20 avril 2009
Les faïenceries quimpéroises n'ont pas vécu en vase clos. L'air du temps a déteint sur les émaux des artistes. C'est le principal enseignement du passage en revue des faïences mises aux enchères, mercredi. Toutes ont été façonnées entre la fin du XIXesiècle et les années 70-80.
De 10 EUR à 4.000 EUR
«C'est une vente qui comprend des assiettes, des tasses, mais surtout des pièces artistiques, avec nombre de créations», commente Me Philippe Jamault, qui les a expertisées une à une. Il ne résiste pas au plaisir de détailler quelques oeuvres, comme cette tête d'enfant émaillée par Giovanni Léonardi (1876-1957). «Un sculpteur connu pour ses sujets allégoriques», précise-t-il. Il l'a estimée entre 1.500 EUR et 2.000 EUR. Autre exemple du large spectre d'inspiration des artistes, une pièce phare de la vente: un vase de Ray Scherdel. Il porte un décor très «art déco», «ce qui prouve qu'à Quimper, on n'a pas fait que du personnage breton. On a laissé place à l'imaginaire des créateurs venus d'ailleurs». Nicot, Paul Fouillen, Sevellec... «C'est très complet et très riche, avec des pièces valant de 10 EUR jusqu'à - j'espère- 3.000 à 4.000EUR», sourit l'expert. Les décors de la manufacture de Quimper-Keraluc, créés par Paul Yvain et Pierre Toulhoat pour ne citer qu'eux, sont aussi en nombre. «Ce ne sont pas forcément les plus recherchés actuellement, ce qui permet de les collectionner. Cela prendra sans doute de la valeur», prophétise Stéphane Grizon, responsable de salle.
Assiettes et «secouettes»
Même si leurs thèmes d'illustration sont plus conventionnels, les objets usuels ne sont pas les parents pauvres de cette vente: une assiette Porquier, décorée des cribleuses de Pont-l'Abbé, faite sur commande entre1880 et1900, vaut aujourd'hui entre 1.200 et 1.500 EUR. Stéphane Grizon exhume plus volontiers une autre assiette Porquier, représentant un mulot des champs grignotant de l'orge. «Le décor est rare et elle date aussi du XIXesiècle. Elle est estimée entre 1.500 EUR et 1.800 EUR». Un pichet, présenté à l'exposition coloniale, figure également en bonne place. Sans compter que la vie de tous les jours s'ouvre parfois, elle aussi, à quelques incongruités. Comme ces flacons à parfum, rehaussés d'un bouchon en argent, conçus sur le modèle des blagues à tabac. «J'avais eu vent de leur existence grâce à la littérature. Je n'en avais jamais vus», ajoute Philippe Jamault. Ou, plus amusant, les «secouettes», petits réceptacles de tabac à priser, dont l'une, en forme de fleur de lys, est évaluée entre 800 et 1.000 EUR.
24 mai 2012 à 08h13