12 septembre 2009
Depuis les prélèvements effectués sur la forêt fossilisée de la plage des Sables-Blancs en 2006, les résultats de sa datation étaient attendus. Les premières dates sont tombées.
En période de grande marée ou de forte tempête, la plage des Sables-Blancs laisse apparaître, sous le sable, une couverture sombre constituée de tourbe, des trous, ainsi que des troncs couchés. Pendant ces périodes exceptionnelles, se révèlent aux yeux du promeneur les vestiges fossilisés d'une forêt remontant en des temps où le niveau de la mer était plus bas.
Deux types de peuplements successifs
Le 31mars 2006, en collaboration avec une équipe de chercheurs de l'Université de RennesI, les services techniques de la Ville, le service du patrimoine et l'Université du temps libre, il a été décidé d'effectuer des prélèvements sur cette forêt des temps anciens pour lever le voile sur son âge. «Les premières observations faites sur le terrain ont révélé deux types de peuplement successifs, avec d'abord une forêt de bois blanc qui s'adapte plutôt à un milieu humide, composée d'espèces comme le saule. Par la suite, un assèchement climatique va favoriser l'installation d'autres essences, principalement des chênes, qui s'adaptent à un milieu plus sec», explique Anne-Flore Marziou, responsable du service du patrimoine. Les prélèvements des chercheurs ont été effectués essentiellement sur la deuxième phase de peuplement, celle des chênes, puisque pour la première phase, les restes étaient insuffisants pour effectuer des analyses probantes.
La forêt la plus occidentale
Tout un dispositif se met alors en marche. Une pelleteuse arrive sur les lieux pour effectuer des tranchés afin d'extraire les troncs d'arbres et faire des prélèvements dans la tourbe qui serviront à des analyses, notamment du pollen. Une fois à l'air libre, une dizaine de troncs fossilisés sont tronçonnés pour servir aux études de datation. Deux dispositifs vont alors être utilisés pour dater la forêt. D'une part, un laboratoire québécois va analyser le taux de carbone 14 contenu dans les échantillons prélevés. Les chercheurs savent qu'une fois mort, un organisme vivant perd son carbone14 à un rythme déterminé. D'autre part, l'étude des cernes des troncs, appelée dendroarchéologie, permet également, à l'aide de comparaisons, de déterminer un champ chronologique. Prises en charge par l'Université du Temps Libre, les analyses ont donné leur verdict: la forêt de chêne existait il y a plus de 5.000ans, à l'époque des grands dolmens et aurait disparu il y a plus de 4.000 ans, au moment de la montée des eaux. La forêt des Sables-Blancs est, pour cette époque, la forêt littorale la plus occidentale des sites connus à ce jour.
Encore des interrogations
Comme souvent dans ce type d'enquête sur un passé très ancien, des questions restent en suspens. L'analyse des échantillons a révélé deux tranches chronologiques espacées de 400ans. Les chercheurs vont maintenant chercher à comprendre ce qui s'est passé pendant ce laps de temps: est-ce que la forêt continuait d'exister pendant ces 400 ans manquant et alors, ce serait le hasard des échantillons qui aurait creusé un vide chronologique, ou alors la forêt a disparu pendant 400 ans avant de renaître, mais alors pourquoi cette disparition? À n'en pas douter, la forêt des Sables Blancs refera parler d'elle.
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