14 octobre 2009
Des salariés ont cessé le travail, hier, à l'usine quimpéroise d'Entremont-Alliance. Par solidarité avec leurs collègues carhaisiens et pour une harmonisation européenne du prix du lait.
«Nous allons observer dix heures d'arrêt de travail, cinq heures par salarié et cinq heures pour les chauffeurs des camions de collecte de lait que nous appelons à ne pas faire la tournée de l'après-midi», indiquait, hier matin, Jean-Pierre Trouboul le délégué central CGT d'Entremont-Alliance. «Il n'y aura donc pas de fabrication d'Emmental, ni de cheddar ni de poudre de lait de la journée», assurait-il hier vers 11h, alors qu'une vingtaine de salariés débrayaient devant l'usine qui fonctionne en 3x8. La direction a confirmé, dans l'après-midi, l'arrêt des ateliers de fromagerie, mais indiquait que les collectes de lait s'étaient «déroulées normalement jusqu'à maintenant» (15h30). «Nous ne serons jamais très nombreux en même temps, une quarantaine au plus à la rotation des équipes, mais nous tenions à exprimer notre solidarité avec nos collègues de l'usine de Carhaix», indique le secrétaire CGT du comité de groupe Entremont-Alliance.
«Victimes silencieuses»
Une centaine de salariés du service préemballé de Carhaix vont, en effet, être confrontés à un an de chômage technique en 2010 (Le Télégramme d'hier). «C'est 10% de salaires en moins, une année blanche pour les cotisations retraites et ce sera d'autant plus dur pour ceux qui ont peu d'ancienneté», regrette le délégué du personnel, en arborant la copie de la feuille de paie d'un salarié carhaisien qui plafonne à 1.300 EUR après 19 ans d'ancienneté. Au-delà du cas centre-finistérien, «nous ne voulons pas devenir les victimes silencieuses de décisions politiques sur le prix du lait», a asséné hier Jean-Pierre Trouboul. «Chez Entremont, nous avons perdu 1.000 emplois en France depuis 2004. Lorsque les producteurs de lait, que nous comprenons, revendiquent 400 EUR les 1.000 litres, nous faisons remarquer que cela représenterait 442millions d'euros, soit 6,5 fois la masse salariale chez Entremont», argumente le secrétaire du CE.
«C'est intenable»
«En l'état actuel des cours, nous produisons à perteà partir de 270 EUR», estime-t-il. «Nous ne disons pas qu'il faut harmoniser le prix du lait par le bas, mais nous demandons une harmonisation européenne, car en France le prix est supérieur de 15 à 20% à ceux de certains de nos voisins européens», revendique le cégétiste. Mardi, il ira le dire au ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, à la tête d'une délégation CGT. Cette dernière demandera également «la création d'un label Emmental français issu de la production laitière française». Pourquoi? «La France devrait importer 60.000 tonnes d'Emmental en 2009, soit l'équivalent de la production annuelle des trois usines d'Entremont qui le fabriquent. C'est intenable, c'est la porte ouverte à la délocalisation», redoute Jean-Pierre Trouboul.
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