout de la nuit. Un grave accident de la route aurait pu tarir cette verve, il y a neuf ans. Elle en a d'ailleurs gardé quelques stigmates. Surtout des questionnements sur la souffrance, le destin, le choix individuel qu'elle met aujourd'hui au service du sel de sa vie: la danse.

27 mai 2012

27 mai 2012