27 janvier 2012
Dans l'ouvrage publié en 1957 et intitulé «Du monde clos à l'univers infini», le philosophe Alexandre Koyré relate, à travers une approche historique des sciences, le changement de perception dans notre rapport au monde. Marc Bembekoff en a tiré le titre de cette nouvelle exposition dont il est le commissaire et où il met en perspective l'univers de deux figures du cinéma expérimental, et les pratiques de jeunes artistes d'aujourd'hui. À travers son oeuvre «Crossroads» (1974), BruceConner révèle le côté apocalyptique mais aussi hypnotique des images des essais nucléaires effectués et filmés par l'armée américaine sur l'atoll de Bikini. «C'est un petit traité contre l'arme nucléaire et la guerre froide», souligne Marc Bembekoff. Dans un tout autre style, le film de Paul Shartis «Mandala/End war» (1966) est lui aussi un manifeste pour la paix alors que les États-Unis sont en pleine guerre du Vietnam. Il utilise lui la couleur et joue sur l'effet de persistance rétinienne pour impliquer le spectateur.
Des allers-retours dans l'histoire du cinéma
Qu'ils s'inspirent consciemment ou non de l'Expanded cinema, qui va à l'encontre des formes traditionnelles de narration cinématographique, la dizaine de jeunes artistes sélectionnés questionnent eux aussi nos modes de représentations du monde. La Britannique Elizabeth MacAlpine explore la construction de l'image cinématographique avec ses chambres obscures. Le Tchèque Zbynek Baladran, présent à la dernière Biennale de Lyon, a créé sa vidéo «Act of Repeating» à partir de films éducatifs sur les grandes découvertes technologiques glorifiées par le parti communiste. Le Finlandais Runo Lagomarsino a porté son regard sur «La bataille d'Alger» de Pontecorvo, réutilisé par l'armée américaine pour établir des points de comparaison avec la situation en Irak. La Sicilienne Rosa Barba s'intéresse aux films, aux scénarios mais aussi aux modes de projection. L'oeuvre «Optical Disillusion» de Steven Pippin, sorte de Géotrouvetout, est un clin d'oeil à ces images qui deviennent le centre du monde. Julien Crépieux offre, lui, une relecture du film «Blow-Up» d'Antonioni dans une vidéo qui reprend la bande-son sur fond de démultiplication des images. Ou encore Vesna Pavlovic, une artiste serbe qui vit aux États-Unis a, elle, récupéré la collection de diapositives d'une famille américaine. Des images de vacances et de voyages réalisées dans les années 60 qu'elle projette simultanément grâce à une petite armée d'appareils et «qui remettent en question, encore une fois, les théories post-coloniales et permettent de décentrer notre point de vue». Pratique Exposition «Du monde clos à l'univers infini», au Quartier, du mardi au samedi de 10h à 12h et de 13h à 18h et le dimanche de 14h à 18h. Entrée: 2 EUR, gratuite pour les étudiants (-26 ans), demandeurs d'emploi et seniors. Entrée libre pour tout le dimanche.
