5 juin 2011
Chaque jeune génération s'est construite dans une contre-culture. Acte de rébellion, besoin d'existence, le phénomène n'est pas nouveau. Si on remonte dans les années 70, la mode était aux cheveux longs pour les hommes dans le sport ou la musique. Johan Cruyff, Dominique Rocheteau, Georges Best en football, Mick Jagger, Jim Morisson, Julien Clerc avec Air pour la musique, tous ont été idolâtrés par la jeunesse pour leur prouesse technique mais aussi pour leur look. L'histoire est un éternel recommencement, paraît-il. En 2010, Léo Messi, Cristiano Ronaldo, David Beckham en sport ou Lady Gaga, Angelina Jolie, Éva Longoria dans le show-biz ont tous un point commun. Ils ont tous des tatouages.
«Le tatouage a changé ma vie»
Cette mode est en effet perceptible chez les jeunes, même si Ségolène, 36 ans, tatoueur à Roztatoo-clothing se refuse à faire cet amalgame. «La moyenne d'âge tourne autour des 30-35 ans. Ça va de 17 à 67 ans. Nous touchons tous les secteurs socioprofessionnels. La tendance? Elle va au tribal, au très coloré ou au old school, qui rappelle les années 50. Les gens cherchent à ce que le tatouage soit grand et visible. Il y a beaucoup moins de symbolique et de réflexion aujourd'hui. On est moins dans le préjugé et l'interdit. C'est entré dans les moeurs». Pour Céline, 25 ans, le tatouage a été vécu comme un acte de dépassement. «J'ai beaucoup souffert d'une timidité maladive. Dans les discussions à plusieurs, je m'effaçais toujours jusqu'au jour où je me suis fait tatouer"I am shy" (Je suis timide), au cou. D'un seul coup, j'avais la sensation d'être devenu visible aux yeux de tout le monde. Je l'ai fait à 20 ans. J'en ai 25 aujourd'hui. Je dirige une équipe de dix personnes en tant que chef de projet. On me l'aurait dit en 2006, je ne l'aurai jamais cru».
«Chaque personne est unique»
Thierry, 47 ans, est amusé de cette évolution. «À mon époque, on se faisait un tatouage avec deux ou trois aiguilles. C'était mal vu dans les années 80 d'en avoir un. Ceux qui en avaient un, c'étaient les marginaux, les délinquants... ». Par contre, le revers peut parfois être brutal. «J'ai un ami qui s'était fait tatouer le nom de sa copine pensant que ça serait pour la vie. Maintenant, il est avec une autre fille. Mais le tatouage est resté (rires)», admet Maureen, 25 ans. Assise sur un banc à la gare, Virginie, 23 ans, est aussi dubitative sur la question du tatouage. «Je me vois mal avec une tête de Johnny Hallyday sur mon biceps (rires). Par contre, j'aime les tatouages maoris ou chinois. Ce qui rebute? Le côté définitif du tatouage. Par contre, je m'en suis fait plusieurs fois un au henné». Dans son magasin Forbidden Colors rue de la Providence, Anthony, 33 ans, est dans le milieu depuis une grosse décennie. Il est un adepte du sur-mesure. «Pour moi, c'est très important de dissocier piercings et tatouages. Ce sont deux activités différentes. La lettrage, l'asiatique et les old schools marchent très forts. Le tatouage reste dans le symbolisme. Chaque personne est unique. Et c'est cette différence qui s'exprime sur son corps. Quand une personne entre, on sent tout de suite quel tatouage ira sur lui ou elle».