6 février 2012
Quatre hommes investissent le ring vert délimitant leur espace. Deux d'entre eux, coiffés du masque de cuir des boxeurs, les épaules protégées par d'étranges épaulettes style guerre des étoiles, vont s'affronter du regard, se mesurer, se jeter réciproquement à terre. Bien sûr, il y a là une violence, qui ramène à l'éternelle histoire du monde. Mais derrière tout cela, les quatre acteurs de ce magnifique «Face Nord», nous parlent d'exploit, nous racontent comment à tout moment ils «jouent» à dépasser leurs limites physiques. Deux contre deux, en solo ou tous ensemble, ils construisent d'acrobatiques figures, qui laissent les spectateurs pantois. La force, l'énergie qui les habitent les conduits à bâtir d'humaines pyramides, à jouer indéfiniment avec l'équilibre. C'est à tout moment poétique et beau. Parfois, ils entament une course en aveugle, courent sur le bord du tapis encore une fois à la recherche d'un équilibre fragile. Parfois, prêts à la bataille, les yeux dans les yeux, ils se guettent, attendent avant de déclencher un geste vengeur. Et puis, la querelle apaisée, voici qu'ensemble, ils bâtissent une étrange balance penchant indéfiniment à droite, à gauche. Quelle virtuosité!
Force et grâce réunies
La violence des figures et la force qu'elles exigent sont à tout moment contrebalancées par la douceur de la bande musicale qui les accompagne. Un doux lied de Schubert, une sorte de sarabande déchaînant le clavecin, quelques phrases d'un piano. La musique apaise l'atmosphère et vient adoucir le climat. Au fur et à mesure de la soirée, les figures se corsent, le spectacle se fait plus exigeant. Les acrobates, à nouveau, se lancent d'incroyables défis. D'autres pyramides les font grimper haut, très haut, les corps se suspendent étrangement. Autour du ring on retient son souffle. Des oh, des ah, admiratifs saluent de véritables exploits. On sent les muscles tendus et pourtant les gestes demeurent souples, gracieux. On sort de là béat d'admiration, certains, venus au théâtre rien que pour le cirque, promettent d'y revenir. Pari gagné!