27 octobre 2009
Trente ans de vie conjugale conflictuelle. La plupart du temps, elle subit. Et puis, en avril2009, elle blesse son époux d'un coup de couteau.
Un retraité sanguinolent qui appelle à l'aide des clients d'un bar de Douarnenez, ce 10avril 2009: c'est le début d'une complexe et douloureuse affaire de violences conjugales, qui a peut-être trouvé son épilogue, hier, devant le tribunal correctionnel de Quimper.
«Je l'ai supporté toute ma vie»
À la barre, une petite femme âgée de 58 ans, entièrement dévouée à son époux. Ce matin-là, à peine levée, elle a commencé à préparer un pot-au-feu. Elle découpe les légumes et la viande. Lui s'est mis à faire un jeu de patience et il l'insulte. «Je ne veux pas voir ta gueule», répète-t-il. Il est rentré à 2h du matin, la veille, complètement ivre. Elle s'est d'ailleurs levée pour lui réchauffer son dîner. «Je l'ai supporté toute ma vie», explique-t-elle aux juges. Soudain, elle ne peut plus. Il arrive derrière elle. Il lui saisit les cheveux et il lui demande de lâcher son couteau. Elle s'exécute mais en prend aussitôt un autre. Ensuite, les versions divergent. Elle raconte s'être retournée et, «dans le mouvement», lui avoir ouvert la cuisse. Mais la plaie est nette, d'une profondeur de 8 centimètres et l'angle du coup semble démontrer qu'elle a frappé de face. «Il s'en est fallu de peu que votre mari ne trouve la mort», commente le président Quinquis, qui relate que l'artère fémorale a bien failli être tranchée. «On est passé très près de la cour d'assises», tance le procureur, qui ne croit pas à sa version. Il requiert «une épée de Damoclès - six mois avec sursis - afin qu'elle réfléchisse à deux fois avant de rejouer avec des couteaux devant son mari».
«Sans moi, il ne peut vivre»
L'époux s'en est sorti avec huit jours d'hospitalisation et 21 jours d'arrêt. Il est revenu, lui a fait une bise et a demandé à reprendre la vie conjugale. Elle a dit oui. Le président s'en étonne: il exhume des certificats médicaux à foison, qui décrivent des hématomes, des lésions corporelles en tous genres, en 1997, 1998, 2000, 2006... À la différence qu'à chaque fois, c'est elle la victime. Elle balaie tout ça, dit qu'elle ne veut pas divorcer, mais s'occuper de lui, particulièrement depuis qu'il souffre d'un cancer généralisé. «La crainte, c'est une sorte d'engrenage qui aboutisse à des conséquences beaucoup plus graves», s'inquiète le magistrat. «Je veux dire que je regrette beaucoup. Tous les jours, je m'occupe de lui. Sans moi, il ne peut vivre», lui répond-elle. Son avocate, Me Potier la défend avec conviction: «Elle est très soumise et c'est elle qui se retrouve à répondre de violences. C'est triste. La condamner à une peine avec sursis, c'est donner libre cours à toutes les violences conjugales. Le mari aura le beau rôle!». Elle plaide la relaxe, ou, à tout le moins, sollicite la requalification en coups et blessures involontaires. Sa cliente est condamnée à quatre mois avec sursis.
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