25 février 2009
Immersion aux Urgences quimpéroises du centre hospitalier de Cornouaille, lundi, pendant plusieurs heures. Flux continus, parfois très denses dans un hôpital suroccupé. Et un service physiquement peu adapté. Mue attendue d'ici à 2012.
«J'ai mal dans le haut des fesses, je vous en prie aidez-moi!», supplie une vieille dame qui vient d'entrer, sur un brancard, dans le sas des Urgences. Lundi, vers 16h45. Une jeune ambulancière lui donne la main. Stéphanie, infirmière dédiée à l'accueil dans le service, prend le relais. La vieille dame a fait une chute dans une maison de retraite. Suspicion de jambe cassée. «Vous êtes à l'hôpital madame, nous allons nous occuper de vous tout de suite.» Le dialogue s'instaure. La nonagénaire (98 ans) raconte un peu sa vie. Ses mots disent vite qu'elle se sent perdue ici. Stéphanie file préparer le dossier.
«Souvent difficile à faire comprendre»
À cette heure, la quinzaine de boxes des Urgences est occupée, plusieurs personnes patientent dans la salle d'attente et une poignée dans le «carré chinois», espace de transition réservé aux personnes allongées. La vieille dame ne le rejoindra pas, ce «carré chinois». Le «tout de suite» de l'infirmière confirme une priorité. «Nous faisons la part de ce qui est urgent de ce qui l'est moins. C'est ce qui est souvent difficile à faire comprendre aux gens convaincus que leur cas est le plus urgent.Mais c'est indispensable», commentent Stéphanie et Joëlle, autre infirmière d'accueil ce lundi. Elles effectuent aussi un premier tri par filière de soins: médecine, traumatologie, pathologies spécifiques (ophtalmologie par exemple). Ces informations-là , les médecins des Urgences les retrouvent en temps réel sur les ordinateurs du service. Un clic suffit pour consulter un dossier. «Tout de suite, nous avons une idée assez précise de la prise en charge qu'il faut prévoir. Prise en charge médicale mais aussi, de plus en plus, sociale», indique Bruno, un urgentiste qui opère alors le choix du prochain patient. «Avec une tendance lourde dans notre société vieillissante, l'admission de plus en plus de personnes âgées», complète Patrick, un autre médecin.
Casse-tête des lits d'aval
Tant et si bien que chaque après-midi, une infirmière et une assistante sociale de l'Unité mobile d'évaluation gérontologique (Umeg) de l'hôpital apportent un soutien aux équipes des Urgences. Alexandrine est infirmière à l'Umeg. On la retrouve au «chevet» d'une dame âgée de 89 ans qui attend, dans le couloir principal des Urgences, un transfert vers un service d'hospitalisation. «Nous essayons de les aider à cerner, de la façon la plus globale possible, l'environnement de la personne âgée, afin de bien mesurer les incidences d'un transfert vers tel ou tel service ou d'un retour au domicile, de préparer au mieux l'étape suivante», témoigne l'infirmière. La destination suivante se révèle souvent un casse-tête, particulièrement en période de suroccupation de l'hôpital. Niveau 3 ce lundi. Stade d'avant «Plan Blanc». Au poste de soins, Nathalie vient d'actualiser le tableau des lits disponibles pour les urgences dans les autres services de l'établissement. À 14h30, 26 lits le seraient. «Quinze liés à l'activité normale et onze supplémentaires pour répondre à la forte activité», décrit-elle. Sa préoccupation: trouver la meilleure adéquation entre la pathologie d'un patient et le service vers lequel il sera transféré. «Pas toujours simple, commente Stéphanie, autre cadre de santé. Il y a beaucoup de négociations avec les services. Chacun active aussi ses réseaux».
«Pouvez-vous me dire où je suis?»
Dans le couloir principal, une femme pleure, assise sur un brancard. Entourée de ses proches. Épuisée, dans l'attente d'un transfert, justement. On vient lui servir un repas. Un homme est aussi en stand-by depuis quelque temps. Une voix aiguë retentit «rue de la paix», une courte portion de couloir au coeur du service. «Pouvez-vous me dire où je suis? À l'hôtel?» s'exclame la vieille dame entrée aux Urgences vers 16h45. Il est 18h30. Une jeune soignante la réconforte, lui indique qu'elle va bientôt monter au 6e étage, en traumatologie. Entre-temps, la nonagénaire a été rapidement prise en charge par Matthieu, un interne. Diagnostic après radio: fracture. Intervention chirurgicale à suivre. «Oh la la! Le 6e étage! Mais comment je vais faire!» 19h. Les allées et venues des soignants s'accélèrent. Une nouvelle file d'entrants hétéroclites se profile face au comptoir de l'accueil. Plus dense, celle-ci. «Classique le soir, notamment le lundi», confie Stéphanie. Une réflexion commune de Patrice et Patrick, deux médecins des Urgences, résonne plus que jamais:
«Notre gros problème, c'est que l'usager vient trop souvent aux Urgences par réflexe ou par défaut, parce qu'il a le libre choix de l'hôpital public, parce que hors urgences vitales, il n'y a pas de régulation en amont». Face à ce «désordre» à l'extérieur, le service fixe une règle à l'intérieur. Affichée sur un pilier de l'entrée: «Le médecin des Urgences décide de la priorité des soins... Plus c'est grave plus ça va vite!»
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Le médecin des Urgences décide de la priorité des soins... Plus c'est grave, plus ça va vite!»
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