26 janvier 2010
Vous, ex-gendarme, de quelle manière vous êtes vous retrouvée confrontée au jeu du foulard?
De manière indirecte. Je suis donc retraitée de la gendarmerie depuis un an. J'appartenais auparavant à la Brigade de prévention de la délinquance juvénile de Rennes. J'avais eu l'occasion de rencontrer Françoise Cochet, présidente de l'APEAS (Association des parents d'enfants accidentés par strangulation).
Comment avez-vous ensuite franchi le pas?
J'ai décidé de m'investir, tout simplement. Je suis aujourd'hui déléguée de la région Bretagne pour l'APEAS. C'est ainsi que je suis devenue l'interlocutrice de M.et MmeTrépos, lorsque leur fille est décédée. Comme eux, je pense que ce phénomène ne peut être enrayé que par la prévention. C'est la seule arme. On met les enfants en garde contre l'alcool, la drogue. Et malheureusement, on est impuissant devant le phénomène des jeux dangereux car on les ignore. Quel parent connaît ?l'été indien?, ?le rêve bleu?, ?le cosmos ?? C'est toujours le même principe pourtant: des ?jeux ?qui amènent à ressentir des sensations fortes, des visions hallucinatoires, sans avoir conscience du danger.
Jeu du foulard: l'expression est presque anodine...
Le terme est à mettre entre guillemets. Les spécialistes les appellent jeux d'évanouissement ou jeux d'expérience. Derrière ce terme se cachent des pratiques qui n'ont rien d'innocentes. Elles peuvent entraîner des séquelles irréversibles, voire la mort. On devrait mettre en garde et poser comme principe non négociable de ne pas jouer avec sa respiration.
Quel est le plus sûr rempart contre le recours à ces pratiques?
Je reste convaincue que les parents sont les plus à même de reconnaître les signes précurseurs, qu'ils soient physiques - traces rouges dans le cou, maux de tête - ou comportementaux - agressivité soudaine, découverte d'un foulard ou d'une ceinture oubliée au pied du lit...
Y a-t-il des jeunes plus prédisposés à ces prises de risque?
Non. Ces jeux peuvent séduire tous les enfants. Ils sont d'ailleurs connus depuis longtemps. À preuve, l'Association des parents d'enfants accidentés par strangulation date des années 50. Le premier cas recensé concernait un enfant de 7ans... Et selon une enquête Ipsos réalisée en 2007, 28% des enfants de plus de 15 ans ont déjà expérimenté un jeu dangereux. Ils sont 48% chez les 10-14 ans. Parallèlement, ils sont 29% chez les 6-10 ans à avoir déjà joué au jeu de la tomate, qui consiste à se couper la respiration le plus longtemps possible pour devenir le plus rouge.
Ne craignez-vous pas qu'en parlant de ces pratiques, vous pourriez générer de la curiosité?
La meilleure façon de mettre un terme à ces pratiques, c'est d'en parler. Les jeunes ne nous attendent pas pour découvrir autre chose. Le silence développe le fantasme et cautionne l'attirance. Mieux vaut une explication simple pour dissuader les jeunes de tester un jeu dont ils ignorent les dangers».